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Moyen Orient et Monde

Le musée de Bagdad a récupéré près du tiers de ses objets pillés

Reportage

Le gouvernement irakien continue de rechercher les antiquités volées sur les marchés américains et européens.

10/04/2018

Le musée de Bagdad – ou musée national irakien – a rouvert ses portes il y a tout juste trois ans, en mars 2015, alors que les miliciens du groupe État islamique saccageaient le musée de Mossoul et la cité assyrienne de Nimroud qui date du XIIIe siècle avant Jésus-Christ.
Fermé au public depuis avril 2003, après le pillage dont il avait été la cible lors de l’entrée des troupes américaines dans la capitale irakienne, le musée a récupéré plus de 4 000 de ses 14 000 pièces volées, soit presque le tiers. De nombreuses pièces ont été retrouvées aux États-Unis. Aujourd’hui, le gouvernement irakien continue de rechercher les antiquités pillées, notamment à travers les ventes aux enchères et privées en Europe et aux États-Unis.

Luma Yass, directrice du département éducatif au musée national de Bagdad, raconte en effectuant la visite guidée : « Je me souviens du pillage du musée. Je suis arrivée le matin, trois jours après la chute de Bagdad (le 9 avril 2003), tout était cassé, il y avait de l’eau au sous-sol. Il fallait sauver les pièces, vérifier lesquelles avaient été prises, répertorier les objets qui restaient et ceux qui avaient été volés. » « Ce ne sont pas des ignorants qui ont pillé le musée », assure Luma Yass.
« Au contraire, c’était des gens qui s‎’y connaissaient. Ils n’ont pas touché aux copies. Ils ont choisi les originaux, emportant les pièces les plus importantes », dit-elle tristement. À titre d’exemple, les copies des tablettes du code Hammourabi, un des plus anciens textes juridiques, et dont l’original est au musée du Louvre, avaient été laissées sur place. « Il nous a fallu des mois pour dresser notre inventaire des pièces volées. Quand je travaillais, je pleurais. Je rentrais à la maison, je pleurais aussi », se souvient-elle. « Quelqu’un a volé votre pays, votre patrimoine, votre fierté, et vous êtes là, complètement impuissant », s’indigne-t-elle.

Le musée de Bagdad avait été pillé en trois jours, lors de la prise de la ville par les soldats américains. Ils avaient dressé des barrages non loin du musée sans pour autant protéger les lieux. Plus d’un témoin se souvient que des archéologues irakiens les avaient alertés, en vain. Les soldats américains sont restés indifférents aux pillages. À l’époque, les responsables irakiens, comme les habitants de la ville, n’avaient pas imaginé que Bagdad capitulerait. C’est pour cette raison que les pièces du musée national de la capitale irakienne n’avaient pas été mises à l’abri.


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« La terre d’entre les deux fleuves »
L’Irak d’aujourd’hui se situe au cœur de la Mésopotamie, littéralement « la terre d’entre les deux fleuves », le Tigre et l’Euphrate, berceau des civilisations où se sont épanouies de grandes civilisations précédant l’Antiquité gréco-romaine. C’est le pays des Sumériens, des Acadiens et des Assyriens. L’Irak, c’est l’écriture, inventée par d’anciens Mésopotamiens vers 3 200 avant l’ère chrétienne, la construction des premières villes de l’humanité comme Ur, la création des premiers codes dont le code Hammourabi, ou encore les grandes bibliothèques comme celle du roi assyrien Assourbanipal. Et c’est tout cela, malgré les pillages de 2003, que l’on retrouve aujourd’hui dans le musée national d’Irak, créé en 1922. C’est un musée de référence, le plus important pour toute la civilisation mésopotamienne.
Parmi les objets retrouvés après 2003 figure la tête de la Dame d’Ourouk datant de 3 300 av. Jésus-Christ, qui reproduit le visage d’une femme sumérienne. Elle est majestueusement placée dans la première salle du musée.


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Au fur et à mesure que l’on progresse dans les salles, on découvre les merveilles de la civilisation mésopotamienne. Des plaques et des ustensiles où sont gravés des textes en écriture cunéiforme témoignent du génie sumérien. Des répliques du trésor de Nimroud sont exposées dans une vitrine. Les originaux qui pèsent des dizaines de kilos d’or sont déposés ailleurs en lieu sûr. Les salles consacrées à l’époque assyrienne sont les plus impressionnantes. Elles abritent des sculptures géantes reproduisant des scènes de chasse du roi Sinharib et de gigantesques statues de Shedu, le taureau aux ailes d’aigle et au visage humain, un dieu protecteur qui repousse les esprits maléfiques et les ennemis, et dont les représentations étaient placées en paires à l’entrée des villes antiques.
Le musée national d’Irak a repris vie. Cela se devine aux visiteurs locaux, notamment des groupes d’écoliers, et à quelques étrangers, surtout des journalistes qu’on croise dans ses salles. Cela est visible aussi au nombre d’experts qui restaurent et nettoient les pièces antiques sur place, sous le regard des visiteurs. Un détail manque cependant : les publications vendues à la sortie du musée datent d’avant l’occupation américaine de l’Irak. Mais il semble que les responsables ont décidé d’y remédier.


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