L’édito de Ziyad MAKHOUL

L’apartheid du Hezbollah

L’édito
23/04/2018

Un candidat sunnite qui fait front contre le courant du Futur, un candidat chrétien qui tient tête au CPL, aux FL ou aux Kataëb, ou un druze face au PSP auraient-ils été tabassés par trente enragés comme l’a été Ali el-Amine, en campagne électorale dans la circonscription du Liban-Sud III, par des partisans du Hezbollah, disciplinés à outrance ? Non.

Voilà un journaliste chiite farouchement opposé à la formation de Hassan Nasrallah dans tout ce qu’elle a de néofasciste – et la liste est longue : la pratique purement dictatoriale et l’assassinat pur et simple du pluralisme; la délibanisation du chiisme libanais et son embrigadement sous une autorité supranationale opérant de Téhéran ; le rapt de la décision de guerre ou de paix du Liban comme en juillet 2006 ; le mercenariat arrogant, vantard et mortifère en Syrie aux côtés de Bachar el-Assad ; l’hyperprimauté du concept milicien, dans son esprit et dans sa lettre, à commencer par l’impunité ; le salut de ces jeunes hommes, le front ceint du drapeau hezbollahi, le bras levé exactement comme face à un quelconque führer, etc. Et parce qu’il sait que le changement ne peut venir que du dedans, parce qu’il est fier de sa libanitude autant que de son chiisme et qu’il est convaincu de leur extrême symbiose, parce qu’il est déterminé à montrer un autre visage de sa communauté, Ali el-Amine s’est lancé tête et cœur les premiers dans la bataille des législatives 2018, dans des cazas dominés jusqu’au plus petit recoin par le Hezb : Bint Jbeil et Nabatiyé.

Ali el-Amine est sans doute aucun l’énième Libanais victime de la loi du plus fort ; ce terrorisme, il est loin d’être le premier, et malheureusement le dernier, à le subir : avant lui, en restant dans le XXIe siècle, les exemples de jeunes et moins jeunes tabassés ou tués pour leurs idées ou leurs actes sont légion, notamment sous l’occupation syrienne et sous le mandat d’Émile Lahoud – les partisans aounistes de l’époque, entre tant d’autres, s’en souviennent sûrement encore dans leur chair. 

Mais il y a quelque chose de fondamentalement différent dans l’épopée sisyphienne de Ali el-Amine : fils aîné d’un uléma chiite au courage, à la probité et à l’audace intellectuelle indiscutables, élevé dans la pure tradition du chiisme amélite, ouvert aux mondes, il a tout pour devenir, toutes proportions gardées, un Mohammad Bouazizi libanais – ce jeune Tunisien qui, en s’immolant par le feu le 17 décembre 2010, a déclenché, par effet papillon, le plus grand ratage de la oumma arabe depuis le VIIe siècle : son printemps. Ali el-Amine a tout pour incarner, aux côtés de tant d’autres de ses coreligionnaires (Mona Fayad, Hanine Ghaddar, Mona Harb, Riad el-Assaad, Ahmad el-Assaad, Moustapha Fahs, Malek Mroué, Mohammad Hussein Chamseddine, Lokman Slim, Mohammad Ali Mokalled, Salah Haraké, la famille Husseini, etc.), ce printemps chiite, cette intifada. Une intifada blanche, parce que personne ne veut, naturellement, que la force soit utilisée contre le parti pour se débarrasser de ses armes. Une intifada électorale, dans le (relatif) secret de l’isoloir. Une intifada contre l’autocratie du Hezbollah, contre la mainmise de Téhéran sur une des composantes fondamentales du Liban, contre le verrouillage absolu de la démocratie et du processus électoral dans les cazas à dominante chiite, contre le fait établi et la loi du plus fort, contre le degré zéro de la politique, ramenée à son âge de pierre, contre la peur, érigée en doctrine, et, enfin et surtout, contre la contagion. L’inéluctable contagion des mentalités.

Parce que, finalement, ce n’est pas l’arsenal du Hezbollah qui est le plus dangereux. Ni la peur que le parti inspire et entretient. C’est encore et toujours ce lavage de cerveau, minutieux et obsessionnel, cette létale équation : soyez partisans, suivez-nous en silence, et l’on vous placera au-dessus, en marge et à l’abri des lois libanaises et de tous ses représentants, en vous donnant, en outre, une rente à vie. C’est ce leitmotiv : vous avez été spoliés de tout depuis des siècles, c’est nous qui vous redonnerons ce tout, vos droits, votre fierté. Bien sûr, une très grande partie des électeurs du Hezbollah le font de plein gré, de tout cœur, comme pour les autres grands partis libanais, mais le reste, contrairement aux autres Libanais, sont infiniment pris en otages. Pire : le reste sont victimes d’une véritable ségrégation, d’un véritable apartheid intercommunautaire, qui n’a rien à envier à ce qui se faisait en Afrique du Sud, à ce qui se fait en Israël contre les Palestiniens dans les Territoires. Il y a d’un côté le bon chiite, qui obéit aux directives du Hezb sans discuter, et il y a le mauvais chiite, qui veut n’en faire qu’à sa tête, comme Ali el-Amine. Et qu’il faut faire taire.

