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Quand la télévision libanaise échange (enfin) ses premiers baisers...

Liban Pop

Diffusés cette saison, les feuilletons « al-Hob al-Haqiqi » et « 50 Alf » brisent un (petit) tabou. L’actrice Pamela el-Kik et le réalisateur David Oryan témoignent.

24/03/2018

Les temps changent. Il y a quelques années, un baiser langoureux vu à la télévision ne posait pas de problème s’il avait lieu dans un feuilleton mexicain, mais était pratiquement tabou lorsqu’il s’agissait d’acteurs bien de chez nous. Cette année pourtant, les choses ont changé : deux importants feuilletons libanais de cette saison ont cassé les codes et marqué un tournant dans l’histoire du petit écran libanais. D’ailleurs, ces premiers baisers sont tout sauf maladroits…
Suivie sur la LBC il y a quelques mois, la série al-Hob al-Haqiqi, adaptée de la série mexicaine du même nom, relate l’histoire d’un triangle amoureux entre Rakane, Rami et la belle Noura. Balancée entre deux amours, cette dernière ne se prive pas d’échanger des caresses avec ses deux prétendants, parfois même lors de scènes violentes auxquelles le public libanais n’est pas encore habitué. Interrogée par L’Orient-Le Jour, l’actrice Pamela el-Kik, qui incarne Noura, précise : « Je ne pense pas qu’il s’agisse d’audace. Il est important de savoir qui est notre public, et ce qu’il trouve inapproprié ou pas. Quand j’ai lu le scénario de la série, j’ai moi-même insisté pour inclure ces scènes sans avoir peur de la réaction des gens. Je crois sincèrement que tout dépend du contexte, et de la manière dont les choses sont présentées. Si un baiser rend service au scénario, et tant que la scène respecte l’intelligence du public et est présentée de manière respectueuse, il ne la percevra pas comme une chose négative. Au contraire, elle rend l’histoire plus crédible. Franchement, nous regardons tous des séries américaines et n’avons jamais été offensés. »

Des mentalités différentes
Pour cette femme connue du petit écran depuis déjà plusieurs années, un acteur se doit d’avoir le courage et l’audace de vivre dans la peau d’une autre personne. « Chaque rôle requiert un grand effort de conceptualisation, dit Pamela el-Kik. Si l’acteur est incapable de le faire, il vaudrait mieux qu’il choisisse un autre métier. Il doit pouvoir tout faire, notamment des scènes comme celles que j’ai tournées. » Et d’ajouter : « Les gens ont le droit d’aimer ou de ne pas aimer, mais la réaction que j’ai perçue était en tout cas très positive. Beaucoup m’ont dit que nous avions enfin brisé un tabou. Mais était-ce vraiment un tabou ? » Pamela el-Kik, qui tourne actuellement le second volet de la série diffusée durant le mois de ramadan, estime que la technologie et la mondialisation ont aidé à changer les mentalités. « L’ancienne génération voit souvent en nous des points négatifs, explique-t-elle. Nous en avons sûrement, mais nous avons aussi de belles choses à offrir ! »

De son côté, le réalisateur David Oryan, qui signe actuellement le feuilleton 50 Alf sur la MTV, assure qu’il n’est pas toujours facile de convaincre les acteurs d’accepter des scènes sensuelles. « Dans la série 50 Alf, les protagonistes Tony Issa et Dalida Khalil ont d’abord eu peur que leurs partenaires dans la vraie vie ne se fâchent, mais ont ensuite accepté, raconte David Oryan. Le reste des couples dans la série ont catégoriquement refusé, estimant que des scènes pareilles pouvaient choquer ou même blesser le public. Franchement, je n’ai toujours pas compris pourquoi ! Deux personnes qui s’aiment attendent la moindre occasion pour passer des moments en toute intimité, et je ne pense pas que le public en serait offusqué. Oui, il existe des personnes conservatrices, mais je crois que les gens ont aujourd’hui l’esprit ouvert. Si cela revenait à moi, je pousserais même davantage les limites, mais je ne peux pas forcer les acteurs à le faire », ajoute-t-il.
Pour le jeune réalisateur, beaucoup de comédiens « ne savent tout simplement pas : ce n’est pas toujours facile à faire devant la caméra », raconte-t-il, déplorant une différence entre les feuilletons libanais et les films réalisés par les étudiants. « À l’université, nous faisions des films beaucoup plus osés, avec même, parfois, deux hommes ou deux femmes qui s’embrassent, ajoute-t-il. C’est dans les feuilletons grand public que le problème se pose, mais nous allons y remédier. À petites doses, comme une seringue ! »
En attendant, les férus de séries locales peuvent s’attendre à tout avec cette nouvelle génération d’acteurs et de réalisateurs. Une chose est sûre : les temps changent, et c’est très bien ainsi.


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Bustros Mitri

Les romans-photos se modernisent...
Quel interet de regarder les autres faire ce que l' on peut soi moi-meme faire?

Vahe Atmadjian

il n'y a pas d'amour sans baiser

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN BAISER... QU,Y A-T-IL DE PLUS BEAU ?

Le pont

L'usage de l'expression "les gens" est très méprisant dans toutes les circonstances. "les gens" ne sont jamais des gens ils sont, tour à tour, des libanais, des citoyens, des résidents, des lecteurs, des spectateurs, des télé-spectateurs, des amoureux de l'art, des visiteurs, des électeurs, etc. Il se trouve que les libanais sont en général ouverts aux changements mais pour certaines choses avec une certaine retenue. C'est le cas des scènes d'amour-charnelle à la télévision et surtout à des heures de grandes écoutes. Tous les libanais de toutes les confessions sont comme ça. Des feuilletons avec de telles scènes ne doivent pas être diffusés au Liban avant 22:30 à mon avis. C'est très prétentieux de dire que vous allez y remédier. Le sensuel peut se faire autrement.

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