Ghaleb Hawila

Génération Orient III : #3 Ghaleb Hawila, calligraphe, 25 ans

17/03/2018

Au commencement était le point, essence de la calligraphie, fondement de la religion islamique et origine du cosmos. Le point : ce zéro, ce néant, à la fois début et fin ; ce même point que Ghaleb Hawila, étudiant en design à l’AUST, va explorer, sonder, pour l’étirer jusqu’à l’infini en assurant sa jonction avec l’art.  

Au commencement était aussi le trait, cette ligne tatouée sur sa main qui indique une cicatrice qui a tendance à disparaître avec le temps. Comme une mince ligne qui sépare, selon lui, la vie de la mort : à la suite d’un accident qui a failli le tuer, il comprend que tout peut basculer d’un jour à l’autre, et qu’il faut s’en souvenir pour savoir profiter de la vie et de tout ce qu’elle offre.

Mais au commencement aussi étaient les retrouvailles du jeune homme avec sa voie, lorsqu’il a su qu’il allait se consacrer à la calligraphie. Il avait besoin de se faire connaître dans un seul domaine ; besoin d’être le lien entre les designers et les calligraphes, ou peut-être les deux à la fois, et besoin de se servir de la calligraphie arabe pour retrouver l’identité propre du design libanais. « Celui qu’on étudie à l’université ne reflète pas notre identité, mais celle des pays de l’Est. Il fallait se pencher sur le passé pour ramener la calligraphie vers le présent. »

À l’école, l’élève était bon en biologie et en maths : il n’aimait étudier que les matières scientifiques. Ensuite, il ne sait pas exactement quelle direction prendre, mais choisit le graphic design. Il est déjà un étudiant responsable, qui sait qu’il ne pourra jamais faire les choses à moitié. Il apprendra l’art et son histoire, le dessin, la peinture, l’illustration. Il comprend alors que c’est surtout le travail manuel qu’il aime. Pressé d’entrer dans le monde professionnel, il avoue pourtant devoir beaucoup à ses parents qui l’ont aidé dans son parcours, mais il voulait être libre financièrement pour assouvir tous ses rêves. Ainsi, l’argent lui permettra de voyager en Inde, de faire du yoga, d’apprendre à jouer de certains instruments, comme la guitare et le oud.




Intemporelle

Tout ce que désirait Ghaleb Hawila à cette époque était de goûter au sens de la liberté, surtout pas de rentrer dans une compagnie, ou au service de quelqu’un. Électron libre, il enchaîne les workshops, lit énormément, se détache de la tradition, emmène sa calligraphie comme une compagne, à la plage, avec ses amis, sur les murs, sur papier et en l’exhibant sur les réseaux.

« La calligraphie, c’est moi. » Ces mots, il les répète inlassablement. Il dit qu’il est lent, qu’il prend tout son temps, qu’il se retrouve dans cette écriture lascive qui se rapproche de lui, qu’il n’a jamais eu besoin de maître calligraphe et qu’il fallait qu’il explore ce domaine tout seul. Après un grand conflit avec lui-même, son écriture (la roqaa) émergeait, plus polie, raffinée. Et peu importe si les gardiens de la tradition disent que cette forme d’écriture, accessible au peuple, était basique, il continuait son chemin. Parce qu’il est convaincu que cette calligraphie est simple, sans fioritures, belle, qu’il est à l’image de ces petites écritures. Ghaleb Hawila rêve de devenir grand, mais de toujours apprendre. Et en enseignant et en transmettant la calligraphie à ses élèves, il les prévient qu’il ne faut pas sous-estimer les petites choses, parce que même les aiguilles peuvent faire couler du sang.

La calligraphie de Ghaleb Hawila n’est pas une nature morte, elle est vivante, intemporelle. Ses projets, tout comme son écriture, ne sont pas statiques, ils voyagent : dans les rues de Aley, à la galerie Laetitia pour exprimer l’harmonie intérieure des organes humains, ou encore sur le dernier album de Mashrou’ Leila. Actuellement, le jeune calligraphe transporte son savoir à Sharjah, où on lui commande une énorme exposition sur le thème de l’essence de la vie. Une autre l’attend quelques mois plus tard à Londres. Un grand défi pour cet adepte de l’art conscient et qui ne baisse jamais la garde, mais se questionne constamment. Parce que bien qu’elle se soit mélangée avec l’art, sa calligraphie est encore une exploration personnelle.


Ghaleb Hawila en 24 images par seconde:


« La calligraphie, c’est moi. » Ces mots, il les répète inlassablement:

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Ian

J'ai googlé le nom et pu trouver les oeuvres. Très belles. Dommage que cet article parle d'un artiste sans montrer ses oeuvres ni indiquer un lien vers le site officiel du calligraphe.