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Liban

Les réfugiés syriens au centre d’une importante réunion de donateurs à Beyrouth

Déplacés

Philippe Lazzarini appelle à restaurer, à préserver la dignité humaine des réfugiés et à ne pas les pousser au désespoir.

26/01/2018

Deux jours durant, des réunions ont rassemblé à Beyrouth les délégués des grands donateurs pour la Syrie. C’est la première fois qu’une telle réunion se tient au Liban. La personne qui préside ces réunions et qui remplit le poste d’émissaire du secrétaire général de l’ONU pour les Affaires humanitaires est actuellement de nationalité qatarie, Ahmad Meraikhi. Il aurait dû accueillir ce round de réunions dans son pays, mais étant donné que les donateurs appartiennent à d’autres monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et ne peuvent pas actuellement s’y rendre, du fait du conflit avec le Qatar, le choix est tombé sur Beyrouth.

« Nous avons profité de la présence des délégués des plus grands pays donateurs au Liban pour organiser une tournée dans la Békaa. Ils ont pu ainsi voir de près les conditions dans lesquelles vivent les réfugiés syriens et la situation de la communauté hôte et mesurer d’eux-mêmes le volume des besoins », souligne, dans un entretien à L’Orient-Le Jour, Philippe Lazzarini, qui cumule trois postes au Liban, celui de coordonnateur spécial adjoint des Nations unies, de coordonnateur de l’action humanitaire et représentant résident du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD).


(Lire aussi : Liban : Faute de place au cimetière, des cadavres de réfugiés syriens attendent dans les morgues)


Quatorze pays ou entités font partie des plus grands donateurs pour la Syrie. Ce sont l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Canada, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Union européenne, l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark et le Japon.
« Ce sont des pays qui ont toujours honoré leurs engagements », note M. Lazzarini, expliquant que « le round des réunions tenues à Beyrouth avait pour but de préparer les travaux et les dossiers à discuter lors de la prochaine réunion de Bruxelles sur les réfugiés syriens dans les pays hôtes et en Syrie. Cette conférence se tiendra les 24 et 25 avril prochain. »
La première conférence sur l’aide humanitaire à la Syrie s’était tenue au Koweït, suivie par Londres, puis l’année dernière à Bruxelles.

Sur les 6 milliards de dollars américains promis lors de la conférence de Bruxelles en avril 2017, 5,44 milliards de dollars ont été versés par la communauté internationale. En 2018, un appel sera lancé pour lever des fonds s’élevant à 4,4 milliards de dollars.

Malgré les fonds versés par la communauté internationale, les réfugiés syriens vivent dans la pauvreté et les communautés hôtes se noient sous le poids de ces déplacés qui pèsent notamment, comme c’est le cas au Liban, sur l’infrastructure. De plus, ce sont les régions les plus pauvres du Liban qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés.
En 2017, les Nations unies ont reçu uniquement 58 % des aides qu’elles avaient demandées pour le Liban.
« 76 % des ménages syriens vivent actuellement sous le seuil de pauvreté avec moins de 3,84 dollars par personne par jour et 58 % d’entre eux vivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 2,87 dollars par jour. Ainsi, les trois quarts des réfugiés syriens au Liban vivent aujourd’hui avec moins de 4 dollars par jour », souligne M. Lazzarini. « Il faut que les fonds nécessaires arrivent pour que l’on ne fasse pas la différence, en ce qui concerne l’aide humanitaire entre les pauvres et les plus pauvres », indique-t-il, donnant l’exemple du réfugié syrien Riad Zibou, qui s’était immolé par le feu il y a deux semaines à Tripoli devant le bureau du Programme alimentaire mondial (PAM).
Zibou, âgé de 43 ans et père de quatre enfants, avait voulu ainsi protester parce que sa famille n’avait plus reçu les aides en espèce lui permettant d’acheter de la nourriture.


(Lire aussi : « L’embarcation est pleine, un passager de plus et nous coulons », avertit Mouïn Merhebi)



L’aide à la population sous blocus
L’aide à l’alimentation allouée par l’ONU pour les réfugiés syriens les plus vulnérables s’élève à 27 dollars par personne par mois.
Mais encore… « Il y a plus urgent que l’aide à l’alimentation ou au chauffage dans les pays hôtes. Il y a la situation urgente des citoyens syriens qui subissent le blocus et les bombes et auxquels nous ne pouvons pas acheminer de la nourriture », s’insurge M. Lazzarini.
Évoquant une éventuelle paix en Syrie, il note que « le plus urgent aussi pour les réfugiés syriens est de rentrer chez eux pour qu’ils puissent reconstruire leur vie et se projeter dans l’avenir dans leur propre pays. Ils rentreront chez eux quand les conditions favorables à leur retour seront réunies ». « Personne n’attendra le feu vert de la communauté internationale pour revenir chez lui. Quand ils verront que la sécurité est assurée, ils partiront en faisant leur propre évaluation de la situation, sans attendre le conseil de quiconque », poursuit-il.


(Lire aussi : Clandestins syriens morts à Masnaa : « Si la guerre ne s’arrête pas, on continuera à voir pareilles tragédies », avertit Merhebi)


En attendant, souligne M. Lazzarini, « il faut restaurer et préserver la dignité humaine des réfugiés, ne pas les pousser au désespoir. Il faut aussi comprendre ce que les communautés hôtes sont en train d’endurer ». « Avec les aides que nous recevons actuellement, nous ne parvenons pas à arrêter la dégradation de la situation des réfugiés et de la communauté hôte. Ce que nous avons réussi à faire en 2016 et 2017 est de ralentir cette dégradation. En 2017, ce taux était de 5 % , alors les années précédentes ce pourcentage était plus élevé », explique-t-il.
Évoquant le Liban, il note que « la mauvaise situation économique dans le pays n’est pas due aux réfugiés syriens, mais à la guerre en Syrie. Le Liban devrait être aidé sur de nombreux plans, notamment l’infrastructure, mais pour encourager les donateurs et les investisseurs, le pays devrait plancher sur la réforme ».

La communauté internationale négocie actuellement avec les autorités libanaises pour que les réfugiés syriens soient à nouveau enregistrés. L’enregistrement avait été arrêté auprès du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR) à la fin de 2014, quand le gouvernement libanais avait décidé de ne plus recevoir des réfugiés.
« Il est très important pour le Liban d’enregistrer et de documenter les réfugiés », estime M. Lazzarini. L’enregistrement et la documentation des déplacés permettra au Liban de connaître leur nombre exact sur son sol et facilitera aussi leur retour en temps dû.

Le gouvernement libanais devrait également réduire dans les mois qui viennent les frais du permis de séjour des Syriens qui s’élève à 200 dollars payés tous les six mois.
« Le pays va vers des élections législatives et il faut prévenir les risques de dérapage. Il est nécessaire de préserver au cours des mois à venir l’État de droit et empêcher que des mesures soient prises contre les réfugiés, dans certaines municipalités ou régions, à des fins électorales », souligne M Lazzarini en conclusion.


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