Liban

Entre Aoun et Berry, un coup de fil, un déjeuner... et une relation renouvelée

Décryptage
19/05/2018

Le secrétaire général du Hezbollah l’avait promis dans un de ses discours, et cela s’est produit encore plus rapidement que prévu : le courant a été rétabli entre le président de la République Michel Aoun et le président de la Chambre Nabih Berry, qui a annoncé qu’une nouvelle page de coopération s’était ouverte entre eux. Un miracle à la libanaise ? Pas vraiment.

Hassan Nasrallah avait en effet annoncé dans un des discours de la campagne électorale qu’après l’échéance législative, il comptait régler les différends qui existent entre ses alliés. Il visait plus particulièrement le conflit qui paraissait sans fin entre le CPL d’un côté et le mouvement Amal de l’autre, et entre le CPL et le courant des Marada. Il faut rappeler que jusqu’à la dernière minute avant le silence électoral à la veille du scrutin, samedi 5 mai à 0 heure, le chef du CPL et ministre des Affaires étrangères n’avait pas ménagé le président de la Chambre, l’accusant carrément d’entraver l’édification de l’État et, du même coup, d’une façon ou d’une autre, la lutte contre la corruption. La riposte du président de la Chambre ne s’était pas fait attendre, et alors qu’il avait laissé entendre quelques jours auparavant qu’il était malléable sur la personne qui pourrait prendre en charge le portefeuille des Finances dans le prochain gouvernement, il s’est brusquement rétracté (par le biais de ses proches bien entendu), se déclarant attaché au maintien de l’actuel ministre Ali Hassan Khalil. Dans ce contexte d’accusations à peine camouflées et de vexations réciproques, on voyait mal comment Hassan Nasrallah pourrait réconcilier ses deux alliés de plus en plus éloignés l’un de l’autre. Mais alors que le conflit semblait à son apogée, un homme travaillait dans l’ombre pour tenter de trouver un terrain d’entente. Cet homme, qui n’avait cessé par le passé d’essayer de rapprocher les différentes composantes politiques libanaises, avait essuyé des revers dans la relation entre le camp du président de la République et celui du président de la Chambre, sans jamais pourtant se décourager. D’une part parce qu’il n’avait pas le choix, étant lui-même un travailleur de l’ombre pour le dialogue, et d’autre part parce qu’il conçoit son rôle comme un pont entre les différentes composantes pour renforcer la paix civile. Le directeur de la Sûreté générale Abbas Ibrahim attendait donc le moment propice pour se manifester, sachant que si le chef de l’État et le président de la Chambre étaient en conflit, l’ensemble du fonctionnement des institutions en serait entravé. De plus, grâce à ses nombreux contacts à l’étranger et dans la région, Abbas Ibrahim avait compris qu’une fois les élections législatives terminées, la situation politique deviendrait encore plus complexe, sachant que la victoire attendue du tandem chiite, Amal et le Hezbollah (qui ont au final raflé les 27 sièges chiites de l’Assemblée, en plus d’un large éventail d’alliés de toutes les confessions et communautés), ne pouvait qu’irriter certaines parties régionales et internationales décidées à empêcher cette victoire de se traduire concrètement dans la vie politique du pays. Il a donc conçu un scénario qui permettrait une reprise de contact entre le chef de l’État et le président de l’Assemblée, qui serait ensuite suivie forcément par un assainissement des relations entre les proches des deux.


(Lire aussi : La candidature d’Anis Nassar pour faire barrage à Ferzli)


