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Pour la première fois à Cannes, l'Arabie saoudite vient vendre son cinéma

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Animation, comédie musicale, fantastique : sur les écrans du Palais des festivals, le royaume wahabite est venu avec neuf courts-métrages, hors compétition.

OLJ/AFP/Olivier LUCAZEAU
16/05/2018

Quelques jours à peine après sa première séance de cinéma depuis 35 ans, l'Arabie saoudite s'offre un déplacement inédit au Festival de Cannes pour promouvoir son 7e Art renaissant, même si des questions demeurent sur l'ampleur de cette ouverture.

Animation, comédie musicale, fantastique : sur les écrans du Palais des festivals, le royaume wahabite est venu avec neuf courts-métrages, hors compétition. Une nouvelle étape, après la réouverture officielle d'une salle de cinéma à Riyad, le 18 avril, 35 ans après la disparition des écrans sous la pression des conservateurs religieux.

L'industrie du cinéma est l'un des axes majeurs du plan Vision 2030 lancé en 2017 par le prince héritier Mohammad ben Salmane, pour ne plus dépendre uniquement de l'or noir. Premier objectif : faire revenir les Saoudiens dans les salles.

Aujourd'hui, cinq écrans existent, le cap des 200 salles est envisagé pour la fin 2019, "puis des 2.000 salles d'ici 10 à 15 ans", précise Ahmad bin Fahd Almaziad, directeur général de l'Autorité générale de la Culture (GCA). "Le public existe, avec 70% de la population âgée de moins de 30 ans".

Mais les résistances demeurent : à l'annonce de la réouverture des cinémas, les autorités religieuses ont dénoncé une incitation à "la dépravation", ces salles n'ayant pas prévu d'espaces séparés pour les hommes et pour les familles.


(Lire aussi : L'Arabie saoudite lance un programme socio-culturel de 34 milliards de dollars)



Hollywood en 20 ans
Restera ensuite à faire naître un cinéma saoudien, pour succéder à la réalisatrice Haifaa Al-Mansour, l'auteure du "Wadjda", premier film saoudien à avoir participé à la course aux Oscars du meilleur film étranger. Elle avait été accueillie à Cannes en 2013 après la sortie de son film.

"Ce que Hollywood a fait en 100 ans, nous devons le faire en 10 ou 20 ans", s'enflamme Fouad Alkhateeb, directeur du développement de Nebras, le premier studio de cinéma saoudien, auprès de l'AFP. "En fait, avec l'irruption récente du numérique ou de la réalité virtuelle dans le 7e Art, nous partons presque à égalité, nos compétiteurs n'ont que dix ans d'avance", renchérit le directeur général de GCA.

Parallèlement, "nous avons lancé un programme de camps d'été, pour former des jeunes à l'écriture de scénario, au montage ou à la direction d'acteurs, avec une première promotion de 80 élèves, 40 filles et 40 garçons", poursuit M. Almaziad.

"En attendant d'avoir notre académie du cinéma, nous avons déjà près de 10.000 jeunes Saoudiens rien qu'aux Etats-Unis, étudiants dans le domaine des arts, et notamment du cinéma, dans le cadre d'un vaste programme de bourses universitaires", souligne le patron de Nebras, lui même formé à l'Université de Californie du Sud (USC).


(Lire aussi : Arabie saoudite : les premiers pas d'une libéralisation de la société)


"Le prochain Wes Anderson"
Parmi ces élèves partis apprendre sur les terres d'Hollywood, Meshal Aljaser, auteur d'un des neuf courts-métrages montrés lundi et mardi à Cannes, sur une employée de ménage confrontée à des employeurs racistes: "C'est le prochain Wes Anderson, croyez moi", jure Fouad Alkhateeb.

Au-delà de l'USC, des partenariats ont été noués entre l'Arabie saoudite et les plus grandes écoles de cinéma du monde, dont Studio School à Los Angeles ou la Femis et les Gobelins, pour l'animation, à Paris.

Annonces d'aides financières, avec le remboursement d'au moins 35% des fonds dépensés, et jusqu'à 50% quand du personnel saoudien est embauché, visites en réalité virtuelle des plus beaux sites naturels du pays: le pavillon saoudien, au village international, a sorti le grand jeu à Cannes pour attirer les tournages. "Ils ont des paysages absolument insensés, les décors naturels sont formidables", a confirmé Jérôme Paillard, le directeur du Marché du film.

Cette ouverture du royaume saoudien au 7e Art sera-t-elle complète ? Comme les programmes télévisés, les films projetés au cinéma seront soumis à la censure, qui considère habituellement comme tabous les sujets liés au sexe, à la religion et à la politique.

L'un des courts-métrages saoudiens présentés à Cannes laisse présager une évolution, "Coexistence", de Musab Alamri : l'histoire de deux étudiants en co-location aux Etats-Unis, qui deviennent amis avant de réaliser qu'ils sont respectivement sunnite et chiite.


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