Liban

Le nouvel objectif de la médiation américaine : éviter l’escalade !

Décryptage
22/02/2018

On croirait que le monde est à l’envers. Généralement, c’est Israël qui lance les menaces et le Liban qui cherche le compromis. Dans le conflit sur le bloc 9, c’est l’inverse qui est en train de se dérouler. Avec la troisième visite en deux semaines du secrétaire d’État adjoint pour les affaires du Proche-Orient David Satterfield à Beyrouth, le retournement de situation semble se préciser. Il est clair que le diplomate et responsable américain est chargé de la mission difficile d’aboutir à une entente entre le Liban et Israël au sujet du bloc 9. On dirait même qu’il est prêt à faire la navette entre les capitales concernées pour pouvoir mener à bien sa mission. Vendredi dernier, il avait rencontré les responsables libanais avant de se rendre à Tel-Aviv, où il est resté jusqu’à hier, pour revenir de nouveau à Beyrouth. David Satterfield avait entamé sa mission avant la visite du secrétaire d’État américain à Beyrouth jeudi dernier et il la poursuit encore aujourd’hui, avec à chaque étape l’apparition de nouveaux éléments qui renforcent la position libanaise.

Entre la première démarche des Américains en direction du Liban sur ce dossier et les dernières propositions de Satterfield, il y a donc une évolution en faveur du Liban, même si les informations sur les rencontres d’hier entre l’émissaire américain et les responsables restent rares.

David Satterfield avait donc entamé sa mission en proposant aux Libanais l’exploitation de 55 % du bloc 9 moyennant 45 % donnés à Israël. Dans un climat de division interne, suite à la crise entre le président de la Chambre et le ministre des Affaires étrangères, le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman avait annoncé que le bloc 9 appartenait à Israël, juste au moment où le Liban célébrait dans une cérémonie officielle l’adjudication de ce bloc.

De la part du ministre israélien, il s’agissait donc clairement d’une tentative d’intimidation, à la fois à l’adresse des autorités libanaises en misant sur leurs divisions internes, et pour le consortium russo-italo-français qui avait pris en charge la première prospection au large des côtes libanaises.


(Lire aussi : Hydrocarbures offshore : La visite de Satterfield marque la fin de la proposition Hof)


Mais le Liban officiel a vite resserré les rangs autour de cette question et la proposition américaine a commencé à se modifier au fur et à mesure que les Libanais affichaient une position unifiée et ferme. Finalement, l’émissaire américain serait descendu jusqu’à proposer au Liban l’exploitation de 65 % du bloc, tout en laissant 35 % aux Israéliens. En même temps, il a été question de régler dans la foulée une partie au moins des 13 points litigieux le long de la ligne bleue en faveur des revendications libanaises.

En dépit de ces offres qui se voulaient alléchantes, le Liban officiel a continué à affirmer son refus de céder la moindre parcelle terrestre ou maritime. David Satterfield s’est donc rendu à Tel-Aviv pour en discuter avec les responsables israéliens. Il est resté sur place près de quatre jours, multipliant les rencontres sans pourtant faire de déclaration à la presse.

Entre-temps, il y a eu le discours du secrétaire général du Hezbollah à l’occasion de la « Journée du martyr », au cours duquel il a menacé de bombarder les installations pétrolières et gazières israéliennes si le Conseil supérieur de défense (la plus haute autorité militaire du pays) le lui demandait. Cette déclaration a été largement commentée par les médias israéliens, ainsi que le fait qu’aucun responsable libanais n’a critiqué Hassan Nasrallah pour cette déclaration ou n’a cherché à prendre ses distances avec lui. S’il faut en croire les médias israéliens, la menace du leader chiite a fait son effet, d’autant que les Israéliens possèdent un secteur pétrolier et gazier beaucoup plus avancé que les Libanais et qu’ils ont beaucoup à perdre si un climat d’instabilité sécuritaire règne sur cette région maritime riche en ressources énergétiques. D’ailleurs, le ton israélien au sujet du conflit sur le bloc 9 a considérablement baissé. Même le ministre Lieberman a déclaré récemment, à la suite des menaces de Hassan Nasrallah, qu’« il existe une façon acceptable de régler une polémique de ce genre ». Désormais, les médias israéliens se font donc discrets sur la question – ce qui prouve qu’elle fait partie de la sécurité nationale israélienne – et les rares déclarations prônent l’apaisement et la recherche d’un compromis.