Selon des sources proches de la Sûreté générale, le général Ibrahim n’a pas vraiment eu à plaider, les deux parties étant convaincues qu’il faut relancer l’action institutionnelle à n’importe quel prix, dans l’intérêt du pays et pour faire fructifier l’acquis réalisé à travers les élections législatives. Un premier coup de fil, une invitation à déjeuner au palais présidentiel, le tout concocté dans la plus grande discrétion, et le dialogue a repris entre Baabda et Aïn el-Tiné, allant même plus loin que les prévisions les plus optimistes. Selon des sources proches des deux camps, le dossier électoral n’a pas été évoqué, alors que la prochaine étape a été longuement examinée, allant de la formation du gouvernement jusqu’aux questions importantes, comme le dossier des déplacés et la stratégie de défense nationale. Selon les mêmes sources, l’élection du président de la Chambre et de son vice-président n’a pas non plus été abordée, sachant qu’il n’y a pas de suspense sur l’élection de Nabih Berry à la tête du Parlement pour un nouveau mandat. Quant au vice-président, Berry avait lui-même lancé dans une de ses déclarations à la presse qu’il trouve normal que le bloc du CPL présente la candidature d’un des siens à ce poste. De toute façon, pour le chef de l’État, cette question doit être tranchée directement par le groupe parlementaire du « Liban fort ». Il ne compte donc pas intervenir. Michel Aoun a toutefois reporté l’iftar annuel au palais de Baabda qui était prévu lundi jusqu’à mercredi pour permettre au président Berry d’y assister en tant que président du Parlement reconduit pour un nouveau mandat. Jeudi, le président devrait entamer les consultations parlementaires pour la nomination d’un nouveau Premier ministre, et en principe, avec l’accord de Nabih Berry, il souhaite ne pas perdre de temps car la situation régionale ne permet pas au Liban d’entrer dans d’interminables concertations pour la formation du gouvernement.


(Lire aussi : Les trois objectifs électoraux du CPL, le décryptage de Scarlett HADDAD)


Les sources des deux camps sont donc concordantes pour affirmer que dans la prochaine étape, la coordination entre Michel Aoun et Nabih Berry sera totale. Mais est-ce à dire que tous les différends sont réglés, notamment entre le président de la Chambre et Gebran Bassil ? M. Berry a lancé récemment une perche en direction du chef du CPL en considérant qu’il représente une composante importante du Parlement et du paysage politique, et que, par conséquent, il est normal de parler avec lui. De son côté, Gebran Bassil ne peut pas non plus mener une politique contraire à celle du président. On peut donc supposer qu’une nouvelle page pourrait s’ouvrir là aussi, mais cela n’empêchera pas les tiraillements de se poursuivre. D’ailleurs, les milieux proches de Aïn el-Tiné affirment que Nabih Berry encouragerait la formation d’un bloc parlementaire chrétien qui serait une sorte de pendant à celui du « Liban fort » et à celui de « la République forte » (FL). Il devrait regrouper, entre autres, Tony Frangié, Estephan Doueihy, Fayez Ghosn, Farid el-Khazen, Jean Obeid, Ibrahim Azar, les députés PSNS, Michel Murr et d’autres encore. Entente et coopération d’accord, mais il faut aussi garder des cartes en main, on ne sait jamais...


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Wlek Sanferlou

"Le secrétaire général du Hezbollah l’avait promis dans un de ses discours, et cela s’est produit encore plus rapidement que prévu : le courant a été rétabli entre le président de la République Michel Aoun et le président de la Chambre Nabih Berry, " ... Merci Scarlett pour bien précisé qui est lillusioniste suprême dans la politique Libanaise.
Élections ou pas on espère alors que ce même magicien pourra aussi nous offrir le courant 24/24 de l'eau vraiment potable, des déchets bien traités, des relations internationales finalement adéquates etc.
Enfin bien mettre de l'ordre dans notre Liban pour mieux nous préparer physiquement et moralement à une guerre dévastatrice avec notre voisin du sud...
On aimerait bien, quand même, être enterrés propres et paisibles dans nos meilleurs habits de fêtes.

stambouli robert

Amal et le Hezbollah (qui ont au final raflé les 27 sièges chiites de l’Assemblée, en plus d’un large éventail d’alliés
pour Mm Haddad Jbeil n'est pas au Liban

Le Faucon Pèlerin

Le score "soviétique" du tandem Amal-Hezbollah n'a pas raflé les 27 sièges chiites de l'Assemblée, Moustapha el-Husseini, nouveau député du Kesrouan-Jbeil a échappé de l'abattoir.

Irene Said

Les programmes basés sur les "CHOIX CONTINGENTS" ont la cote pour l'avenir du Liban...
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DANS SES TENTATIVES D,ETRE OBJECTIVE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD NE PEUT PAS S,EMPECHER DE GLISSER CERTAINS BARATINS DANS TOUS SES ARTICLES... REMISISCENCES DU PARTI PRIS !

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