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Campus

Dans les universités libanaises, des étudiants brandissent le flambeau féministe

Lutte pour l’égalité
Carole AWIT | OLJ
27/01/2018

Même s’ils ne sont pas tous montés sur le podium, ces jeunes participants à la compétition universitaire Young LeaderShe, organisée par l’association Women in Front avec le soutien de l’ambassade des Pays-Bas, se sont tous distingués par leur volonté de faire de la lutte pour l’égalité des genres un mode de vie.

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Quand elles invitent les hommes
à défendre les droits des femmes...


Dalia Kouwatli et Léa Bekdache lors de leur participation au concours Young LeaderShe à l’USJ.


Dalia Kouwatli et Léa Bekdache veulent prouver que masculinité et féminisme ne sont pas incompatibles.
Dans le cadre de la compétition organisée par Women in Front au sein de leur université, deux étudiantes en deuxième année de droit à l’USJ choisissent de prouver à leur entourage, et surtout à la nouvelle génération, que la masculinité et le féminisme ne sont pas incompatibles. « Nous avons décidé, Léa et moi, d’approfondir nos connaissances relatives au rôle historique et social des hommes dans la lutte pour les droits des femmes et de les partager par le biais de cette compétition », explique Dalia Kouwatli.
« Ce qui compte pour nous, c’est d’avoir appris et partagé l’importance du rôle des hommes au sein des mouvements féministes. Savez-vous que le premier à avoir parlé de droits des femmes est un homme, Francois Poullain de La Barre ? De même, c’est un homme, Charles Fourier, qui a créé le mot féminisme ! Nous avons aussi compris qu’un grand nombre d’hommes réfutent le féminisme parce qu’ils ont, tout simplement, mal compris en quoi consiste ce mouvement », ajoute l’étudiante. Soulignant que « les stéréotypes et les conceptions erronées qui existent ne font que rendre plus rigide la position des féministes », Léa Bekdache précise : « Notre but était de traiter tout ce qui ne faisait que ralentir les efforts pour atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes. Et pour ceux et celles qui désirent en savoir plus, nous avons publié notre projet sur le site http://feminism-through-the-eyes-of-men.webnode.com. »


Les deux étudiantes sont fières de faire partie du club féministe de leur université, la première étant vice-présidente du club et la seconde secrétaire. « Bien avant le début de mes études, j’étais consciente du fait que certains droits manquaient aux citoyennes libanaises, et je souhaitais faire partie d’une entité organisée qui bataille en faveur des droits des femmes tout en ciblant une large audience », dit Dalia Kouwatli. Comme son amie, Léa Bekdache sent le besoin d’agir pour changer la condition des femmes. « Intégrer le club féministe, dit-elle, était une évidence, au sens où une initiative soulignant les difficultés qu’endurent les femmes est nécessaire à tout moment et en tout lieu. De plus, les activités et les discussions qui s’organisent nous permettent de connaître les différents points de vue qui existent en ce qui concerne la situation des femmes pour pouvoir, à long terme, avoir un rôle plus important dans la lutte pour nos droits. »


Dalia et Léa, qui ont pris part aux ateliers de la formation Young LeaderShe organisés par l’association Women in Front, ont pu développer leurs compétences notamment en termes de leadership, travail de groupe et prise de parole en public en plus de leurs connaissances relatives à la condition des femmes dans le monde arabe.
Pour sensibiliser à leur tour la jeune génération à la question des droits des femmes, les deux étudiantes, ainsi que les membres du club féministe de l’USJ, préparent actuellement un journal au nom du club qui inclura des articles écrits par ses membres à propos du féminisme et des droits des femmes. Consciente que, pour créer un changement positif au sein de la société, il faut faire un travail sur soi et se cultiver, Léa Bekdache souligne que « toute expérience ou tout projet qui me permettra de m’informer sur la situation des femmes est utile, voilà pourquoi je trouve important de participer à des formations et workshops ». Dalia Kouwatli, qui partage l’opinion de son amie ainsi que son enthousiasme, assure poursuivre son engagement en faveur des droits des femmes, « si ce n’est par le biais du club, ce sera en rejoignant l’une des nombreuses associations qui travaillent à une échelle plus large ». Ces jeunes étudiantes engagées n’ont pas fini de faire parler d’elles… et des femmes.


