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L'Irak obtient 30 milliards de dollars d'engagements pour sa reconstruction

Conférence

Ce montant reste toutefois éloigné des besoins chiffrés par Bagdad à 88 milliards de dollars.

OLJ/AFP
14/02/2018

Les alliés de l'Irak se sont engagés mercredi, au dernier jour d'une conférence internationale à Koweït, à mobiliser 30 milliards de dollars pour reconstruire ce pays ravagé par trois ans d'une guerre dévastatrice contre le groupe Etat islamique (EI).

Si le pays hôte a exprimé sa satisfaction au terme de ces trois jours de conférence, ce montant reste toutefois éloigné des besoins chiffrés par Bagdad à 88 milliards de dollars lors de la journée d'ouverture.

"L'engagement de la communauté internationale envers l'Irak a été clair" avec un montant total de 30 milliards de dollars, soit 20,3 milliards d'euros, s'est de son côté félicité devant la presse cheikh Sabah al-Khaled Al-Sabah, le chef de la diplomatie du Koweït. Cet engagement a été illustré, selon lui, par la participation à cette conférence de 76 pays, 51 organismes d'aide internationale, 107 associations et fondations et 1.850 hommes d'affaires.

"On espérait un montant plus important", a nuancé auprès de l'AFP le ministre irakien des Affaires étrangères, Ibrahim al-Jaafari. "Ce n'est pas une déception mais le résultat est en-deça des attentes", a-t-il reconnu.

Sur la somme de 88 milliards, 22 milliards de dollars représentent des besoins à court terme, avaient souligné les responsables irakiens en ouverture, lundi.

Meurtri depuis des décennies par les guerres à répétition et un long embargo, l'Irak a proclamé en décembre la "victoire" sur l'EI, qui s'était emparé d'un tiers du pays à partir de 2014. Mais la menace d'attentats n'a pas pour autant disparu, des milliers d'infrastructures sont détruites et 2,5 millions de personnes déplacées.


(Pour mémoire : L’Irak en quête de 88 milliards de dollars pour se reconstruire)


Initiative de l'Unesco
Mercredi, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé la communauté internationale à "soutenir les efforts" de reconstruction de l'Irak.

La plupart de l'aide promise jusqu'à présent provient de la Grande-Bretagne (1 milliard de dollars par an de crédits à l'export sur 10 ans) et de la Turquie (5 milliards de dollars), des contributions qui se divisent en prêts et en investissements.

La Banque Mondiale (BM) et l'Irak ont signé mercredi deux projets de 510 millions de dollars destinés à améliorer les conditions de vie des Irakiens. Les deux projets s'ajoutent à un programme déjà financé par la BM à hauteur de 750 millions de dollars, ce qui porte son engagement total dans le pays à 4,7 milliards de dollars contre 600 millions il y a quatre ans.

Pour les Etats-Unis, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson avait indiqué mardi que la banque Export-Import américaine était prête à signer un protocole d'accord d'un montant de trois milliards de dollars avec Bagdad, socle d'une "future coopération" dans des secteurs-clé comme les énergies ou les transports.

Le même jour, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait réaffirmé la participation de la France. Outre un prêt de 430 millions d'euros accordé à Bagdad en 2017, Paris financera des projets dans le secteur de l'eau, de l'énergie et de la restauration des filières agricoles via l'Agence française de développement (AFD).

De son côté, l'Unesco a annoncé mercredi le lancement d'une initiative de coordination, soutenue par l'ONU et le gouvernement irakien, pour "faire renaître l'esprit de Mossoul", deuxième ville d'Irak, en grande partie détruite par les combats. "L'idée est de travailler à la reconstruction du patrimoine historique avec des lieux emblématiques comme le tombeau de Jonas, la bibliothèque de Mossoul ou encore la Vieille ville", a expliqué à l'AFP la directrice de l'Unesco, Audrey Azoulay. Au niveau éducatif, l'initiative visera notamment la formation des professeurs et la sensibilisation contre la radicalisation.


(Lire aussi : Tillerson appelle l'Iran à "retirer ses forces du Liban, de la Syrie, de l'Irak et du Yémen")


Division et corruption
Avant les gouvernements et les institutions internationales, la conférence de Koweït avait mis en avant les ONG et le secteur privé. Plus de 200 projets ont été présentés, visant par exemple la construction de raffineries de pétrole et de centrales électriques, la réhabilitation d'aéroports, ou encore de chemins de fer et de routes.

Pour les inciter à s'engager, les responsables irakiens ont présenté des garanties aux 2.000 représentants d'entreprises internationales, sollicités pour la reconstruction. Mais beaucoup d'entreprises hésitent à se précipiter devant l'ampleur des défis à relever, alors que l'Irak est classé parmi les 10 pays les plus corrompus au monde par Transparency International.

Des ONG ont déjà annoncé une levée de fonds de plus de 330 millions de dollars pour soutenir les opérations humanitaires. Trois agences de l'ONU ont insisté sur l'urgence de l'aide à la population irakienne, dont l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a appelé à "investir dans le secteur de la santé, (...) dévasté".

Mais la reconstruction de l'Irak nécessitera plus que de l'argent: outre la corruption endémique, le pays devra surmonter les divisions internes, notamment entre chiites et sunnites. D'autant que la lutte contre l'EI n'est pas terminée, le groupe extrémiste demeurant "une menace sérieuse", comme l'a martelé mardi le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson.



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