Mais Ali el-Amine, qui disait à L’Orient-Le Jour, pas plus tard que dans notre édition du samedi 21 avril, que c’est sa seule libanité qui le protège, a promis de continuer la bataille ; de ne pas se taire. Face à lui, reste, comme en apesanteur, le silence assourdissant et scandaleux du président de la République, garant de la Constitution et des libertés de tous ses compatriotes. Michel Aoun a été pourtant, comme chaque Libanais un jour, comme chaque Libanais aujourd’hui ou demain, un Ali el-Amine, persécuté pour ses opinions. Mais comme tout le monde le sait, la mémoire de M. Aoun est extraordinairement élastique.

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Le Faucon Pèlerin

Préparez vos clefs !
Juan Hobeiche président de la Municipalité de Jounieh, vient d'offrir, sous forme de trophée, la clef du Kesrouan au secrétaire général du Hezbollah. Personne ne sait ni pourquoi ni comment.
J'attends vos réactions.

Irene Said

Le grand problème est que nous "Libanais non-résistants" ni partisans du Hezbollah, n'avons toujours pas compris que ce parti est le seul qui:

-ne ment ou ne trompe jamais personne
-est le plus dévoué au Liban
-n'est pas corrompu pour un sou
-ne "résiste" qu'à Israël
-tient honnêtement tous ses engagements
-acceptera humblement et démocratiquement une éventuelle défaite aux élections du 6 mai 2018
-et accepte aussi démocratiquement des opposants chiites

Ce qui, en clair, signifie que nous n'avons toujours pas réalisé la chance d'avoir ce "parti de DIEU"...!
Donc, à qui la faute si tout va mal chez nous?
Mais à nous ignares !
Irène Saïd




carlos achkar

Ce ne sont pas seulement les chiites qui sont pris en otages par le Hezbollah, mais tout le peuple libanais et en premier le président de la République.
La seule possibilité pour éradiquer ce cancer qu'est le Hezbollah passe par les urnes. La question est: le peuple libanais a t'il assez de courage, de force pour se battre contre ce cancer?
Peut être nous aurons une bonne réponse le 06 Mai.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SUPERBE ZIAD MAKHOUL VOTRE ARTICLE QUI DIT LES QUATRE ... ICI ELLES SONT PLUS... VERITES SUR LA GANGRENE QUI RONGE CE PAYS ! MAIS LE FASCISME NE SURVIVRA PAS A LA VOLONTE DE S,EN DEFAIRE DES LIBANAIS !

Soeur Yvette

Oui Oui continuons la bataille....

gaby sioufi

CRIME CONTRE LE LIBAN que fut la couverture aouniste a wali fakih. Quand aores 2000 hezb aurait du remettre ses armes, se reorganiser com les autres partis quoique criticables, hezb devait avoir cesser de nous casser les oreilles com quoi il ns a libere ....
MAIS quArrive t il ? Corruption morale ambiante. La chaise maronite de baabda ...hezb en profite a fonds. Devient tel decrit dans cet edito. BRAVO les maronites surtout aounistes.
Ca vs rappelle bien l,ere palestino progresso sunnite des annees 67 a 82...
On fait de tout pr s allier aux etrangers contre les libanais.
WOW! des genies la CRASSE pitique libanaise

gaby sioufi

UNE AUTRE VERITE : la couverture aouniste mise a profit par wali fakih ! Pire encore que tout ce qui est decrit dans cet edito pour condamner l etat des choses .

LA TABLE RONDE

C'est le domaine dans lequel Ziad excelle . C'est sa mat 1ere. Dites vous bien Ziad le justicier de l'olj que 30 agresseurs , c'est VOUS qui l'écrivez , donc 30 agresseurs sur cet "opposant" à la résistance et qui font partie du hezb , c'est le candidat qui l'affirme, je trouve ca un peu gros qu'il se soit retrouvé en bandelettes sur un lit d'hôpital.

Ça rappelle les aberahmenteur osdh d'un bureau glauque et humide de Londres ou du théâtre des casques blancs en Syrie.

rene n malek

...(la mémoire de M. Aoun est extraordinairement élastique), oui. Comme celle de ses supporters.

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