X

Liban

Liban : Faute de place au cimetière, des cadavres de réfugiés syriens attendent dans les morgues

Déplacés

Depuis plus de trois ans, les Syriens ont du mal à enterrer leurs morts. Les Libanais sont réticents à les enterrer à proximité de leurs tombes.

24/01/2018

« Je souhaite que tous les Syriens meurent en même temps, que le monde ait leurs cadavres sur les bras. Peut-être à ce moment, on leur trouvera une place au cimetière. » Mohammad Abdelwahab el-Sayed est fossoyeur. Il enterre depuis un an et huit mois, dans un terrain acheté par des donateurs syriens, à Daraya, non loin de l’Iklim el-Kharroub, les réfugiés syriens décédés au Liban.
En un an et huit mois Mohammad el-Sayed a enterré 400 personnes dans un lopin de 1 500 mètres carrés, utilisant ainsi tout l’espace du cimetière qui accueille des cadavres de réfugiés syriens habitant notamment le Chouf, l’Iklim el-Kharroub, Saïda et Beyrouth.

Jusqu’à hier, il y avait 14 cadavres de réfugiés dans les morgues des hôpitaux de Beyrouth et de Saïda. « La situation est intenable. Les cadavres de réfugiés syriens s’accumulent dans les morgues depuis la semaine dernière. J’ai essayé d’enterrer les morts au-dessus d’autres mis en terre plus tôt, mais quand j’ai donné quelques coups de pioches aux tombes les plus anciennes, j’ai vu que les cadavres ne s’étaient pas encore décomposés », explique à L’Orient-Le Jour Mohammad el-Sayed. « La semaine dernière j’ai lancé un appel sur Facebook pour voir s’il est possible de collecter des fonds afin d’acheter un terrain situé à côté du cimetière actuel. Nous avons besoin de 50 000 dollars. Hier, j’ai tenté de trouver une solution en creusant huit tombes en bord de route, dans le prolongement du cimetière. J’attends que la terre sèche pour pouvoir y enterrer des morts », poursuit-il.
 « Certains parents ont décidé de ramener les cadavres en Syrie pour les ensevelir. D’autres ont trouvé de la place dans un cimetière de Tyr », note-t-il.
 « La semaine dernière, j’ai entrepris des contacts avec des cimetières qui accueillent des morts syriens dans la Békaa et à Tripoli, mais en vain », ajoute-t-il.
Depuis plus de trois ans, les ressortissants syriens ont du mal à enterrer leurs morts, faute de place dans les tombes libanaises.


(Lire aussi : Clandestins syriens morts à Masnaa : « Si la guerre ne s’arrête pas, on continuera à voir pareilles tragédies », avertit Merhebi)



Rapidement saturés
Partout dans le pays, les habitants des villages qui accueillent des Syriens sont réticents à enterrer des réfugiés chez eux, de peur que leurs cimetières soient rapidement pleins et cela vu le nombre de Syriens que le Liban accueille par rapport à la population locale. Dans plusieurs villes, des cimetières destinés aux étrangers existent mais avec l’arrivée des réfugiés dès 2011, ils ont rapidement été saturés.

Le Liban accueille 1,5 million de déplacés syriens. Il n’existe aucune statistique concernant les décès survenus au Liban.
Interrogé sur ce point, Mohammad el-Sayed indique qu’en un an et huit mois il a enterré 400 cadavres. » Il y a au moins un mort par jour. On compte parmi les décès de nombreux enfants. Sur les 14 cadavres qui attendent dans les morgues depuis la semaine dernière, trois sont des corps d’enfants. Parmi ces morts également, un homme d’une trentaine d’années victime d’un accident de travail, un autre, un peu plus jeune, tué dans un accident de la route, un homme de 42 ans mort d’une crise cardiaque ainsi que des hommes et des femmes de plus de soixante ans dont la mort est due à diverses maladies », explique-t-il.

Même si quelques cimetières ont été construits à Tripoli, dans la Békaa et dans le Akkar, il y a un peu plus de 18 mois, la mort d’un réfugié syrien a posé un problème logistique à sa famille. Où peut-on l’enterrer le plus rapidement possible quand peu de place est disponible dans les cimetières libanais ? Conformément aux us et coutumes de la communauté musulmane, un mort devrait être enterré rapidement après sa mort – sauf exception –, idéalement au moment de la prière qui succède le décès.


Lire aussi

Merhebi : « Le navire libanais fera naufrage si l’on continue à le surcharger »

Moins d'un million de réfugiés syriens au Liban, une première depuis 2014

Un réfugié syrien tente de s’immoler par le feu à Tripoli

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Sarkis Serge Tateossian

Une tragédie humaine ...

Comment ne pas penser à la vulnérabilité et à la fragilité de ces populations qui souffrent de la guerre, de l'éloignement de leurs terres et famille,

C'est un devoir moral que nous avons envers les plus fragiles, nous libanais que nous avons connu et nous connaissons les mêmes soucis, le gout de ces souffrances de la guerre et de l'éloignement de notre patrie.

Une raison de plus pour tout mettre en œuvre afin de résoudre le problème des réfugiés syriens et faire en sorte qu'ils puissent regagner en toute sécurité leur pays.

Oh oui c'est une vraie tragédie humaine

La communauté internationale doit s'impliquer

C. F.

Ça nous ramène à la guerre, où des Libanais, faute d’accès à leurs cimetières et faute de places, sont enterrés dans des tombes communes (pour ne pas dire fosses communes, plutôt réservées soit aux pauvres, soit aux non identifiés, les anonymes). Vivement la culture de l’incinération…
C’est cela oui, au Liban c’est le perpétuel retour à l’anormal…

Antoine Sabbagha

Même les cimetières ne suffisent plus aux libanais , alors comment enterrer les syriens qui sont devenus plus nombreux que les libanais , ils doivent donc être vite rapatriés quelque part en Syrie vingt fois plus grande que le Liban .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ENVOYEZ-LES CHEZ BACHAR ILS NE RISQUENT PLUS D,ETRE LIQUIDES !

NAUFAL SORAYA

CA SUFFIT... On en a par-dessus la tête de ces articles visant à nous faire pleurer toute la journée sur le sort des réfugiés syriens...

Dernières infos

Les signatures du jour

L’édito de Ziyad MAKHOUL

#MaBadnaNsedBouzna

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué