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Prêts octroyés durant la CEDRE : les attentes du Liban largement dépassées

La communauté internationale s'est engagée à octroyer plus de 11 milliards de dollars de prêts et de dons, alors que le gouvernement espérait lever moins de 7 milliards de dollars.  

Kenza OUAZZANI | OLJ, de Paris
07/04/2018

La communauté internationale s'est engagée vendredi à mobiliser en faveur du Liban 10,2 milliards de dollars de prêts, dont 9,9 milliards à des taux bonifiés, et 860 millions de dollars de dons, destinés principalement à bonifier ces prêts, lors de la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises (CEDRE) qui s'est tenue vendredi à Paris. Celle-ci avait pour objectif d’œuvrer à la modernisation de l'économie du pays et au renforcement de sa stabilité, menacée par les crises régionales.

« C’est beaucoup plus que ce à quoi on s’attendait ! », a confié à L’Orient-Le Jour le conseiller économique de Saad Hariri, Premier ministre du Liban, Nadim el-Mounla, à la fin de la conférence.  En effet, les promesses de prêts formulées par la communauté internationale ont dépassé toutes les prévisions. Le Liban, qui a présenté aux bailleurs de fonds son ambitieux Programme d’investissement (Capital Investment Program, CIP) en infrastructures, espérait obtenir suffisamment de prêts pour financer environ 65 % du coût total de la première phase de ce programme, estimé à 10,8 milliards de dollars (frais d’expropriations compris). Le reste de l'enveloppe devait être financé par des Partenariats Public-Privé. La première phase du CIP devrait durer six ans si l’on prend en compte la période des travaux préparatoires et de la mise en œuvre.


(Lire aussi : CEDRE : plus de 11 milliards de dollars pour "préserver le trésor qu'est le Liban dans la région")

Une large participation
Au total, 37 Etats et 14 organisations internationales et régionales (FMI, Banque mondiale, UE..), ainsi que des représentants du secteur privé (General Electrics, CMA CGM…) et de la société civile (Kulluna Irada, Carnegie) étaient réunis pour cette conférence. Parmi les plus gros donateurs figurent la Banque mondiale, qui s'est engagée sur quatre milliards de dollars de prêts au cours des cinq prochaines années, et l'Arabie saoudite, qui a renouvelé une ligne de crédit d'un milliard de dollars, signe de son engagement au côté du Liban malgré ses inquiétudes récurrentes sur l'influence croissante de l'Iran dans ce pays. « Il s'agit du renouvellement d'une ligne de crédit qui était là par le passé mais qui n'avait pas été utilisée », a déclaré Nadim Mounla.

De son côté, l’Union européenne a accordé des prêts à travers ses institutions financières : la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a octroyé 1,1 milliard d'euros sur six ans, et la Banque européenne d'investissement (BEI) 800 millions d'euros de prêts sur cinq ans. L'UE a également annoncé un don de 150 millions d’euros supplémentaires sur trois ans.
« Ces dons visent à soutenir les projets qui seront financés par les institutions financières internationales. Cela peut potentiellement permettre de lever 1,5 milliard d’euros, car ces 150 millions d’euros servent à subventionner les intérêts des prêts afin de les rendre plus avantageux pour le Liban », a expliqué à L’Orient-Le Jour une source au sein de l’UE. En d’autres termes, ce mécanisme permettrait que « chaque 100 dollars de subventions des intérêts permettent au Liban d’avoir un prêt de 3 000 dollars », a illustré M. Mounla.


(Repère : Conférence CEDRE : les prêts et les dons obtenus par le Liban)



Des prêts à des secteurs définis 
Plusieurs Etats ont préféré associer leurs prêts à des secteurs définis, voire à des projets particuliers du CIP. « Les pays font des prêts liés à des secteurs ou à des projets, selon ce qui leur semble le plus prioritaire. L’Allemagne a souhaité concentrer ces prêts sur le secteur de l’eau et sur la gestion des eaux usées ; la France est surtout intéressée par le secteur des transports et plus particulièrement la construction des routes ; quant à la Chine, elle souhaite soutenir le secteur de l’énergie », a indiqué M. Mounla.

