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Liban

Redécouvrir le Chouf et ses merveilles

Que faire ce week-end

Montagnes lumineuses, champs d’oliviers, forêts de cèdres... À quelques kilomètres de Beyrouth, le Chouf offre une bouffée d’air pur. La région raconte aussi l’histoire du Liban depuis l’époque ottomane et abrite un patrimoine historique et architectural sans égal.

01/06/2018
« Quand de nouvelles senteurs dans Beyrouth me prévenaient de l’approche de l’été, j’étais impatient de monter à Deir el-Qamar, là où le ciel était toujours pur, les arbres chargés de cigales, la terre riante dans sa barbe d’insectes. » Ces mots, tirés du livre Le berceau du monde par Fady Stephan, expriment le sentiment de nombreux Beyrouthins en ces chaudes journées de printemps. Le Chouf et ses merveilles appellent les visiteurs ! Des forêts de chênes et de pins, des vignobles qui s’étendent à perte de vue, des arbres fruitiers dont émane une odeur suave... Le Chouf est un véritable écrin qui abrite de multiples joyaux historiques et architecturaux. On ne s’étonne pas que la fondation Apsad l’ait choisi comme destination pour une des journées du patrimoine, organisées mi-mai.

Deir el-Qamar, ville des émirs
En quittant Beyrouth par la voie rapide du sud en direction de Saïda, il faut bifurquer après Damour pour s’enfoncer à l’intérieur de la montagne, en longeant la rivière Nahr el-Damour. Bientôt, immeubles et panneaux publicitaires cèdent la place aux oliviers et aux pins parasols qui parsèment des collines brûlées par le soleil.Tout d’un coup, Deir el-Qamar se dévoile. La ville est l’ancienne capitale de l’émirat du Mont-Liban qui vit se succéder les dynasties Maan et Chéhab. Ses rues pavées et ses nombreux escaliers conduisent le visiteur au cœur d’une véritable cité forteresse. Dès le XVIe siècle, la ville s’embellit sous l’égide de l’émir Fakheddine Maan I. Elle se dote de khans, de sérails et de multiples palais. Fakheddine II poursuivra l’œuvre de son aïeul, faisant venir des architectes de Toscane, région où, chassé par les Ottomans, il passa quelques années en exil. Les maîtres d’œuvre italiens joignirent leur savoir-faire à celui des artistes locaux pour bâtir de magnifiques demeures. On admire aujourd’hui encore le palais de l’émir Fakhreddine II ainsi que la splendide propriété Gergis Baz, ministre de Béchir II Chéhab, qui présente une porte monumentale encadrée de pierres de différentes couleurs. Autre merveille : les fenêtres géminées à arcades qui ornent la résidence de Nicolas el-Turq (poète à la cour de Béchir II Chéhab) et actuelle propriété de la famille Boustany. Il faut aussi visiter l’église Saïdet el-Tallé dont la structure actuelle remonte à l’époque de Béchir II Chéhab. Elle possède toujours la porte originelle dont le linteau supporte une rosace surmontée d’un croissant et d’une croix, symboles de Deir el-Qamar, le « monastère de la Lune ».

Baakline : le songe d’une nuit d’été
Poursuivant sa route vers le sud, le visiteur arrive à Baakline où une place dégagée l’invite à s’arrêter : il se trouve devant la bibliothèque de la ville. L’histoire du lieu est mouvementée : Grand Sérail au temps des Ottomans, il fut convertit en siège administratif sous le mandat français avant de devenir une prison en 1943. En 1986, Walid Joumblatt décida d’en faire une bibliothèque qui compte aujourd’hui plus de 140 000 ouvrages et accueille de nombreux événements culturels.
Il suffit ensuite de descendre la rue principale pour arriver au palais Hamadé, construit à partir de 1591. On y observe des « mandalouns », ces fenêtres géminées à balcon, dont le concept avait été importé d’Italie et sur lesquels, à ce qu’on raconte, les Florentines s’installaient pour jouer de la mandoline. Fermant les yeux un instant, on croit presque entendre des notes de musique s’égrener sous les étoiles d’une chaude nuit d’été... Le palais abrite les archives de la famille Hamadé, dont les ancêtres étaient des gouverneurs alliés à l’émir Béchir II. Certains documents valent d’être lus. C’est le cas de l’acte de vente d’un territoire ainsi délimité : « À l’est, la tanière du serpent, au sud, l’enclos de la chèvre... » Le rédacteur de l’acte conclut en affirmant que le nouveau propriétaire a la chance de pouvoir, sur ce terrain, « poser sa chaussure là où il le souhaite ». Au sous-sol, entre les piliers soutenant des arcades voûtées, le visiteur admire encore une magnifique collection d’armes dont la plupart sont aussi décoratives qu’elles étaient utiles.

Baadaran : une halte au paradis
La visite est dense mais il n’est pas encore temps de rentrer ! Le Chouf abrite bien d’autres trésors. Sortant de Baakline, il faut suivre une petite route bordée de pins pour arriver à Baadaran dont le nom signifie « halte » ou « escale ». On y est accueilli par Nazih Baz, l’un des derniers tisserands du Liban. Digne successeur d’un grand-père qui lui a transmis son savoir-faire, Nazih Baz présente son atelier et explique le fonctionnement de ses métiers à tisser. Il fait ensuite visiter le palais des Joumblatt qui se dresse à quelques dizaines de mètres. Si l’édifice est partiellement en ruine, il conserve beaucoup de sa splendeur passée. Le portail du palais Tajeddine témoigne, lui aussi, du prestige que connaissaient les éminentes familles de la ville. L’édifice fut construit en 1676 par cheikh Rabah Ibn Tajeddine, et son portail a été récemment restauré par la Direction générale des antiquités.


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Eleni Caridopoulou

J'aurai bien aime organiser un voyage touristique de Brescia ( Italie du nord ) mais tous ces coins de Paradiis, je ne les connais pas il me faut un livre et je ne sais pas où le trouver?

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Et dire que NOUS AVONS LAISSE nos politiciens en faire une poubelle!

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Stes David

Cela de Baadaran je ne savais pas, avec ses palais et son portail du palais Tajeddine ... Il semble que Baadaran mérite bien une visite.

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C'est notre histoire nationale, et les vestiges sont là pour nous la rappeler.
Bel article ... Avis aux amateurs des belles découvertes.

Fakhr al-watan.
Bon week-end aux lecteurs de l'Orient-le-jour

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