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Spike Lee, toujours aussi farceur et en colère

Festival de Cannes

Voilà 27 ans que le réalisateur n’était pas revenu à Cannes. Après « Do the Right Thing » et « Jungle Fever », qui avaient concouru respectivement en 1989 et en 1991 en sélection officielle, « BlacKkKlansman » est sa troisième participation dans la compétition. Est-ce la bonne ?

16/05/2018
BlacKkKlansman est certes un titre de film étrange, difficile à prononcer, mais qu’on retiendra certainement à Cannes. Du mordant, de l’humour, il marque le retour de Spike Lee sur la Croisette. Avec ce film basé sur l’histoire réelle d’un policier afro-américain ayant infiltré le Ku Klux Klan, Spike Lee fait un come-back très attendu au Grand Théâtre Lumière où un accueil plus que favorable lui a été accordé. 

Il y a plusieurs années déjà que le réalisateur afro-américain, très engagé, avait légèrement disparu de la scène, faisant quelques apparitions en tant que producteur, notamment sur Netflix. Mais pour ce film policier à l’allure tantôt d’une comédie et tantôt d’un pamphlet politique, il entendait frapper fort. Et c’est ce qu’il a fait. Dans ce long-métrage de fiction basé sur des faits réels, le réalisateur exprime sa colère contre le président Trump et tous les incidents racistes qui marquent l’actualité des États-Unis. Un pur moment jouissif. Spike Lee ne manque pas, une fois de plus, d’user de son ton décalé qui fait de BlacKkKlansman, malgré la nature dramatique du sujet, une comédie funky portée par un duo solide et drôle formé d’Adam Driver et John David Washington (le fils de Denzel). 

3 K et un quatrième pour Spike Lee
BlacKkKlansman, en lice pour la Palme d’or, comprend donc les trois K du Ku Klux Klan, organisation raciste qui rejette toute présence noire et juive dans une Amérique qu’elle désire vierge et nettoyée de toute « intrusion ». Cette institution américaine née en 1865 sur les cendres de la défaite sudiste n’a eu de cesse de recourir au lynchage, parfois aux crimes, et de prôner la suprématie blanche. L’histoire de Ron Stallworth, officier de police à Colorado Springs en 1978, d’abord secrète puis rendue publique en 2006 aux États-Unis, est relatée par le réalisateur sur un ton grinçant. Un fait étonnant que ce jeune Afro-Américain, malgré son appui aux brothers, ait continué à accomplir sa mission de flic. Il aura la géniale et saugrenue idée d’infiltrer les rangs du Ku Klux Klan. Son livre de Mémoires Black Klansman (signé Stallworth), sorti en 2014, consacre son exploit. Au lieu d’attaquer de front les institutions américaines et le président himself, le réalisateur, très farceur, a recours à plusieurs subterfuges amusants. Tout au long de son film, il alterne plusieurs tons, de la comédie au drame en passant par celui, plus neutre, de simple observateur. Il mélange même, et souvent, passé et présent en faisant des sauts dans les incidents de 2017. Le tout en douceur et subtilité, sans que le spectateur s’en rende compte.

En intro (géniale !), Alec Baldwin apparaît en chroniqueur raciste, véritable sosie de Trump, dans des shows télévisés. S’ensuit un extrait du film Birth of a Nation, réalisé en 1915 par D.W Griffith, œuvre très raciste à l’époque, qui faisait l’apologie du Ku Klux Klan. Plus tard, parmi les dernières images, on retrouve des reportages consacrés aux violences perpétrées par des groupuscules d’extrême droite à Charlottesville, en Virginie, en 2017, et les commentaires du président Trump, que le réalisateur ne se prive pas de tourner en dérision. Spike Lee peut se faire tour à tour Chaplin dans son scénario, et Tarantino dans certains aspects de sa réalisation, avec l’inclusion d’une caméra façon années 70 (split screen, plans inclinés), mais il demeure Spike Lee. Un réalisateur génial qui n’a rien perdu de sa verve et de sa malice. À noter également que parmi les producteurs de BlacKkKlansman se trouvent le tout aussi engagé Jordan Peele (Get Out) et Jason Blum (Blumhouse Productions).

Coiffé de son sempiternel béret et vêtu d’une veste, tissu chamarré, aux motifs de feuilles mortes, une tennis noire et une tennis blanche aux pieds, Spike Lee a brandi ses deux poings lors de la traditionnelle montée des marches, sur lesquels étaient inscrits les mots « Love » et « Hate ». C’est un peu comme s’il envoyait un signal au président de la toute-puissante Amérique. L’humanité est en danger, semble-t-il dire, car ce n’est pas seulement aux États-Unis qu’ont lieu les problèmes d’intégrisme, de fermeture sur soi et de haine de l’autre, mais partout dans le monde. Un signal d’alarme qui mérite d’être écouté.


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