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Liban

Hariri sous pression des députés sunnites du 8 Mars

Gouvernement
28/05/2018

Le large appui obtenu par le Premier ministre Saad Hariri pour sa nouvelle désignation pourrait être un cadeau empoisonné. Plutôt que d’attester de bonnes intentions à son égard, cet appui semble au contraire augmenter les conditions rédhibitoires face à la formation du cabinet de trente (qui pourrait s’élargir encore à 32, pour inclure une minorité chrétienne et une autre musulmane, probablement alaouite).

Ainsi par exemple, des dix députés sunnites qui ne font pas partie du bloc parlementaire du Futur – et qui sont majoritairement proches du Hezbollah et / ou de Damas – seuls deux, Jihad el-Samad et Oussama Saad, n’ont pas appuyé la désignation de M. Hariri. Les huit autres incluent notamment Abdel Rahim Mrad, Fayçal Karamé, Nagib Mikati (ce dernier est toutefois enclin à se démarquer du lot en se recentrant par rapport au Hezbollah) ou Fouad Makhzoumi. Même s’ils ne constituent pas un groupe parlementaire unifié, et même s’ils ne briguent pas tous un portefeuille, leur nombre pourrait toutefois servir de prétexte à ne pas accorder les six portefeuilles de la communauté sunnite à Saad Hariri, voire à lui en ôter deux (un portefeuille pour quatre députés, ce nombre étant le minimum requis pour former un groupe parlementaire).

Cette tentative de détourner des portefeuilles au détriment du courant du Futur est dénoncée par l’ancien député Moustapha Allouche. Ce cadre du parti haririen s’interroge, via L’Orient-Le Jour, sur ce qui pourrait bien justifier qu’on attribue un portefeuille à « des députés qui ne représentent qu’eux-mêmes ». Si toutefois cela s’avère inévitable, le courant du Futur entendra maintenir sa part de cinq portefeuilles (en plus de la présidence du Conseil). S’il cède un « portefeuille sunnite », ce serait en contrepartie d’un portefeuille attribué à une autre communauté, vraisemblablement chrétienne, apprend-on de source proche du dossier.


(Lire aussi : Trois nœuds pour la formation du gouvernement, mais des tractations rapides, le décryptage de Scarlett HADDAD)


Retour de Nader Hariri ?
L’hypothèse de la nomination de Nader Hariri, ancien chef du bureau politique du courant du Futur, à un ministère qui relèverait du chef de l’État tient la route, selon cette source. Bien que controversée (Nader Hariri est persona non grata à Riyad), sa nomination par Michel Aoun serait possible, « avec à l’évidence l’accord tacite de Saad Hariri ». Cette nomination serait présentée, le cas échéant, notamment à l’adresse des Saoudiens, comme une issue honorable aux pressions exercées par les députés sunnites du 8 Mars sur Saad Hariri. La logique inverse tient aussi, ces pressions pouvant servir de prétexte à un renflouement de Nader Hariri, l’un des rouages du partenariat Futur-CPL, vital pour le régime.

Notons que parmi les noms de ministres potentiels du bloc parlementaire du Futur, celui de Violette Safadi au ministère du Tourisme est confirmé officieusement. Son époux, l’ancien ministre et député Mohammad Safadi, avait soutenu Saad Hariri aux législatives à Tripoli et avait été pressenti pour obtenir un portefeuille régalien. L’autre nom est celui de Jamal Jarrah au ministère de l’Intérieur.

En revanche, parmi les noms de députés sunnites du 8 Mars qui seraient ministrables, circule celui de Fayçal Karamé, député sunnite qui fait partie du groupe parlementaire élargi des Marada. Le portefeuille auquel il aspire serait à inclure dans la part de ce parti chrétien. Étant non partisan des Marada et non chrétien, M. Karamé n’aurait de chances d’être nommé que si la part des Marada est hypothétiquement élargie à deux portefeuilles. Sa nomination se ferait au détriment des autres partis chrétiens de l’opposition, précisément les Forces libanaises (FL), les Kataëb devant en principe obtenir un seul portefeuille.