Une source au sein du ministère français des Affaires étrangères a expliqué à L’Orient-Le Jour que ce résultat positif découle d’un travail de « négociations menées par le Quai d’Orsay avec les différents pays et institutions participant à la CEDRE pour leur exposer l’importance que revêt cette conférence pour le Liban, l’importance qu’il y a à contribuer et à annoncer des dons significatifs ». Ces négociations ont été conduites principalement par l’ambassadeur Pierre Duquesne auprès « des pays du Golfe mais également auprès de nos partenaires européens et américains, ainsi que d’autres grands partenaires », a ajouté cette source. « Tous ne souhaitent pas que le Liban subisse de nouveau une période d’instabilité, puisque cela peut avoir une répercussion sur l’ensemble de la région. L’ensemble de nos partenaires sont assez sensibles à cela car si nous avons du mal à faire démarrer l’économie, les tensions sociales s’aggraveraient », a-t-elle poursuivi.

Mais comme l’a souligné le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, « les réformes structurelles sont indispensables à la croissance économique, à l’assainissement des finances publiques et au renforcement de la capacité du pays à attirer plus d’investisseurs et d’entreprises privées ».


(Lire aussi : Tout ce qu’il faut savoir sur CEDRE)


La vision du Liban
Pour convaincre la communauté internationale du sérieux du gouvernement à engager ces réformes, le Premier Ministre Hariri a présenté la « Vision pour la stabilisation, la croissance et l’emploi ». Cette vision est fondée sur quatre piliers : (1) augmenter le niveau d’investissement public et privé ; (2) garantir la stabilité économique et financière par un rééquilibrage des finances publiques ; (3) entreprendre des réformes sectorielles et transversales essentielles, notamment la lutte contre la corruption et la modernisation du secteur public et de la gestion des finances publiques ; et (4) mettre au point une stratégie de renforcement et de diversification des secteurs productifs du Liban, avec une réalisation de son potentiel exportateur.

M. Hariri a ensuite insisté sur la nécessité pour le Liban de conduire des réformes budgétaires pour renforcer la confiance des investisseurs internationaux publics comme privés. Il s’est engagé à atteindre un objectif ambitieux d’ajustement budgétaire de cinq points de PIB dans les cinq prochaines années, à travers une combinaison de mesures portant sur les recettes (notamment une collecte accrue des impôts) et les dépenses, comme la réduction des transferts à Électricité du Liban (EDL), afin de dégager un excédent primaire.

Plusieurs participants, dont le président Emmanuel Macron, se sont félicités des mesures adoptées par le Liban avant la conférence, visant à renforcer la confiance de la communauté internationale, des bailleurs de fonds et du secteur privé. Parmi elles, l’accélération de la mise en œuvre des projets déjà approuvés, la signature et la ratification de prêts, ainsi que l’allocation et le décaissement de fonds de contrepartie locaux. L’allocation de ressources humaines et financières au Haut conseil pour la privatisation et le partenariat devrait également faire partie de ces mesures.

L'octroi de ces fonds ainsi que la mise en œuvre de ces réformes structurelles seront régulièrement examinés par le biais d’un mécanisme strict de suivi. « Un comité de suivi où siégera le Liban, la Banque mondiale, le FMI, la France, les Etats-Unis et d’autres partenaires sera créé. Chaque année, au moins deux réunions de ce comité seront organisées, l’une à Beyrouth, l’autre à Paris. Toutefois, le mécanisme de fonctionnement n’est pas encore tout à fait finalisé », a précisé à L’Orient-Le Jour M. Mounla.  Les Pays-Bas ont proposé lors de la conférence d’organiser en 2019 une réunion de suivi multilatérale de la CEDRE.


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Wlek Sanferlou

Traduction de cette générosité des donnateurs:
Garder les réfugiés et les déplacés et préparez vous à leur donné la carte d'identité de ce que deviendra le LIban: un taboulé de refugiés et de candidats à l'immigration assaisonés de gouverneurs milliardaires à double triple et même quadruple nationalités
Allah Yisseiidna...