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Young LeaderShe, pour faire bouger les mentalités...
Young LeaderShe est le nom de la formation organisée dans les universités libanaises par l’association Women in Front, avec le soutien de l’ambassade des Pays-Bas, afin de sensibiliser les étudiants à l’égalité des sexes, les habiliter à reconnaître les droits des femmes et leur donner les outils nécessaires pour opérer des changements positifs dans leur communauté. Plus de 100 étudiants de l’USJ, la NDU, la LIU de Saïda et l’Université antonine ont pu prendre part à ces sessions de formation à l’issue desquelles plusieurs groupes ont été récompensés par Women in Front pour les projets qu’ils ont présentés.

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« Je veux améliorer l’image des femmes
dans les médias libanais »


« Mon projet porte sur l’amélioration de l’image des femmes dans les médias libanais, et plus précisément sur la représentation équitable des hommes et des femmes à la télévision », annonce d’emblée Charbel Moussalem, qui a remporté la compétition Young LeaderShe au sein de l’USJ. Cet étudiant en master 2 de sciences politiques, option politique extérieure et coopération internationale, précise avoir choisi cette thématique « car de nos jours, les médias, qui ont envahi notre quotidien, devraient donner une image positive des femmes et une représentation équitable des hommes et des femmes. C’est loin d’être le cas, même si des efforts ont été faits dans ce sens », déplore-t-il.

Membre du club féministe de l’USJ, Charbel Moussalem précise que bien souvent, les programmes libanais donnent une image affligeante des femmes, surtout à la télévision qui, de plus, diffuse des contenus choquants à caractère sexiste ou violent envers les femmes. « J’ai parfois l’impression que les chaînes de télévision n’ont de comptes à rendre à personne, et j’ai espéré en exposant cette thématique attirer l’attention sur l’impact que ces images peuvent avoir sur le jeune public et sur sa perception de la société, surtout vis-à-vis des femmes », confie-t-il.

Pour toutes ces raisons, l’étudiant a mis en place un projet en trois parties. « Dans un premier temps, lors de la Journée internationale pour les droits de la femme, le 8 mars, on organisera sur le campus des stands humoristiques où l’on inversera les rôles traditionnellement attribués aux hommes et aux femmes pour pouvoir faire réfléchir les gens sur l’impact qu’ont les stéréotypes de genre sur notre perception de la société. Dans un deuxième temps, on s’appuiera sur cela pour mener une campagne sur les réseaux sociaux qui sensibilise les jeunes à l’égard des stéréotypes et leur donne également la parole sur leur vision du Liban, sur ce qu’ils veulent pour leur avenir. Enfin, l’objectif sur le long terme, au-delà du campus, est la création d’une chaîne YouTube destinée aux enfants et aux adolescents, qui leur propose des programmes divers qui feront la promotion de l’égalité des genres », explique le jeune étudiant.
Ce projet a valu à l’étudiant de gagner la compétition avec, à la clé, 2 000 dollars américains. La somme remportée lui permettra de mettre en place son projet et d’organiser des activités pour faire la promotion de l’égalité des genres sur son campus. « Je considère que l’engagement en faveur des droits des femmes est un travail quotidien. Si on travaille sur soi-même et avec les autres, on peut faire avancer le pays dans le bon sens. Tout le monde peut y participer, étape par étape, que ce soit à la maison, au travail ou à l’université. Surtout, il faut être ouvert au dialogue et écouter les opinions divergentes », ajoute Charbel Moussalem. Et il conclut, enthousiaste : « Nous devons profiter de la chance que nous offre l’université au Liban, celle de réunir des étudiants de toutes les communautés, pour dialoguer et transmettre de bonnes valeurs à tous, valeurs qu’on pourra mettre en application dans la vie active. »

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À la NDU, Gaëlle Tawk dénonce l’esclavage moderne et le trafic des femmes



Préoccupée par toute forme de discrimination, Gaëlle Tawk, en 4e année d’études d’affaires internationales et dynamique présidente du club des relations internationales (CIR) à la NDU, s’est lancée avec conviction dans la compétition Young LeaderShe au sein de son université. Épaulée dans son travail de recherche par ses camarades de la faculté Stéphanie Abboud et Léa Bou Doumit, son objectif a été de mettre en lumière le phénomène du trafic d’êtres humains, une forme d’esclavage moderne présente dans toutes les sociétés.

