Liban

Des menaces... et des négociations

Décryptage
21/02/2018

Comme chaque année, le congrès mondial de Munich sur la sécurité est une occasion de prendre le pouls de la planète sur le plan sécuritaire. La plupart des acteurs internationaux s’y retrouvent soit directement, soit par le biais d’anciens responsables, et les questions concernant le Moyen-Orient occupent une place prépondérante dans les débats. Cette année, le Liban était présent à ce congrès, qui s’est tenu du 17 au 19 février, à travers la participation du ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, et de responsables sécuritaires. Tous ont dû faire face aux attaques israéliennes. Celles-ci ont revêtu des formes diverses, comme s’il s’agissait d’une véritable campagne de dénigrement. Selon les milieux libanais, la violence des attaques israéliennes était probablement liée au nouveau contentieux sur le bloc 9 et sur le quasi-refus libanais des propositions américaines sur ce sujet, considérées comme favorables aux Israéliens.
Les Israéliens ont donc profité de la conférence de Munich pour, d’une part, multiplier les menaces à l’égard du Liban et, d’autre part, chercher à le placer sur le banc des accusés.

Il y a eu ainsi les menaces claires du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, sur le fait qu’il a l’intention de ne plus se contenter de frapper les alliés de l’Iran, dont le Hezbollah, mais aussi la République islamique directement. Il y a eu aussi une interpellation directe de l’ancienne ministre des Affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, au ministre Sarraf pendant une réunion consacrée à la Syrie. Livni a ainsi accusé le Hezbollah de violer la résolution 1701 du Conseil de sécurité et M. Sarraf a répondu en précisant que nul n’ignore qui viole la résolution 1701. L’ONU reçoit régulièrement des rapports sur les violations israéliennes de l’espace aérien libanais et tout le monde sait aussi qui lance des raids sur la Syrie en passant par l’espace aérien libanais.

Le secrétaire général des Nations unies a d’ailleurs lui aussi rejoint le concert des menaces adressées au Liban lorsqu’il a déclaré, toujours dans le cadre de la conférence de Munich, que le Liban sera détruit en grande partie en cas de guerre entre Israël et le Hezbollah. Antonio Guterres a ajouté toutefois qu’aucune des deux parties ne veut la guerre, mais celle-ci peut éclater à tout moment à cause de la moindre étincelle, et nul ne peut garantir le maintien de la stabilité dans cette zone. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubair a, de son côté, qualifié le Hezbollah de « plus grande organisation terroriste dans le monde ».


(Lire aussi : David Satterfield attendu sous 48 heures au Liban)


Les menaces directes israéliennes, celles du secrétaire général des Nations unies et celles des responsables saoudiens se sont accompagnées d’une position américaine claire de non-intervention en faveur du Liban en cas de développement du litige au sujet des frontières maritimes entre Israël et le Liban si Beyrouth ne prend pas en considération les propositions américaines. C’est en tout cas le message qu’avait délivré le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, lors de sa rapide visite à Beyrouth lorsqu’il avait déclaré que son pays ne fournira aucune garantie au Liban dans ce dossier.
Pour le Liban, ce climat de menaces ne peut pas être dissocié du mécontentement israélien au sujet de la décision libanaise de commencer la prospection du gaz et du pétrole au large des côtes, et en particulier dans le bloc 9.

Les autorités libanaises estiment ainsi que le fait que le secrétaire d’État américain ait jugé bon de faire une escale à Beyrouth pour présenter des propositions au Liban, relayées ensuite par le secrétaire d’État adjoint par intérim pour les Affaires du Moyen-Orient, montre que les Israéliens préfèrent qu’il n’y ait pas de guerre. Ils auraient donc demandé l’intervention des Américains (car, pour le Liban, il ne s’agit pas d’une véritable médiation, les Américains se faisant en quelque sorte les porte-parole des Israéliens) pour tenter de faire plier les Libanais, sachant que par le passé, il aurait suffi que les Américains fassent une proposition pour que les dirigeants libanais s’empressent de l’accepter. Malgré cela, la réponse libanaise n’a pas été celle qu’attendaient les Américains. Tous les responsables avec lesquels ils se sont entretenus ont pratiquement donné la même réponse, chacun à sa manière et dans des tons différents. Mais le refus de céder la moindre parcelle de souveraineté nationale terrestre ou maritime était le même chez tous les interlocuteurs libanais de MM. Tillerson et de Satterfield.

Dans ce bras de fer qui s’annonce, le Liban ne se considère pas comme faible. Il a des éléments de force, dont le plus important est l’unité interne (ou en tout cas l’aval de la plupart des composantes politiques et confessionnelles du pays) sur ce sujet. Vient ensuite la Résistance qui a montré au fil des ans qu’elle est en mesure de créer un équilibre de la dissuasion avec les Israéliens et qui a aussi renforcé l’État en se mettant sous son autorité au sujet de la décision de bombarder les installations israéliennes pétrolières et gazières israéliennes. Par la voix du secrétaire général du Hezbollah, la Résistance a renforcé la thèse selon laquelle elle ne veut pas prendre la place de l’État, mais l’aider lorsqu’elle le peut et lorsqu’elle sent que l’État ne veut pas faire de concessions sur les droits du pays.

Avec « la crise du bloc 9 », le Liban inaugure donc une nouvelle politique, celle de la complémentarité entre les institutions de l’État et la résistance contre Israël. Quelle sera la réaction des Israéliens ? Aujourd’hui, David Satterfield est de nouveau à Beyrouth pour une nouvelle rencontre avec le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, la troisième depuis cette crise. Ce qui montre que derrière les menaces, il y a une volonté de négocier.



