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Après le fusil, la pelle: la reconversion de combattants dans l'Irak post-EI

reportage

"On a commencé par combattre, et maintenant on construit, c'est aussi une façon de poursuivre le combat".


OLJ/AFP/Sarah BENHAIDA
08/03/2018

Il y a encore trois mois, Ibrahim brisait avec sa pelleteuse les remblais dressés par les jihadistes face aux troupes irakiennes. Aujourd'hui, il manoeuvre le même engin pour l'irrigation des cultures du sud, épargné par les combats mais en manque d'infrastructures.

"Ce que je fais me rend heureux", assure cet Irakien au visage buriné surmonté d'une mèche brune dressée à coup de gel.

En 2014, avec des dizaines de milliers d'autres, Ibrahim Ali a répondu à l'appel de la plus haute autorité chiite du pays, le grand ayatollah Ali Sistani, et rejoint le Hachd al-Chaabi, ces unités paramilitaires formées pour combattre le groupe jihadiste sunnite État islamique (EI).

Alors âgé de 23 ans, il a laissé ses parents dans la province de Babylone et son quotidien de journalier dans le bâtiment. Parce qu'il savait utiliser les bulldozers et autres engins de chantier, il a été affecté au génie militaire du Hachd dont le slogan est "construire et combattre".

Aussi, quand en décembre l'Irak a annoncé en grandes pompes la "victoire" et la "fin" de la guerre contre l'EI, il n'a pas raccroché ses gants ni son uniforme de camouflage.


(Lire aussi : Après la victoire militaire, la lutte idéologique contre l'EI à Mossoul)


'Les autorités ne viennent pas'
Avec les ingénieurs, conducteurs et autres manoeuvres du Hachd, il a pris la direction des confins méridionaux du pays, Bassora --une province en très grande majorité chiite, la plus riche en pétrole et pourtant l'une des moins dotées en infrastructures. 

"On a commencé par combattre, et maintenant on construit, c'est aussi une façon de poursuivre le combat", explique Kazem Akram, l'ingénieur qui supervise l'équipe d'Ibrahim.

"Le Hachd a une stratégie sur le long terme pour laquelle il s'appuie sur ses cadres, des ingénieurs comme moi, mais aussi des médecins, des avocats, toute cette élite qui l'a rejoint", affirme ce père de trois enfants qui sillonne l'Irak, de Mossoul dans le nord au désert d'Al-Anbar dans l'ouest.

Mohammad Karim, 24 ans, est également ingénieur. En 2015, après avoir décroché son diplôme à Bagdad, il a rejoint le Hachd. Contrairement à de nombreux jeunes, --dont un sur cinq est au chômage--, il assure avoir reçu des propositions d'emploi. Mais il a préféré s'enrôler dans le Hachd.

Après plus de deux années sur le front, il supervise aujourd'hui la rénovation des abords d'une école dans un nouveau quartier de Bassora, cité portuaire de plus de deux millions d'habitants. "Avec les pluies, la rue en terre battue était boueuse, il n'y a pas de système d'égout et les enfants pataugeaient pour aller en classe", explique-t-il. Alors, en coordination avec la municipalité, c'est le Hachd qui s'est chargé du chantier.

Depuis son échoppe en face de l'école, Abou Raëd, quadragénaire avec 11 personnes à sa charge, observe les engins en action.

"Bassora, c'est la vache à lait de l'Irak: on la surnomme la Mère du pétrole et nous ne bénéficions même pas des services minimum", s'emporte-t-il. "Les autorités ne viennent jamais ici, alors que le Hachd, qui a déjà donné son sang pour l'Irak, est là pour nous", assure-t-il encore à l'AFP.


(Lire aussi : Dans la cité irakienne de Mossoul, la renaissance culturelle après l'EI)


'Le Hachd va rester'
La province de Bassora s'enorgueillit d'être celle qui a donné le plus de "martyrs" dans la lutte contre l'EI, comme le rappellent les posters aux bords des routes et les mémoriaux dressés dans les villages, sous des photos de jeunes et de moins jeunes, armes à la main, tombés au combat.

Le Hachd compte encore des dizaines de milliers de membres. "Tout ce qu'ils ont fait et tous ces gens ne peuvent pas disparaître d'un coup", estime Mohammad Karim.

Les ingénieurs touchent 750.000 dinars, soit un peu plus de 600 dollars par mois, au sein du Hachd qui leur garantit la sécurité de l'emploi, d'autres, comme lui assure-t-il, sont là "parce que c'est un travail humanitaire".

"Le Hachd va rester", affirme-t-il alors que sa popularité ne cesse de grimper parmi la majorité chiite, et jusque dans certains bastions sunnites, pour son rôle crucial dans la guerre contre l'EI. Et cela arrange Khalil Fahd, responsable à la compagnie des eaux. Depuis deux mois, le Hachd lui prête main-forte dans la région d'al-Qourna, au nord de Bassora, et ils ont déjà creusé une quarantaine de kilomètres de canaux d'irrigation.

"C'est une opération de sauvetage, les agriculteurs sont menacés par la sècheresse", dit-il, alors que les autorités locales n'ont ni les moyens ni le matériel ni les hommes pour y faire face.

Plus à l'est, le long de la frontière iranienne, d'autres factions du Hachd s'activent au déminage. Ailleurs, des pelleteuses construisent ou aplanissent des routes.

Bassora est la première province où le Hachd a lancé ces chantiers. D'autres pourraient suivre, assure sa direction, que plusieurs cadres ont récemment quitté pour pouvoir se présenter aux élections législatives de mai.



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AIGLEPERçANT

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