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Moyen Orient et Monde

L’entente russo-turque mise à mal par l’offensive à Idleb

Éclairage

La stratégie d'Ankara dans sa zone d'influence est menacée par Moscou.

11/01/2018

La route qui sépare Idleb de Sotchi est plus courte qu'il n'y paraît. Alors que Moscou souhaite organiser les 29 et 30 janvier prochains, dans la station balnéaire, une grande conférence pour trouver une issue au conflit syrien, les combats dans la province d'Idleb pourraient bien compliquer ses plans. Et pour cause : Ankara, considéré comme le parrain de l'opposition et comme un partenaire-clé pour résoudre le conflit, est très mécontent de cette évolution.

Par le biais de son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavüsoglu, la Turquie a invité hier la Russie et le régime de Damas à cesser leurs bombardements dans le sud de la province d'Idleb, alors que l'armée syrienne tentait de récupérer l'aéroport d'Abou Douhour. « L'Iran et la Russie doivent assumer leurs responsabilités en Syrie », a affirmé hier Mevlüt Cavüsoglu. « Si vous (Russie et Iran) êtes les parrains, ce qui est le cas, vous devez stopper le régime », a-t-il déclaré dans un entretien à l'agence de presse étatique turque Anadolu. C'est la deuxième fois, depuis le déclenchement de l'offensive de Damas le 25 décembre dernier, que la Turquie hausse le ton. Elle avait déjà convoqué, mardi soir, les ambassadeurs de Russie et d'Iran à Ankara pour leur communiquer sa « gêne » face aux pilonnages du régime syrien.

 

(Lire aussi : Idleb, nouvel objectif du régime)

 

Le sujet est très sensible pour Ankara. Dernière province aux mains des rebelles, Idleb est largement dominée par le groupe jihadiste Hayaat Tahrir al-Sham (HTS, ancienne branche d'el-Qaëda), ce qui permet à Damas et son parrain de placer leur offensive dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Située à la frontière turque, la province est toutefois considérée comme une zone d'influence pour la Turquie, surtout depuis qu'elle y a déployé des troupes au sol en octobre dernier.

S'il considère les groupes jihadistes comme une menace, Ankara ne souhaitait pas mener dans l'immédiat une attaque de front, préférant rallier le plus de soutien à sa cause afin d'isoler HTS et de gagner en influence. La stratégie de long terme d'Ankara est aujourd'hui directement menacée par l'offensive de Damas et de Moscou. Ce qui a pour conséquence de refroidir les relations entre Ankara et Moscou, qui n'ont cessé de se rapprocher – depuis leur réconciliation durant l'été 2016 – grâce aux rencontres tripartites entre les trois parrains du conflit (Moscou, Iran, Turquie) à Astana. Loin de calmer le jeu, Moscou a directement répondu aux critiques d'Ankara en demandant à l'armée turque de mieux contrôler les rebelles qu'elle soutient à Idleb, après une attaque attribuée à ces derniers à l'aide de drones contre des bases russes en Syrie.

 

(Pour mémoire : Erdogan : Pas de solution en Syrie sans le départ du "terroriste" Assad)

 

« L'escalade a un coût diplomatique »
De là à dire que la lune de miel est terminée entre les deux ennemis historiques, il y a un pas qu'il serait hâtif de franchir. Malgré leur rapprochement, de profonds désaccords subsistent entre Ankara et Moscou, concernant notamment le sort à réserver à Bachar el-Assad, qualifié de « terroriste » par Recep Tayyip Erdogan le mois dernier, ou la gestion de la question kurde. À l'inverse, malgré les échanges de critiques entre les deux parrains, les deux pays ont besoin l'un de l'autre pour défendre leurs intérêts respectifs en Syrie. « On est plutôt dans l'expression d'un mécontentement qui va sans doute rester rhétorique, dans la mesure où la Turquie n'a pas beaucoup de moyens de pression sur le régime syrien et ses alliés russe et iranien, et en raison du déséquilibre des forces sur le terrain », explique à L'Orient-Le Jour Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie au CNRS d'Aix-en-Provence. « La Turquie cherche sans doute à faire savoir à ses alliés du processus d'Astana que l'escalade d'Idleb a un coût diplomatique », poursuit-il.

Le mécontentement d'Ankara trouve notamment son origine dans la crainte d'un nouvel afflux de réfugiés sur son territoire, alors que près de 100 000 civils ont été déplacés depuis le début du mois de décembre dans la province d'Idleb, selon le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l'ONU. Si Idleb peut fragiliser le partenariat russo-turc, c'est bien la question kurde qui reste toutefois la plus à même de jeter un froid entre les deux alliés. Ankara refuse catégoriquement que les Kurdes syriens participent à la conférence de Sotchi, alors que Moscou souhaite les intégrer aux négociations. « On peut imaginer que la Turquie essayera de monnayer son soutien au processus de paix contre des concessions en ce qui concerne les Kurdes et leur poids politique », estime Thomas Pierret. Tiraillée entre tous ces acteurs aux intérêts divergents, la conférence de Sotchi devrait avoir bien du mal à réaliser son objectif.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE TURQUE MANIPULÉ PAR POUTINE SE REVEILLERA UN JOUR EN CATASTROPHE !

HABIBI FRANCAIS

Parmi les pays parrains, seule la Turquie a une (longue) frontiere avec la Syrie et a donc la legitimite pour s imiscer dans le conflit.

Sarkis Serge Tateossian

Une fois encore on constate que la Turquie n'a pas réorienté sa politique envers Al-Qaeda ou autres branches du terrorisme mondial (malgré ses affirmations), et ceci au vu de tous. Son soutien au terrorisme se fait en plein jour !

Mieux vaut d'en rire concernant la Turquie, malgré la gravité du sujet !

Hélas ce sont toujours les pauvres populations déshérités de la région qui paient le prix fort.

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