C’est dans ce nouveau climat que David Satterfield est revenu au Liban. Selon les rares informations qui ont filtré de ses entretiens avec les responsables libanais, il serait porteur de nouvelles propositions. Certaines sources évoquent une possibilité de laisser 75 % du bloc 9 au Liban, moyennant 25 % aux Israéliens. Mais même cette proposition serait refusée par le Liban qui ne veut pas céder un pouce de souveraineté. Selon certaines sources, l’émissaire américain aurait aussi proposé de geler le conflit sur ce bloc et de commencer malgré tout les travaux de prospection. Toujours est-il que la position libanaise telle qu’exposée par le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil reste ferme sur la question, assurant que la souveraineté libanaise sur le bloc 9 fait l’unanimité au Liban et que le Liban possède suffisamment de documents pour prouver ses droits sur cette zone. Selon des sources bien informées, l’émissaire américain aurait aussi insisté sur la nécessité de ne pas recourir à l’escalade et au contraire de faire baisser la tension. Sa rencontre avec le commandant en chef de l’armée se serait ainsi inscrite dans la volonté des États-Unis de pousser l’armée à être plus présente au Sud, sachant qu’elle a été contrainte d’alléger ses forces dans cette région pour mener la bataille dite du jurd, à la frontière avec la Syrie. Selon les sources du ministère des Affaires étrangères, rapportées par la chaîne LBCI, « on ne peut pas parler d’avancée ou de recul » dans les nouvelles discussions avec l’émissaire américain. Mais il y a certainement une volonté claire d’éviter une nouvelle guerre entre le Liban et Israël.


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Bery tus

mais oui bien sur madame la marquise !! les moumana3sites et n'avaient pas affirmer que natanyahou avait besoin d'une guerre pour garder son poste !?!

maintenant on se rend compte que les israéliens cherchent une issue pacifique .. malgre cela ils campent sur leurs positions .. c'est a se demander qui cherche quoi !!

et si vraiment guerre il y aura .. madame faut pas venir apres se demander encore "si j'avais su" seulement avec cette phrase le sayyed a montrer qu'il est sortie perdant de la dernière guerre ... avec seulement 30% de la puissance militaire israelienne

Irene Said

Faut jamais vendre la peau de l'ours, même israëlien, avant de l'avoir tué !!!
Irène Saïd

gaby sioufi

oserait on dire publiquement- donc AVOUER- que l'origine du probleme fut l'incompetence des libanais lors des accords passes avec chypre delimitant la zone economique exclusive du Liban ?
oserait on AVOUER publiquement que le nouveau trace tel que voulu par les libanais n'a pas ete approuve par les instances int'l autorisees a ce jour ?

en tout cas jamais osees par les soit disant neo revolutionnaires/jihadistes non takfiristes,liberateurs de jerusalem DU LIBAN et de toute la palestine et de leurs sbires.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE BARATIN TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD EST AUJOURD,HUI LE MAITRE INCONTESTABLE DE VOTRE SUPPOSE DECRYPTAGE QUI PREND LES LIBANAIS POUR DES IMBECILES ! H.N. A MENACE ET LES AUTRES ONT EU PEUR ET SE SONT RETRACTES A L,HEURE !
SI NOUS AVONS DES DOCUMENTS... ET VOUS LE CONFIRMEZ ... QUI PROUVENT INCONTESTABLEMENT LE TRACE DE NOS FRONTIERES DEVANT LES INSTANCES INTERNATIONALES CELA SUFFIT A LUI SEUL A FAIRE BAISSER LES REVENDICATIONS INSENSEES ISRAELIENNES VOIRE MEME A LES ANNULER... C,EST UNE AFFAIRE DE DROITS QUI AUGMENTE, BAISSE OU ANNULE LES REVENDICATIONS ET NON LES FANFARONNADES DE H.N. ET JE DEMANDE : NOS FRONTIERES MARITIMES SONT-ELLES TRACEES ET RECONNUES INTERNATIONALEMENT ? SI OUI QUE TOUS LES LIEBERMAN AILLENT AU DIABLE !

Gros Gnon

55/45, 65/35, 75/25, ...

Je ne comprends pas. Il y a bien des normes internationalement reconnues pour calculer l’angle de la ligne frontière qui part de la côte entre les deux pays, non?

Alors pourquoi ne pas simplement appliquer cette norme, et 100% iraient au pays qui a raison, puis chacun s’en retourne chez lui pomper en paix.

ACE-AN-NAS

LE LIBAN NOUVEAU VIENT DE NAÎTRE ET DE FAIRE SON 1ER BAPTÊME EN DONNANT AUX USURPATEURS GÉNÉTIQUES UNE LEÇON DE FERMETÉ GRÂCE À L'ALLIANCE DU COMMANDANTE KHENERAL ET DU CHEF DE LA RÉSISTANCE LIBANAISE DU HEZB.

ALHAMDELLILUYAH OU ALLELUDELLA.

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