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Liban

Liban : Éviter le hara-kiri à tout prix

Éclairage
11/06/2018

Le tête-à-tête au timing saisissant entre le président de la République Michel Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri samedi soir chez Paul à Zaytuna Bay renferme une multitude de messages. Le chef de l’État a voulu mettre en exergue la solidité de sa relation avec le Premier ministre au lendemain des mesures prises de manière unilatérale par le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, à l’encontre du Haut-commissariat de l’Onu pour les réfugiés – des mesures auxquelles s’oppose vivement Saad Hariri. 

Michel Aoun a également voulu mettre l’accent sur la stabilité du compromis présidentiel et de la coordination avec M. Hariri et ce qu’il représente dans la région, en réponse à la campagne initiée par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, contre l’Arabie saoudite, lors de sa dernière allocution. Le message sous-jacent serait que la formation du nouveau cabinet est strictement limitée à MM. Aoun et Hariri, qui informeront le président de la Chambre Nabih Berry lorsque ce processus sera terminé. Le président de la République a également voulu souligner la sûreté de la situation au plan politique, sécuritaire et économique, ainsi que l’unité du pouvoir en dépit des positions divergentes de ses pôles.

La rencontre Aoun-Hariri intervient après l’échec du Premier ministre désigné et des forces politiques à former un gouvernement pour la fête du Fitr. Les concertations menées par Saad Hariri devraient d’ailleurs redoubler d’intensité après cette fête afin de circonscrire les conditions rédhibitoires des différentes formations de sorte qu’elles ne se transforment pas en un nœud gordien inextricable empêchant la naissance du cabinet. M. Hariri attendra notamment le retour du chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, en visite en Arabie saoudite, où il s’est notamment entretenu avec le prince héritier Mohammad ben Salmane, et les positions des différents partis avant de tenter d’aplanir les différents obstacles afin d’accélérer la genèse du nouveau gouvernement avant la fin du mois. Des sources proches de la Maison du Centre confirment cette volonté de la part du Premier ministre de mettre les bouchées doubles en vue de la formation d’un cabinet d’union nationale, où l’ensemble des composantes politiques seront représentées sans veto contre qui ce soit, ni marginalisation, sauf si des parties souhaitent elles-mêmes s’exclure du processus. 

Des milieux politiques proches du 8 Mars critiquent par ailleurs la manière avec laquelle le dossier de la formation du gouvernement est géré, notamment le fait que Saad Hariri fasse toujours du surplace deux semaines après sa désignation. 


(Lire aussi : Gouvernement : La mission de Hariri de plus en plus difficile...)


Plusieurs événements successifs se sont imposés ces derniers jours aux responsables : le litige sur les frontières terrestres et maritimes avec Israël, l’intervention américaine pour régler le problème du décret de naturalisation, les mesures prises par Gebran Bassil contre le HCR ou encore l’appel de Nabih Berry à naturaliser aussi les habitants des sept villages et de Wadi Khaled. Autant de raisons pour la communauté internationale d’accélérer le processus de formation du nouveau cabinet et d’y accorder la priorité absolue, dans la mesure où il s’agit aujourd’hui d’une nécessité impérieuse pour faire face à la situation économique dangereuse. Des sources diplomatiques occidentales font état, dans ce cadre, de leur stupéfaction face à l’absence de gouvernement deux semaines après la désignation de Saad Hariri. Aussi bien Michel Aoun que le Premier ministre désigné savent quels sont les dangers qui menacent actuellement le pays au plan économique, et surtout quelle est la nécessité de parachever le tableau constitutionnel au plan exécutif afin de pouvoir profiter du climat de confiance instauré par les conférences internationales de soutien au Liban. 

Ces craintes diplomatiques rejoignent la position politique de la banlieue sud, où l’on se demande comment les responsables peuvent s’agiter autour d’un décret de naturalisation, quel que soit ses défauts, et délaisser la formation du cabinet, alors que les réunions devaient être ininterrompues pour dépasser les obstacles et mettre en place un gouvernement hyperréaliste. L’heure est trop grave, elle n’est pas aux chouchoutages politiques et aux tractations infinies, estime le Hezbollah. 

Faute de quoi le Liban se dirige vers un véritable hara-kiri, indiquent des sources diplomatiques. Les résultats des législatives, notamment le taux élevé d’abstention, ont démontré l’existence d’une grogne populaire face à la gestion actuelle de la chose publique. Au lieu de se hâter de rectifier le tir pour éviter l’effondrement total, l’on s’évertue avec lenteur dans la genèse du cabinet. 

Ces sources diplomatiques appellent dans ce cadre à un sursaut national et une prise de conscience salutaires pour mettre fin à l’hémorragie de l’État, pour éviter la banqueroute économique après le fiasco politique. La région est toujours en éruption, mais les responsables libanais ne sont pas suffisamment actifs pour entreprendre des mesures capables de sauver le pays face à des échéances qui pourraient survenir et que la scène nationale devrait être prête à affronter. 

Il en est ainsi à titre d’exemple concernant la question des frontières. Une pression internationale est exercée sur le Liban pour le pousser à prendre position à ce sujet. Un message américain, selon lequel l’administration Trump serait prête à aider à trouver une solution au conflit sur les frontières maritimes et terrestres avec Israël, est parvenu aux responsables. Il s’inscrit dans le cadre de signaux diplomatiques qui prouvent qu’un début de changement positif pointe à l’horizon au plan régional.

 Dans ce contexte, Saad Hariri serait prêt à mettre en place un premier prototype d’équipe ministérielle, qu’il devrait discuter avec le président Aoun avant d’en faire état. L’aplanissement de tous les obstacles qui empêchent encore la formation du cabinet serait devenu la priorité pour les responsables et les forces politiques. Nul ne souhaiterait entraver les efforts du Premier ministre désigné, en dépit de la surenchère traditionnelle dans la revendication des portefeuilles.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PLUS IDIOTE DE TOUTES LES MESURES FUT CELLE CONTRE LE HCR !
HARIRI, IMPOSEZ-VOUS ! ASSEZ DE CONCESSIONS...

ON DIT QUOI ?

Hara-kiri pour Hariri, ça ressemble à une contrepèterie ....

C'est confondre arriver de la Chine à pied et arriver à chier par la pine.

Pierre Hadjigeorgiou

Le pays est deja en processus de Hara Kiri du fait même que le peuple a élu des incapables pour le représenter. La cerise sur le gâteau est la présence armée du Hezbollah, un parti terroriste participant au pouvoir. Cela est amplement suffisant pour considérer que nous sommes aux abords du suicide. A partir de là, il n'est pas de l'intérêt de Hariri de se presser puisqu'il a tellement donné au Hezbollah qu'il est aujourd'hui coincé entre ce qu'il aurait du faire et la résultat des élections qu'il se doit de respecter et de prendre en considération un tant soit peu pour sauver autant de meubles possibles après la débandade de son parti aux dernières élections. Hariri avait fait tellement de concessions qu'aujourd'hui sa crédibilité, déjà sérieusement entamée, risque de littéralement disparaitre. Le leçon 1: Se compromettre pour essayer de changer la situation n'est pas la solution... J'espère que les FL lui seront un exemple même si, au départ, c'est un parti Chrétien.

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