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Moyen Orient et Monde

L’accord nucléaire iranien peut-il encore être sauvé ?

Éclairage

Malgré leur bonne volonté, les Européens risquent d’avoir du mal à sauvegarder le JCPOA.

David NASSAR | OLJ
09/06/2018

L’accord sur le nucléaire iranien est sous respiration artificielle depuis la décision du président américain Donald Trump de s’en retirer, le 8 mai dernier. Le porte-parole de la commission des Affaires étrangères du Parlement iranien avait lancé le 13 mai un ultimatum de 45 à 60 jours aux Européens « pour donner les garanties nécessaires afin d’assurer les intérêts de l’Iran et compenser les dommages causés par la sortie des États-Unis ». La durée de l’ultimatum coïncide avec le temps nécessaire pour que le mécanisme d’adjudication prévu dans l’accord se mette en place. Cette semaine, le haut du sablier s’est vidé de moitié, et le risque pour l’accord d’être débranché s’est accentué.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu était en tournée en début de semaine à Berlin, Paris et Londres pour plaider en faveur de la fermeté à l’égard de l’Iran, et a déclaré depuis Paris, confiant, qu’il n’a « pas demandé au président Macron de quitter l’accord », mais qu’il « pense que les réalités économiques vont décider de cette question ». Il s’exprimait au lendemain de l’annonce par le groupe PSA de la suspension de ses activités en Iran pour se « conformer aux lois américaines d’ici au 6 août », après que le groupe Total a aussi annoncé, pour les mêmes raisons, la suspension de ses activités d’ici à novembre 2018.
En réponse, les Iraniens intensifiaient la pression sur les Européens. Le chef de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI), Ali Akbar Salehi, a informé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) que l’Iran allait ouvrir de nouvelles centrifugeuses. Les Européens ont considéré que cette décision, bien que respectant le cadre de l’accord, ne contribuait pas à « renforcer la confiance ». Le lendemain, c’était au tour de l’ambassadeur iranien auprès de l’AIEA, Reza Najafi, de déclarer que des « travaux préparatoires » ont été entamés par Téhéran, « au cas où » l’accord « viendrait malheureusement à échouer, de façon à ce que l’Iran puisse relancer ses activités sans les restrictions » qui y sont liées. Initiative jugée « malvenue » par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui a averti que si l’on passait à « une étape supérieure, l’accord serait rompu ». Le président iranien Hassan Rohani a, quant à lui, été invité à participer ce week-end au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), et devrait évoquer la question avec ses homologues chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine, dont les pays sont les autres signataires du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), l’accord sur le nucléaire iranien.


(Lire aussi : Téhéran accroît la pression, les Européens tentent de réagir)


Jusqu’à la fin du mandat Trump
En dépit de ces indications, est-il envisageable que ce qui reste de l’accord nucléaire soit sauvé ? « L’accord peut survivre encore deux ans et demi, jusqu’à la fin du mandat Trump », estime Gary Samore, directeur exécutif de recherche au Centre Belfer pour la science et les affaires internationales à l’université de Harvard, qui participait mercredi à un panel organisé par l’Institut Issam Farès de l’AUB intitulé « Uncertain Times: Can the Iran Nuclear Deal
Survive ? »
Autre intervenant au sein du panel, Hossein Mousavian, ancien ambassadeur d’Iran en Allemagne et chercheur à l’école Woodrow Wilson d’affaires publiques et internationales à l’université de Princeton, considère qu’il n’y a « aucun moyen de sauver l’accord en l’absence des États-Unis ».
L’ambassadeur d’Allemagne à Beyrouth, Martin Huth, troisième intervenant, a analysé, dans la même logique que M. Samore, que si l’Iran peut continuer à vendre son pétrole, notamment à la Chine, il pourrait maintenir l’accord jusqu’à la fin du mandat de M. Trump. Et M. Samore de rappeler que c’est possible seulement si le prochain président américain n’a pas la même approche que Trump concernant l’Iran.
Mais quelles sont les options concrètes pour les Européens pour s’adapter aux faits et convaincre leurs entreprises de ne pas leur couper l’herbe sous les pieds ? L’ambassadeur d’Allemagne a relevé deux possibilités : la « création d’une banque européano-iranienne, chargée des transactions entre l’Union européenne et l’Iran », ou encore la capitalisation sur le système bancaire « Swift », un réseau utilisé par des banques et institutions financières pour des transferts d’informations, dont des instructions de transfert d’argent, et qui « n’est pas sous juridiction américaine mais européenne ». Mais tout de même, Martin Huth a rappelé la lettre conjointe des ministères des Finances et des Affaires étrangères français, allemands et britanniques, et de la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, adressée à des officiels américains, dont les secrétaires d’État et du Trésor, Mike Pompeo et Steven Mnuchin, demandant des exemptions pour les compagnies européennes, ce qui serait le scénario idéal pour les partisans du maintien de l’accord.


(Lire aussi : Centrifugeuses iraniennes : Téhéran joue la carte de la pression)


Iraniens unis face à Trump
M. Mousavian se veut plus réaliste concernant la marge de manœuvre européenne. Interrogé par L’Orient-Le Jour après le panel, il a affirmé que « les Iraniens sont confiants dans la bonne volonté de l’UE, mais doutent de ses capacités économiques. L’Iran évaluera les décisions européennes par le comportement de (ses) entreprises ». Il a ajouté que « les Européens peuvent modifier le point de vue iranien qui est que l’Europe est très faible face aux États-Unis ».
Interrogé sur la position délicate du camp modéré en Iran, auquel il appartient, M. Mousavian a répondu « qu’en Iran, tous les Iraniens s’unissent pour faire face aux menaces de Trump, d’Israël ou de l’Arabie saoudite. Face à des menaces pour la nation, nous renonçons à nos différends internes. Mais quand de telles menaces n’existent pas, les factions politiques ont effectivement des perspectives différentes ».
Par rapport au maintien ou non de l’Iran dans le cadre de l’accord nucléaire, il a déclaré, en référence aux six autres signataires de l’accord, que « si le G5, c’est-à-dire les signataires de l’accord sans les États-Unis, ne peut pas appliquer le JCPOA dans son intégralité, l’Iran ne va pas l’appliquer de manière unilatérale. S’ils ne le peuvent pas, l’Iran restera membre du traité de non-prolifération et devra très probablement se retirer du JCPOA ».
Même si les Européens ont la volonté politique de rester dans l’accord, les entreprises européennes ne peuvent pas ignorer les répercussions des menaces américaines sur leurs activités. Le risque que représente le maintien d’activités commerciales en Iran après le retrait américain du JCPOA est trop élevé pour des multinationales trop ancrées dans le système économique découlant des accords de Bretton Woods de 1944 basés sur le dollar américain, ou ayant une importante partie de leurs revenus provenant du marché américain.


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