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Vincent Lindon et Stéphane Brizé s’en vont en guerre

FESTIVAL DE CANNES

Avec son film « En guerre », Stéphane Brizé concourt pour la seconde fois à la Palme d’or. Le réalisateur et son acteur de prédilection forment depuis quelques années un tandem soudé et infaillible. Voici trois raisons pour lesquelles « L’OLJ » trouve ce duo gagnant.

17/05/2018

Le sujet d’abord : malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise ainsi qu’un accord signé avec la direction de l’usine Perrin Industrie, cette dernière décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1 100 salariés, entraînés par leur porte-parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi. 


Pour la portée humaine du film
Plus que l’histoire d’une simple grève, il s’agit là d’un combat pour les droits humains hachés souvent par un système implacable qui phagocyte les individus (employés et employeurs). Dans le film de Brizé, deux dimensions s’affrontent : l’une économique et l’autre humaine. Peuvent-elles encore cohabiter ou sont-elles condamnées à entrer dans une sphère d’incommunicabilité jusqu’à ce que tout dérape et que la guerre surgisse ? Car qu’est-ce qu’une guerre sinon le manque de communication entre les hommes ? 

Dans le cas de En guerre, l’entreprise ne ferme pas parce qu’elle n’est pas rentable et ne réalise pas de profits mais tout simplement parce qu’elle fait fi de ses employés. « Le cas de Perrin Industrie décrit dans le film, c’est Goodyear, Continental, Allia, Ecopla, Whirlpool, Seb, Seita, etc. Dans tous ces cas, les analyses des experts ont démontré l’absence de difficultés économiques ou l’absence de menace sur la compétitivité », explique le réalisateur. 
 
Pour la réalisation précise et détaillée
En guerre ne laisse aucun moment de répit. Porté par la musique énergique de Bertrand Blessing, le film relate la montée de la colère de ces ouvriers qui vont être renvoyés et qui ont décidé d’arrêter le travail. Rapide, il met en apnée ce groupe de salariés emportés par la rage. Une dramaturgie avec des incursions de reportages photographiques qui soulignent les limites des médias : là où s’arrête leur rôle, le cinéma peut intervenir et délivrer son message. Le spectateur n’assiste pas à un film. Il est dans le film au coude-à-coude avec des comédiens professionnels et non professionnels. Il n’est pas observateur mais témoin vivant d’un bras de fer, tout comme le personnage d’Amadéo, qui subit un système économique implacable qui ne donne pas de marge à l’humain pour s’exprimer. D’autre part, le spectateur a l’impression d’assister à un dialogue improvisé et naturel alors que le scénario est très précis et détaillé. Et c’est là la force de Brizé qui a, au cours du film et surtout pour les plans rapprochés de groupes, usé de plusieurs caméras pour que le spectateur soit partout avec les acteurs, « sur place, au moment de l’action », comme il le précise. 

Pour le talent de Vincent Lindon
Entre Stéphane Brizé et Vincent Lindon, c’est une véritable idylle artistique qui commence en 2009 avec Mademoiselle Chambon et qui se poursuit en 2012 avec Quelques heures de printemps avant d’être couronnée à Cannes par le prix d’interprétation masculine en 2016 pour le film La loi du marché. Lindon, au fil du temps, devient moins silencieux, plus bavard. Si la caméra du cinéaste le suit dans le film En guerre dès les premières images, alors qu’il participe aux entretiens avec le représentant de l’Élysée, les propriétaires de l’usine et des membres du syndicat, il est pourtant souvent en retrait devant tous ces acteurs amateurs qui lui donnent la réplique et rendent les faits plus réels. Vincent Lindon n’est pas dans la composition d’un rôle. Sa prestation n’est jamais dans la démonstration mais totalement habitée. Il va chercher en lui ce qu’il sent être le plus vrai pour incarner ce rôle. Stéphane Brizé le dira lui-même : « Lindon ne joue pas. Il est le personnage du film. » Plus que cela, il est totalement au service du film puisqu’il est le combat même. Et l’acteur de poursuivre : « J’aurai aimé incarner des personnages loin de mon caractère mais c’est ce que je sais faire. » Une modestie qui, elle aussi, lui donne l’étoffe d’un grand acteur.



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