Or, une autre partie des pressions subies par Saad Hariri est liée à la représentation des FL au sein du cabinet. L’aspiration des FL à quatre portefeuilles – un chiffre proportionnel à la taille de leur bloc – n’a pas de répondant chez le Courant patriotique libre (CPL) avec lequel la polémique s’envenime (Voir par ailleurs). Une polémique renforcée par la présomption que c’est au CPL de décider de la répartition des portefeuilles entre les partis politiques chrétiens.
Partant, les députés du 8 Mars, comme hier le vice-président de la Chambre Élie Ferzli qui s’exprimait à la chaîne MTV, imputent à Saad Hariri la responsabilité de « gérer » les FL si celles-ci s’estiment lésées par la part que déciderait de leur accorder le leadership aouniste. Mais la nomination de M. Karamé porterait un double coup à la part des FL et du courant du Futur au sein du gouvernement.


(Lire aussi : Litige FL-CPL : entre « isolement » et guerre des portefeuilles)


Le luxe d’attendre
Si le courant du Futur « s’en remet à la solution que conviendraient ensemble les FL et le CPL » pour ce qui est de la répartition de leurs parts respectives, il est en même temps déterminé à ne pas céder aux tentatives de circonscrire le pouvoir de décision du Premier ministre au sein du nouveau cabinet, explique M. Allouche. Il rappelle que si toutes les parties souhaitent former un gouvernement au plus vite, Saad Hariri est le seul, avec les partis ne gravitant pas dans le giron du Hezbollah, à avoir les moyens d’attendre : l’objectif étant pour ces derniers de former un cabinet plus ou moins immunisé contre les menaces financières et sécuritaires dirigées contre le Hezbollah. Or, le cabinet semble s’orienter vers un cabinet majoritairement proche du 8 Mars. La répartition des six portefeuilles chiites d’une manière égalitaire entre Amal et le Hezbollah est une première. Ce dernier, qui n’avait jamais demandé plus de deux portefeuilles, aspire désormais à des ministères de service et assume notamment sa volonté d’avoir un droit de regard sur les accords relatifs à la conférence de Paris (CEDRE). Face à cet état des lieux, M. Allouche rappelle que la rapidité dans la formation du gouvernement n’est pas forcément acquise.



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stambouli robert

Pas de cumul de mandats entre deputes et ministres
c est la seule solution pour faire du Liban un nouveau Liban

Mais quell parti l'acceptera?

Des technocrates sans affiliation politique devraient gouverner et les deputes voteront ou rejeterons leurs lois

C'est cela la vrai democratie , et non pas le partage du gateau ou excutif devient aussi legislatif
32 ministres sur 128 que compte la Chambre c'est donc 25% de la chambre qui devient ministres
Comme vous dites de chaque 4 deputes on choisi 1 ministre et le tour est joue

Puis vient le temps des empoignades pour les portefeuilles les plus important ( comprendre juteux ou de controle en general )
Ne nous plaignons plus c'est nous qui les avons elu
soit en votant soit en n'allant pas voter
dont acte

RE-MARK-ABLE

On se perd un peu avec tous ces mélanges communautaires anti ou pro ...

Cependant je vois donne l'astuce pour vous en servir comme fil d'Ariane , retenez le , mais je me ferai un plaisir de le rappeler au gré des événements, IL NY A PLUS DE CONFRONTATION INTERCOMMUNAUTAIRE , LE CLIVAGE EST RELEVÉ AU NIVEAU DE L'ORIENTATION POLITIQUE DU LIBAN .

SELON QU'ON SOIT POUR UNE IDÉOLOGIE DE L'ÉTRANGER OU PLUTÔT POUR CELLE DE LA RESISTANCE , VOUS SEREZ NOTÉ.

LE LIBAN NOUVEAU DÉBARRASSÉ DES CHAÎNES IMMONDES DE L'ANCIEN SYSTÈME EST NÉ , il faudra faire avec ou pas .
Wa salam !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MEME PRESSÉ... IL NE PRODUIRA PAS D,HUILE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DEPUIS QU,IL EST REVENU SUR SA DEMISSION A PARTIR DE RYAD IL S,EST AFFAIBLI ENORMEMENT ET PLANE AUTOUR DE L,ECHIQUIER POLITIQUE D,AUTRES FORCES !

Wlek Sanferlou

Faut se ménager!trop de pression on finira par un jus d'Orange!!!!

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