« Lors de ma présentation orale, j’ai voulu attirer l’attention sur ce problème qui reste d’actualité au Liban comme ailleurs. Des personnes autour de nous sont exploitées, réduites en esclavage, à la servitude domestique ou à la prostitution, et il ne faut plus fermer les yeux sur ce problème », dénonce la jeune femme. Dans son enquête, elle a relevé que ce sont les femmes qui sont le plus souvent victimes du phénomène de trafic humain. « Malheureusement, la question des droits des femmes et de l’égalité des sexes passe souvent au second plan, et il est important de sensibiliser la jeune génération à ce problème », ajoute Gaëlle Tawk.

Lors de sa participation à la compétition, Léa Bou Doumit s’est attardée pour sa part sur toutes les formes d’esclavage moderne et a exposé des chiffres alarmants qui renseignent sur l’étendue de ce fléau. « En 2016, plus de 40 millions de personnes dans le monde se trouvaient en situation de travail ou de mariage forcés, indique-t-elle. La jeune femme a souligné l’importance d’avoir des lois pour combattre cette situation et l’urgence de mener des actions efficaces qui garantissent aux plus faibles leurs droits, rappelant qu’au Liban, où les actions à l’encontre des droits humains sont nombreuses et souvent tues, le système de parrainage, ou kafala, expose les employés de maison étrangers au risque d’exploitation. « Un changement passe aussi par l’éducation et la sensibilisation du public, et en particulier des jeunes, à la question des droits humains », précise-t-elle. Le projet présenté par Gaëlle Tawk, et préparé avec Stéphanie Abboud et Léa Bou Doumit, a permis au groupe de remporter, dans le cadre de la compétition Women in Front, la somme de 2 000 dollars américains. « Cet argent va servir à mettre en place les projets et les activités du club des relations internationales de la NDU, qui rassemble jusqu’à 70 étudiants de la faculté », explique Gaëlle Tawk, présidente du club. « Dans le cadre de ce club, nous faisons appel à des intervenants qui viennent échanger avec les étudiants autour des thèmes des affaires, relations internationales, droit, sciences politiques, administration publique, etc., afin de leur permettre d’avoir une plus grande culture et de les guider dans leurs domaines d’études et de travail », rapporte encore la jeune femme. Si la présidente pense à plusieurs projets pour le club des relations internationales de la NDU, elle confie vouloir mettre en place un événement se rapportant à la thématique des droits des femmes, puisque, note-t-elle enfin, « il s’agit d’un sujet important qui devrait intéresser les étudiants ».

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Trois étudiantes de l’UA veulent agir pour promouvoir l’égalité


Léa Saghbiny, Alamira Bouchra Assaf et Élissar Achhab souhaitent faire évoluer les mentalités en ce qui concerne le rôle de la femme au sein de la société libanaise.


Convaincues que la femme doit être traitée sur un pied d’égalité avec l’homme, Léa Saghbiny, Alamira Bouchra Assaf et Élissar Achhab ont choisi, dans le cadre du projet présenté pour la compétition Young LeaderShe, la thématique du travail des femmes afin de dénoncer les difficultés auxquelles ces dernières font face, surtout dans leur région, la Békaa.

Ces étudiantes, inscrites en master 1 de sciences de gestion à l’Université antonine, se rendent compte, en observant le fonctionnement du monde professionnel autour d’elles, que la femme a toujours du mal à accéder aux postes de décision, à toucher le même salaire que l’homme à compétences égales ou à être respectée par ses collègues. « Les femmes sont considérées comme des êtres inférieurs ou comme de futures épouses et mères qui ne pourront pas s’investir à fond dans leur travail. À Zahlé, les postes de direction occupés par des femmes sont encore rares », dénonce Léa Saghbiny.