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gaby sioufi

comme toujours, on sait cacher les verites !
soit c ca la politique surtout lorsqu'elle se veut jihadiste revolutionnaire !
mais les autres ? les utres alors pourquoi sont ils encore en manque de savoir ?
savoir repondre a une propagande charlatine par une autre claire nette precise ?
pourquoi pr ex, taire la verite au sujet de ce bloc 9 , qui aurait ete sujet a controverse MEME SI l'autre partie aurait ete l'egypte, la jordanie, la syrie? bref un pays frere, parce que ben simplement parce que l'ONU et/ou ;a partie int'l concernee n'a pas encore approuve les dires des libanais?
et que hezb comme toujours excite les libanais , gonfle leur ego(s'ils en ont ) a souhait par l'entremise de betises ecrites et dites :
LE LIBAN EST DORENAVANT FORT, FAIT PEUR A ISRAEL : donc, allez y avec vos fanfaronnades, meme Trump a peur de vous.

Pierre Hadjigeorgiou

Si nous allons en guerre, les milliards qui sont en jeu iront en grande partie aux autres, alors qu'en négociant unis et forts a travers l'état nous obtiendrons tout! Encore faut il que le Hezbollah reconnaisse l'état!

Pierre Hadjigeorgiou

Espérons que tous ne veulent vraiment pas la guerre et que la raison et la sagesse l'emportera sinon, effectivement, la guerre qui s'en suivra fera peut être de petits dégâts en Israël mais détruira en totalité le Liban pour de très longues années que ni les Arabes ni l'Iran ne pourrons compensés. Ce sera encore les Libanais qui paieront le prix de la folie d'imbéciles qui ne vivent que de guerres, de sang et de morts. Il y a de tres grosse fortunes a partager dans la region. Il n'est pas nécessaires de le faire au travers de guerres et de matamorismes gratuit bêtes et stupides. Il est simplement demandé au Hezbollah de se transformer en parti politique comme les autres, de ne se referer au Fakih que pour des raisons religieuses et non politiques, de respecter la constitution et de faire passer les intérêts du Liban avant ceux des Palestiniens, des Arabes ou des Perses...
Pour le Liban il est nécessaire aujourd'hui de calmer le jeux, de tracer ses frontières avec Israël pour en finir avec les conflits et les guerres, rejoindre les accords fait entre l'Egypte, Chypre et Israël pour pouvoir exploiter les ressources communes au mieux et assurer une stabilité économique à tous y compris celle des Palestiniens puisqu'il faudra avec l'aide des Egyptiens et des Chypriotes leur assurer leur quote parts.

RAISINS SECS

Notre chere Scarlett nous montre bien ce qu'etait le liban du passé et celui du présent, avant que nous puissions ENTREVOIR celui de l'avenir. Ce qui revient à dire que sans force militaire prouvée plusieurs fois, le Liban n'aurait eu aucune crédibilité .

Les usurpateurs ne prennent en considération que les rapports de force , et si le Liban en a une aujourd'hui c'est BEL ET BIEN GRÂCE À LA RÉSISTANCE DU HEZB LIBANAIS QUI PEUT RENDRE LA PAREILLE A CET IMPOSTEUR GÉNÉTIQUE.

Le hezb libanais à mis fin à ce complexe qui continue malheureusement à sévir chez certains de nos dirigeants voyant les moutons béleurs suiveurs la bonne direction , se mettent à braire de plus en plus fort .

Vous me PERMETTEZ une bise sur chaque joue Scarlett ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL NE FAUT PAS INDUIRE LES LECTEURS TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD DANS L,ERREUR QUE C,EST GRACE AU HEZBOLLAH QUE LES ISRAELIENS VEULENT NEGOCIER... LORSQU,IL Y A LITIGE TOUT ETAT LOGIQUE NEGOCIE ET L,EGYPTE, ISRAEL ET CHYPRE EN SONT L,EXEMPLE... IL Y A LE FAIT QUE LES FRONTIERES EN CES POINTS N,ONT JAMAIS ETE DEFINIES ET LES DEFINIR REQUIERT LA NEGOCIATION DE PREFERENCE DIRECTE MAIS TOUT AUSSI INDIRECTE. LA SAGESSE DOIT PREVALOIR, NEGOCIER SANS FAIBLESSE ET SANS OFFRIR DES EMPIETEMENTS SUR LES DROITS MAIS CES DROITS DOIVENT ETRE RECONNUS DES INSTANCES INTERNATIONALES CE QUI SEMBLE N,ETRE PAS LE CAS POUR LE MOMENT. NEGOCIER N,EST PAS UNE HONTE ! LE REFUS APPELLE LE REFUS ET LES DEUX LA GUERRE DESTRUCTIVE ET L,ARRET DES PROSPECTIONS...
IL FAUT DE LA SAGESSE ! DE LA FERMETÉ DANS LES DROITS RECONNUS ! DE LA NEGOCIATION MEME SI NON
DIRECTE ! LES INTERETS PREVALANT SUR LES SENTIMENTS ! LES GUERRES N,ONT JAMAIS ABOUTI AU DROIT !

Marionet

C'est le premier article à ma connaissance qui fait le lien entre les menaces israéliennes et le "cri d'alarme" de Gutteries. Dans le chapitre "je mets la pression sur le Liban", le rapport alarmiste du FMI, diffusé la même semaine, n'est pas à négliger non plus. Sans tomber dans le complotisme, il est des coïncidences qui interpellent...

Bery tus

Le secrétaire général des Nations unies a d’ailleurs lui aussi rejoint le concert des menaces adressées au Liban lorsqu’il a déclaré, toujours dans le cadre de la conférence de Munich, que le Liban sera détruit en grande partie en cas de guerre entre Israël et le Hezbollah.

je me suis arreter la .... donc c'est ce qu'il a dit qui prouve que le chef de l'ONU menaçait le liban et a pris parti !!??

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