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Moyen Orient et Monde

Malgré un début d’évacuation, le sort des civils de Douma plus que jamais incertain

Ghouta orientale

Des négociations entre Moscou et Jaïch al-islam seraient toujours en cours.

04/04/2018

À Douma, les premiers habitants ont pris le chemin de l’exode. Mais pour la grande majorité restée sur place, l’avenir reste toujours incertain. « Nous attendons le résultat des négociations en cours entre les Russes et Jaïch al-islam », raconte Mohammad Abdelrahmane, un journaliste d’Orient TV habitant à Douma, contacté via WhatsApp. Jaïch al-islam, dernier groupe rebelle sur place, contrôlant Douma et ses alentours, refuse de rendre les armes et de quitter la zone.

Dimanche, Moscou avait annoncé qu’un « accord préliminaire » avait été trouvé pour « l’évacuation » de ce groupe de la Ghouta orientale, resté muet depuis. Malgré ce silence, des évacuations de combattants et de leurs familles ont toutefois commencé lundi à Douma, une initiative parrainée par Moscou qui doit permettre au régime syrien de reprendre le contrôle total de la Ghouta orientale.

Lundi soir, après une longue journée d’attente, plus de 1 100 personnes, des rebelles et leurs familles, ont quitté la Ghouta pour rejoindre Jarablos, ville du Nord syrien tenue par des insurgés pro-Ankara. Hier, rebelles et civils ont continué à embarquer dans des bus pour être évacués de l’ultime bastion rebelle aux portes de Damas. À la mi-journée, au moins six bus avaient été réquisitionnés pour transporter des rebelles et leurs familles, selon un correspondant de l’AFP. L’agence officielle SANA a évoqué « plusieurs bus ».

Le docteur Abou Yasser se trouvait dans le premier convoi de la journée d’hier. « Nous sommes pour l’instant à al-Bab, mais j’espère que nous pourrons rapidement rejoindre Jarablos dans les prochains jours », témoigne le médecin via WhatsApp. Ce dernier affirme que l’évacuation d’hier s’est déroulée de manière « très organisée ». « Mais il reste beaucoup de gens sur place, ce sont des départs au compte-gouttes », affirme-t-il, alors que la ville compterait plus de 200 000 personnes selon le conseil local. « La plupart des gens qui ont quitté Douma, soit une petite poignée, sont soit des blessés, soit des membres de Jaïch al-islam. La situation de manière générale reste très confuse pour la plupart des gens, car le comité civil de Douma n’a pas éclairci la situation des habitants restants », explique de son côté Mouaz al-Bouidani, directeur de la Fondation humanitaire du Cham, dans la Ghouta. Pas question pour lui de songer à partir. « La situation humanitaire est désastreuse et c’est mon devoir de venir en aide aux civils. Au quotidien, nous cuisinons pour plus de 20 000 personnes et nous avons 13 ambulances en état de marche pour secourir les blessés », poursuit-il. La région, assiégée depuis 2013 par le pouvoir, comptait avant le début de l’offensive du régime quelque 400 000 habitants, selon l’ONU, et connaissait de graves pénuries de nourriture et de médicaments.


(Lire aussi : Près de 1.200 personnes évacuées de Douma pour la 2e journée consécutive)


Dissensions internes
Plus de 46 000 personnes au total, dont un quart de combattants, ont été évacués ces derniers jours de la Ghouta, reconquise à 95 % par les forces du régime à la faveur d’une offensive dévastatrice lancée le 18 février, qui a tué plus de 1 600 civils.

Le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, a assuré pour sa part que le processus des évacuations est ralenti par les divisions au sein de Jaïch al-islam, qui rassemble quelque 10 000 combattants. « L’aile radicale du groupe refuse toujours l’accord d’évacuation », a souligné M. Abdel Rahmane. Le porte-parole de Jaïch al-islam n’a pas répondu aux sollicitations de L’Orient-Le Jour, quant aux négociations et aux évacuations en cours. « Nous allons rester dans cette ville et nous n’allons pas partir. Que ceux qui veulent sortir sortent », a lancé Essam al-Bouidani, le chef de Jaïch al-islam, dans une vidéo postée dimanche sur le compte YouTube du groupe, sans qu’il ne soit possible de déterminer quand elle a été filmée.

Ammar Abou Alhada, 24 ans, refuse de quitter Douma. « La majorité ici est du même avis. Je n’ai nulle part où aller. Personne ne m’attend de l’autre côté du “mur” », confie le jeune activiste. Malgré l’annonce du chef du groupe rebelle dimanche, certains n’hésitent pas à pointer du doigt un double discours, soumettant l’hypothèse que les civils seraient forcés de rester. « Les habitants de Douma vivent sous l’oppression de Jaïch al-islam. Il s’agit de la même chape de plomb que celle sous le régime Assad », estime pour sa part un évacué souhaitant rester anonyme.

« C’est faux, affirme quant à lui Mouaz al-Bouidani, toute personne qui souhaite partir peut s’enregistrer et quitter Douma le lendemain. » « Les habitants sont face à trois choix, tous aussi mauvais les uns que les autres : un exode définitif, continuer à vivre sans savoir ce que demain leur réserve, ou bien se mettre à l’abri (dans les zones contrôlées par le régime) avec le risque de se retrouver emprisonnés ou persécutés », conclut l’humanitaire.

Face à l’avancée des forces prorégime sur le terrain, des dizaines de milliers de civils ont été obligés de fuir ces dernières semaines, n’ayant d’autre choix que de trouver refuge dans des secteurs gouvernementaux près de la capitale, malgré la crainte de représailles chez certains.



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