En prenant part à des sessions de formation du programme Young LeaderShe, les trois étudiantes ont réalisé quels étaient leurs droits et obtenu des informations sur la situation de la femme libanaise sur les plans social, politique, juridique ou professionnel, comme elles ont acquis des compétences en matière de communication. Maintenant, elles veulent agir, au quotidien, dans des organisations non gouvernementales pour faire évoluer les mentalités, surtout en ce qui concerne le rôle des femmes au sein de la société libanaise. Elles estiment qu’il est important de sensibiliser l’opinion publique sur le fait qu’une femme est capable de gagner sa vie sans dépendre forcément d’un homme, et qu’elle a le droit d’aspirer à des postes de responsabilité. « Nous voulons organiser des séances de sensibilisation sur ce sujet dans les écoles de la région pour éveiller les enfants dès leur jeune âge sur la question », indique Léa Saghbiny, qui ambitionne avec ses camarades d’organiser à l’avenir des séminaires pour des responsables des ressources humaines ou des directeurs d’entreprises locales, afin d’échanger avec des femmes qui ont réussi professionnellement.
« À présent, dit Élissar Achhab , je suis plus que jamais consciente que la femme est loin d’avoir tous ses droits au Liban et, en tant que jeune, je veux agir à mon échelle en vue de sensibiliser les gens aux droits des femmes et d’encourager ces dernières à s’imposer dans la société. J’essaie, dans le cadre d’activités bénévoles que je mène au sein d’une association locale, de sensibiliser les enfants et les femmes à la lutte contre les discriminations à l’égard des femmes. » « Il faut donner à la femme toutes ses chances et agir pour de meilleures conditions de vie pour chacune. Pour cela, je pense, tout comme Élissar, que la sensibilisation et l’éducation des jeunes de notre région sont la clé pour faire évoluer les normes culturelles et sociales et pour avancer vers l’égalité hommes-femmes », note Alamira Bouchra Assaf. Pour cette dernière, des initiatives telles que les ateliers Young LeaderShe sont importantes pour encourager les femmes à aller de l’avant. « J’ai apprécié, dit-elle, que la question de la représentation des femmes dans la scène politique libanaise ait été traitée en détail, et j’aimerais à mon tour œuvrer pour créer un changement positif dans la société, en prenant part par exemple à la vie sociale et politique au sein de ma communauté. »

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Honorer le combat d’une femme
analphabète pour soutenir sa famille...


Sara Hassoun, Heyam Fakih et Afaf Rawass lors de leur participation à la compétition Young LeaderShe à la LIU.


Trois étudiantes de la LIU, campus de Saïda, remportent la compétition Young LeaderShe au sein de leur université grâce à l’idée originale d’un documentaire retraçant le parcours d’une femme inspirante dont l’histoire les a marquées. « Le film intitulé Ana Jamila présente la vie d’une femme analphabète, née dans un milieu défavorisé et mariée très jeune, qui va devoir se dépasser en travaillant la terre sans répit pour permettre à sa famille de subsister et offrir à ses sept enfants un meilleur avenir », explique Sara Hassoun, inscrite en MBA marketing à la LIU. « C’est une femme partie de rien et qui a dû travailler pour nourrir et éduquer ses enfants, son mari malade ne pouvant assurer des revenus pour faire vivre sa famille nombreuse. Elle a réussi à s’imposer, par sa force, sa détermination et son courage dans la société et dans son milieu qui n’accepte pas que la femme travaille », poursuit Afaf Rawass, en deuxième année d’études de biologie.

Heyam Fakih, étudiante en master de business à la LIU, explique que l’histoire de Jamila donne une leçon de courage aux femmes : « On entend souvent parler de celles qui ont réussi parce qu’elles avaient les moyens de faire des études, une famille qui les a épaulées, etc. Jamila n’a pas été soutenue par son entourage et son histoire nous a intéressées car c’est un modèle qui pousse les femmes à croire en leur potentiel envers et contre tout. » Un film-témoignage qui prouve donc qu’une femme est capable autant qu’un homme d’être à la tête d’une famille, de travailler pour offrir à ses enfants un avenir meilleur, et que la détermination finit toujours par payer. Inspirées par la figure de cette femme, les trois étudiantes ont voulu montrer aux autres, surtout à la nouvelle génération de femmes libanaises, que celles-ci ont le pouvoir de changer leur destinée plutôt que de la subir.

Soucieuses plus que jamais de faire bouger les mentalités et motivées par le désir d’encourager les jeunes femmes à croire en elles-mêmes, Sara Hassoun, Heyam Fakih et Afaf Rawass ont participé avec enthousiasme à la création du premier club féministe de la LIU baptisé ANTE (A Notion Towards Equality). Sensibilisées à l’importance d’aborder la question des droits des femmes et l’égalité des genres, les étudiantes souhaitent, dans le cadre du club, mettre en place tout au long de l’année académique des activités et des interventions qui leur permettront de toucher un large public d’étudiants. Elles prévoient, entre autres, de projeter une seconde fois sur leur campus, à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes le 8 mars, le film qui retrace l’histoire de Jamila.



Pour mémoire

Droits de la femme : des « exploits » incomplets et des initiatives à poursuivre



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