Drame

Un réfugié syrien tente de s’immoler par le feu à Tripoli

« En 2017, l'Unhcr a reçu uniquement 58 % des aides demandées pour le Liban ».

Riad Zibou devrait passer deux mois à l’hôpital. Photo AFP

À Tripoli, hier, un réfugié syrien, âgé de 43 ans et père de quatre enfants, s'est immolé par le feu devant les bureaux du Programme alimentaire mondial (PAM), un complexe regroupant divers bureaux des Nations unies au Liban-Nord.
Riad Khalaf Zibou a versé de l'essence sur son corps et tenté d'y mettre le feu à Tripoli, après que sa famille a été privée des aides onusiennes. L'homme qui avait reçu, une seule fois, une aide en espèces lui permettant d'acheter du combustible pour l'hiver avait été déclassé par les enquêteurs des Nations unies, et il semble qu'il n'entrait plus dans la catégorie des plus vulnérables.
Il n'est pas le seul réfugié à être dans cette situation. Le classement selon la vulnérabilité obéit à divers critères, et les aides aux réfugiés considérés moins vulnérables que d'autres cessent selon qu'il y ait des fonds disponibles... ou non disponibles. Ainsi, les Nations unies ont cessé il y a quelques mois la distribution d'aides financières et alimentaires à des familles de réfugiés syriens, pour allouer ces fonds à des ménages encore plus pauvres.
Transporté à l'hôpital, Riad Khalaf Zibou souffre de « brûlures au troisième degré » et « 35 % de son corps a été brûlé », a déclaré à l'AFP le docteur Gabriel Saba, précisant que son cas nécessiterait « au moins deux mois de traitement ».
« Nous n'avons pas d'argent pour manger, nos dettes se sont accumulées. Mon mari ne travaille pas, il passe la plupart de son temps à chercher un emploi journalier pour nourrir la famille », a assuré Nadia, l'épouse de Riad Khalaf Zibou, jointe au téléphone par l'AFP. « On dépendait des aides, mais, depuis quatre mois, elles ont été interrompues par l'ONU et il n'y a plus personne pour nous soutenir », a-t-elle précisé. Cela fait quatre ans que sa famille, originaire d'Alep, est installée au Liban.
« Le 5 janvier, il n'a pas supporté de voir d'autres réfugiés syriens transporter des aides alimentaires. Il a hurlé "pourquoi tout le monde prend de l'aide et pas ma famille" », a ajouté Nadia Zibou.

76 % sous le seuil de pauvreté
La guerre en Syrie entrera bientôt dans sa huitième année et l'aide de la communauté internationale aux réfugiés syriens diminue. « En 2017, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (Unhcr) a reçu uniquement 58 % des aides qu'il avait demandées pour le Liban. Nous n'avons simplement pas assez de moyens pour assurer les besoins de la situation sur le terrain », a déclaré Scott Craig, porte-parole de cette institution, dans un entretien téléphonique avec L'Orient-Le Jour.
« 76 % des ménages syriens vivent actuellement sous le seuil de pauvreté avec moins de 3,84 dollars par personne par jour. Ainsi, les trois quarts des réfugiés syriens au Liban vivent aujourd'hui avec moins de 4 dollars par jour », a-t-il poursuivi.
L'aide à l'alimentation allouée par l'ONU pour les réfugiés syriens les plus vulnérables s'élève à 27 dollars par personne par mois.
Le ministre d'État pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, a dénoncé de son côté, dans un entretien à L'Orient-Le Jour, « la radinerie de la communauté internationale, qu'elle soit occidentale ou arabe ». « Les pays riches ne s'appauvriront pas s'ils versent des aides aux réfugiés », s'est-il indigné. « Les réfugiés manquent de tout, et ce n'est pas en les privant d'assistance que la communauté internationale les aidera à supporter leur exil au Liban. Au contraire, c'est ainsi qu'elle les poussera vers le fondamentalisme ou vers les rives de l'Europe », a-t-il affirmé.


À Tripoli, hier, un réfugié syrien, âgé de 43 ans et père de quatre enfants, s'est immolé par le feu devant les bureaux du Programme alimentaire mondial (PAM), un complexe regroupant divers bureaux des Nations unies au Liban-Nord.
Riad Khalaf Zibou a versé de l'essence sur son corps et tenté d'y mettre le feu à Tripoli, après que sa famille a été privée des aides...

commentaires (2)

C'est terrible. Les plus vulnérables paient le prix des querelles idiotes,inhumaines d'un autre âge, des politiques

Sarkis Serge Tateossian

15 h 17, le 11 janvier 2018

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Commentaires (2)

  • C'est terrible. Les plus vulnérables paient le prix des querelles idiotes,inhumaines d'un autre âge, des politiques

    Sarkis Serge Tateossian

    15 h 17, le 11 janvier 2018

  • J aimerais savoir combien le regime syrien du heros BASHAR apporte t il d aide aux refugies de son propre pays?Pas 1 $.....

    HABIBI FRANCAIS

    08 h 39, le 11 janvier 2018