Honneur et Patrie

Nos "homo sapiens" grands papivores de billets de banque attendent impatiemment l'arrivée de l'ouest dans le ciel du Liban des nuages chargés des tonnes de gros billets octroyés par la CEDRE. Ils pleuvront bientôt sur leurs têtes. La corruption au Botswana n'est pas plus développée qu'au Liban.

ON DIT QUOI ?

A quoi bon se poser autant de questions, comme l'amour , la politique au Liban a ses raisons que la raison ne connaît point .

Ce petit pays noyé dans un M.O englouti par les flammes de l'enfer , arrive à tirer les marrons du feu , qui peut y comprendre quelque chose ?

Les occidentaux en mode sentiment de culpabilité pour avoir miser sur le mauvais cheval wahabite, veulent donner des sous , alors faut pas les empêcher de le faire , ils décident de les donner à qui bon leur semble , que pouvons bous faire pour corriger leurs désirs ?

Vous savez le patchwork c'est très beau à regarder , c'est attirant au regard , profitons en , même si on ne verra que des " tartouchés" .

Aref El Yafi

A vos marques, je citerai le mot de Virginie Despentes : « La bonne poire ! c'est l'imbécile qui se dépense sans compter pour que tout le monde y trouve son compte sauf lui, celui qui encaisse les humeurs des unes et des autres. »

Cette conférence, aujourd'hui ? C’est plus une comédie (plutôt une tragédie) de soutien à un gouvernement représentant toute la classe qui nous a conduit vers la banqueroute qu’un plan d’action de reformes et de changement.

Un scandale ? Oui. Car organiser une conférence juste avant des élections alors que 17 ministres sur 30 sont candidats est un déshonneur pour la France. Mr. Macron nous a devancé (nous, on votera le 6 mai) et a voté pour notre statu quo de faillite morale en soutenant une classe politique corrompue et perverse.

Une Comédie ? Oui. Car La France est surtout inquiète que les refugies syriens ne frappent à sa porte. Je parierai que le sort de Cedre ne sera pas mieux que ces précédents. Cette classe de politiciens ne peut pas faire des reformes. Elle est tout bonnement incapable. On ne donne pas ses sous à des voleurs. La France le sait. Mr. Macron le sait. Mr. Hariri le sait aussi. On nous calmera avec des miettes pour ces pauvres Syriens.

Qui vivra, verra !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ESPERONS QU,ON UTILISE CES CREDITS ET CES DONS POUR SAUVER ET ELOIGNER LE PAYS DE L,ABYSSE OU IL ETAIT PRET A ETRE PRECIPITE ! VIVE LE LIBAN ETERNEL !

Sarkis Serge Tateossian

Je suis très content pour mon pays. Sans toutefois sauter au plafond de joie prématurée. Car l'essentielle s'est fait,l'octroi des fonds, la promesse, ensuite viendra le temps des transferts et des réalisations.

Je sais aussi de tels fonds internationaux ne seront pas versés sans un contrôle stricte d'un organisme spécialisé et dun audit pour mener à bien ces prochains accomplissements qui vont transformer le paysage des infrastructures de notre pays.

Pour toutes ces raisons je suis agréablement optimiste. Vé qu'on attendait de cette conférence. C'est fait.
Merci Paris, merci aux autres pays amis et préteurs.

Irene Said

Bon...le plein de millions, le plein de projets, le plein de promesses et d'engagements de la part de Saad Hariri devant les donateurs, on veut y croire !
Mais une question légitime =
notre pauvre pays est connu à la ronde comme étant dirigé par des responsables corrompus et voraces en dollars...alors QUI contrôlera les comptes...et combien de ces dollars seront effectivement employés pour mener à bien les projets sans tromperies et fraudes de tous genres, et combien risquent, selon l'habitude qui est dans les gènes libanais de ces responsables, de finir dans leurs poches ?

Devons-nous croire qu'ils sont subitement devenus honnêtes et vraiment dévoués à leur pays, le Liban ?
Irène Saïd





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