L'éditorial de Issa GORAIEB

Le canon et la bétonnière

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
21/02/2018

Détruire ; et puis reconstruire, refaire tout ce qu’a défait la fureur des armes… Immuable est, depuis la nuit des temps, la loi qui régit les conflits entre humains. Et qui, une fois la paix revenue, porte aussi bien les vainqueurs que les vaincus à mobiliser en masse non plus désormais les soldats, mais les maçons.


Louable certes est l’initiative du président Aoun mettant à profit sa visite officielle à Bagdad pour tenter d’assurer aux entreprises libanaises une participation substantielle à la reconstruction de l’Irak ravagé par la guerre. À l’ère de la mondialisation, nombre d’ambassadeurs, houspillés par leurs gouvernements, se sont emparés des prérogatives de leurs attachés commerciaux ; on voit même les chefs des grandes puissances jouer volontiers les démarcheurs afin d’écouler, qui leurs Boeing, qui leurs Airbus. À défaut de telles merveilles technologiques, ce que Michel Aoun a à proposer aux Irakiens, c’est l’esprit d’entreprise et le savoir-faire légendaires des Libanais. Et puis pensez donc, quelle revanche sur notre dévastatrice guerre de quinze ans que de s’en aller réparer toute la casse survenue chez les autres !


Remettre pierre sur pierre ce n’est pas tout, cependant, et les Libanais, sur ce terrain aussi, devraient être bien placés pour le savoir. Si tenaces sont en effet les mauvaises habitudes contractées en période de chaos que près de trois décennies après la fin de leur guerre, ils n’ont pas encore fini de remettre en bon état de marche leurs institutions.


Mais qu’en serait-il alors de ces pays qu’ont fait voler en éclats les hoquets des printemps arabes et où le classique tête-à-tête entre gouvernement et rebelles, déjà troublé par les interventions de puissances étrangères, s’est doublé d’une féroce confrontation entre sectes rivales d’une même religion ? C’est bien le cas de cet Irak qui, à peine en voie de pacification, se soucie déjà de reconstruction. C’est encore plus le cas, cependant, de la Syrie, sur laquelle ont bien prématurément lorgné les magnats libanais de la bétonnière : la Syrie qui, une fois de plus, tient le haut de l’affiche dans la parade de l’horreur, avec les trombes de feu et d’émanations chimiques se déversant en ce moment sur la banlieue de Damas.


C’est, dit-on, pour consolider ses récents succès militaires que le pouvoir baassiste se livre à d’aussi scandaleux excès dans un secteur ironiquement classé, pourtant, zone de désescalade. Mais de quelles victoires et de quelle souveraineté nationale peut donc se targuer un régime soutenu à bout de bras par la Russie et l’Iran ? Et même vainqueur – c’est-à-dire réussissant à conserver, contre vents et marées, son strapontin présidentiel –, de quelle hideuse caricature d’État Bachar el-Assad pourra-t-il encore prétendre être le chef ? Comment diable cette population qu’il persiste à bombarder et à gazer impitoyablement, sans même épargner les hôpitaux, pourra-t-elle jamais se muer en un peuple loyal ? Comment s’y prendra-t-il pour expliquer qu’une seule tête d’islamiste vaut bien que l’on sacrifie, sous les décombres de leurs habitations, des centaines de civils innocents, dont de nombreux enfants ?


En fait de reconstruction, c’est un chantier de cauchemar qui attend le tyran de Syrie.

igor@lorientlejour.com

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