X

Liban

Le Hezbollah aurait-il montré « trop d’appétit » ?

Gouvernement
11/06/2018

Après la prompte désignation du Premier ministre Saad Hariri par le chef de l’État et la tenue expéditive des consultations parlementaires non contraignantes, la formation du cabinet stagne depuis deux semaines. 

Une nouvelle dynamique de concertations était perceptible en fin de semaine dernière. M. Hariri a choisi de déléguer au ministre Ghattas Khoury la tâche de mener les contacts politiques : il a rencontré le chef de l’État vendredi dernier, avant de s’entretenir le lendemain avec le député Waël Bou Faour, délégué par le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), et hier soir avec le ministre Melhem Riachi, représentant les Forces libanaises (FL). Le fait que Ghattas Khoury ait été délégué à la tâche – qu’aurait remplie Nader Hariri, ancien chef du bureau politique de Saad Hariri, s’il n’avait pas démissionné – serait un moyen pour Saad Hariri de « tester le sérieux des protagonistes ». Et de montrer que « les choses bougent », même si une solution n’est pas forcément imminente, selon une source du courant du Futur. Le nœud du problème serait à chercher en dehors de la stricte répartition des portefeuilles. 

L’enjeu porte sur l’image que le nouveau cabinet devrait renvoyer : est-ce une duplication, qui vaut confirmation, de la large victoire aux législatives du Hezbollah et de ses alliés, dont les vieux acolytes du régime syrien ? Ou bien un certain respect de ce qui reste de l’équilibre des forces, entre les alliés du Hezbollah, ses rares opposants déclarés (les FL et les Kataëb) et les centristes (dont il ne reste pratiquement que le PSP) ? 

Les consultations parlementaires menées par Saad Hariri avaient laissé pressentir un forcing du Hezbollah, relayé par le chef de l’État, pour un cabinet qui reflète la prépondérance des groupes d’allégeance syro-iranienne. On notera par exemple la tendance du chef de l’État à inclure certains de ces groupes ou députés dans sa quote-part, comme le député Talal Arslane, pourfendeur pro-Damas de Walid Joumblatt. On notera aussi la tendance du camp présidentiel, confortée par la passivité du Premier ministre, à circonscrire la victoire des FL aux législatives en limitant au minimum leur part au gouvernement, presque en les dédaignant. 

On notera enfin les demandes à la pelle de la plupart des élus sunnites qui ne sont pas membres du bloc du Futur – et qui gravitent dans le giron du Hezbollah – d’obtenir une part au sein du gouvernement, au détriment de celle de Saad Hariri.  Dans un premier temps, ce dernier s’est vu dans l’obligation de réclamer depuis Baabda une quote-part du Premier ministre au même titre que la quote-part du chef de l’État, en plus de celles réservées à leurs groupes politiques respectifs. 


(Lire aussi : Gouvernement : La mission de Hariri de plus en plus difficile...)


Simultanément, des milieux politiques du courant du Futur rapportaient à L’Orient-Le Jour que le Premier ministre avait les moyens, s’il le souhaitait, de retarder la formation du gouvernement, en réponse aux tentatives des alliés sunnites du Hezbollah de grignoter sur sa part au nom de la juste représentativité. Le Premier ministre pourrait en effet s’offrir le luxe d’attendre la formation du cabinet plus longtemps que le parti chiite, pour qui une couverture institutionnelle libanaise est à ce stade cruciale. 

La stagnation observée depuis plus de quinze jours sous-entend que Saad Hariri a décidé d’utiliser la carte de pression du temps. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il a décidé de faire contrepoids au Hezbollah, encore moins de se démarquer du chef de l’État. « Le Premier ministre reste lié à l’Iran par un pacte définitif, sans lequel il n’aurait pas été reconduit à la présidence du Conseil. Sa nouvelle désignation rend le pacte irrévocable », précise un analyste proche de Washington. Toutefois, il ne peut ignorer les pressions américaines à caractère économique contre le Hezbollah ni la guerre saoudienne militaire et diplomatique contre l’Iran, poursuit-il. 

Or, Saad Hariri est dans les faits plus lié par l’Iran que par l’Arabie – présidence du Conseil et autre partenariat avec le mandat obligent. D’ailleurs, de source proche du royaume wahhabite, on apprend qu’il n’a effectivement rencontré aucun responsable saoudien d’importance lors de son bref séjour à Riyad. La position saoudienne reste la même pour la formation du cabinet : Saad Hariri est libre de vouloir ou non circonscrire l’influence iranienne au Liban, mais à ses risques et périls. L’Arabie s’attacherait davantage à la déclaration ministérielle qu’aux détails des nominations ministérielles, selon cette source. 

Pour l’instant, si le Premier ministre a accordé un temps de répit à la formation du cabinet en réponse aux velléités sunnites de grignoter sur sa part, il a en même temps veillé à se montrer rassurant à l’égard du Hezbollah. Son échappée nocturne dans la capitale avec le chef de l’État samedi dernier, à l’initiative de Saad Hariri, aurait servi à rassurer le Hezbollah : le seul partenaire du Premier ministre dans la formation du cabinet reste le chef de l’État, allié du Hezbollah. 


(Lire aussi : Éviter le hara-kiri à tout prix)


Joumblatt à Riyad
C’est le parti chiite qui reste maître du jeu – d’ailleurs il ne mène pas de campagne agressive pour la formation du cabinet. 

Le déploiement militaire israélien aux frontières avec la Syrie, la disposition de Moscou à négocier avec les États-Unis, l’association faite désormais par Israël entre Damas et Téhéran renvoient des signaux négatifs dont l’Iran aura besoin de se prémunir au Liban. Le Hezbollah aurait tout intérêt à rééquilibrer la formation du cabinet. « Si toutefois il montre trop d’appétit, cette formation risque de bloquer », selon un acteur politique proche de la mouvance souverainiste. 

C’est dans le contexte de changement régional qu’il faudrait situer la visite de Walid Joumblatt et des députés Teymour Joumblatt et Waël Bou Faour le week-end dernier à Riyad, et leur entretien avec le prince héritier Mohammad ben Salmane. Le dégel des relations entre les deux parties serait motivé, selon la source proche du royaume, par une volonté de Riyad de « récupérer ses anciens alliés » au Liban. Même si le chemin reste long… 


Lire aussi

La querelle CPL-FL complique à nouveau la tâche à Hariri

« Guerre d’élimination », tutelle syrienne, accord de Meerab : l’histoire des relations entre le CPL et les FL

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Bery tus

hariri pris a son propre jeu !!! dommage

FAKHOURI

“Agis avec gentillesse, mais n'attends pas de la reconnaissance. ”
de Confucius
Extrait de Livre des sentences

Georges MELKI

"C’est le parti chiite qui reste maître du jeu "
Belle découverte! LOL

LA TABLE RONDE

Qui a reculé , qui a avancé ?

Les réponses à cette question nous donne le "LA" de cette danse des chaises musicales . Cela ne sert à rien de venir nous dire que en Syrie les iraniens sur la défensive appuient sur leurs avantages politiques au Liban pour faire pression .

Tout est , en Syrie, au Liban en bensaoudie ou en israel une question de reconnaître sa défaite ou pas .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FALLAIT S'Y ATTENDRE ET AGIR EN CONSEQUENCE !

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Tempête dans la région, crise gouvernementale au Liban

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué