Liban

Don d'organes : Au Liban, le programme national est « en réanimation »

Don d’organes

Le sujet reste entouré au Liban de préjugés à tous les niveaux. Cette série d’articles bimensuels vise à faire la lumière sur les différents aspects de ce don de vie.

Nada MERHI | OLJ
25/04/2018

« Le programme national du don d’organes et des tissus est en réanimation ! L’approbation en Conseil des ministres du décret 1442/1984, qui régit le don d’organes au Liban sous toutes ses formes, est plus que jamais une nécessité, voire une urgence ! » 

Farida Younan, coordinatrice nationale du Comité national pour le don et la greffe des organes et des tissus (NOD Liban), ne cache pas sa déception. Le sujet, propice aux scoops, continue d’être « abordé de manière légère et sensationnelle par certains médias, ce qui porte préjudice au programme et nuit aux familles des donneurs ». « Les choses ne peuvent plus continuer ainsi », insiste-t-elle.

Elle explique qu’en 2010, après l’élaboration, avec l’aide du gouvernement espagnol, de l’infrastructure du système libanais pour le don d’organes, le décret a été mis à jour. « Il a été révisé à quatre reprises par le Conseil d’État qui a, en 2017, approuvé la mouture finale du texte, poursuit Farida Younan. Celui-ci a également été approuvé par les ordres des médecins de Beyrouth et du Liban-Nord, ainsi que par les membres du Comité national consultatif libanais pour l’éthique des sciences de la vie et de la santé. Jusqu’à présent, il n’a pas encore été approuvé en Conseil des ministres. Or cela devient une urgence, puisqu’en l’absence de garde-fous, les médias, surtout audiovisuels, vont continuer à nuire au programme national du don d’organes et aux familles des donneurs, puisqu’ils ne recherchent que le sensationnel. De plus, ce décret permettra de réguler aussi le travail des ONG qui désirent se lancer dans des programmes de sensibilisation sur le don d’organes. Malheureusement, ces associations sont nombreuses et elles n’ont pas les données scientifiques exactes à ce sujet. Pour ce qui est des hôpitaux, ils seront obligés de mieux collaborer avec le programme, parce que conformément au décret, le programme du don d’organes au sein d’un hôpital est un des critères de l’accréditation de l’établissement. » 

En vertu du décret 1442/1984, « toute partie qui désire offrir un service, mener une étude, fonder une association, organiser un programme scientifique, social ou médiatique sur le don d’organes doit avoir une approbation préalable de NOD Liban ».

Farida Younan reprend : « Bien que NOD soit un organisme qui relève du gouvernement, et qui a l’appui ferme du ministère de la Santé, nous faisons face à un problème pour rallier à la cause les responsables concernés ! Les trois pôles du pouvoir se doivent de faire passer ce décret. Il y va de la santé des gens. Pourquoi le Conseil des ministres tarde-t-il à l’approuver? Nous n’avons pas le budget nécessaire pour pouvoir travailler et, de plus, il n’y a pas de garde-fous pour empêcher les intrus de tous bords de nuire au programme national. Au lieu de le renforcer, on est en train de tout faire pour le paralyser. » 


Au moins trente donneurs par an

Le Dr Antoine Stéphan, vice-président de NOD Liban, explique de son côté que le don d’organes ne se limite pas à la « seule sensibilisation ». « Celle-ci est certes importante, mais elle ne constitue qu’un volet qui est d’ailleurs très mal abordé par de nombreux médias qui mettent surtout l’emphase sur le commerce des organes, auquel il a été mis fin en 2014, ou encore sur les obstacles religieux qui n’existent plus, constate-t-il. En plus, ils cherchent toujours à briser l’anonymat, alors que le décret 1/65 publié en 2009 les oblige à préserver l’anonymat du donneur et du receveur. » 

Le Dr Stéphan souligne qu’ « en l’absence d’une infrastructure qui permette de recevoir l’organe, la sensibilisation ne sert à rien, puisque la finalité de tout programme de don d’organes est de servir le patient qui en a besoin ». « Or si les organes du donneur ne sont pas bien préservés, ils ne serviront à rien, poursuit-il. Au Liban, il nous faut environ trente donneurs par an pour pouvoir répondre aux demandes que nous recevons annuellement, et ce pour éviter que la liste d’attente, qui compte plus de 600 noms, ne s’allonge. Avec le taux de consentement familial actuel, on doit soigner cent donneurs potentiels pour obtenir trente donneurs réels. Or la prise en charge d’un donneur coûte environ 4 000 dollars, soit près de 400 000 dollars par an, sachant que le budget annuel de NOD Liban est de 330 000 dollars, ce qui est largement insuffisant pour couvrir en plus les frais du bureau et rémunérer nos employés. »


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