Liban

2018, une année électorale par excellence

Décryptage
28/12/2017

L'année 2018 devrait en principe être principalement électorale. Depuis le règlement de la crise politique provoquée par la démission controversée du Premier ministre à partir de Riyad, tous les efforts se concentrent désormais sur les prochaines élections législatives, fixées au 6 mai. Les changements politiques survenus au cours des deux derniers mois devraient donc se concrétiser à travers ces élections et produire un nouvel équilibre politique au sein du Parlement qui sera issu de ces élections. En principe, l'alliance qui s'est consolidée ces derniers temps entre le courant du Futur et le CPL devrait se traduire par une alliance électorale fructueuse pour les deux parties. Au point d'ailleurs que le Premier ministre a déclaré dans une de ses interventions publiques au cours des deux dernières semaines : « Nul ne doit croire que la nouvelle loi électorale nous a été imposée. Nous avons contribué à son élaboration », allant ainsi à l'encontre de ce qui avait été dit lors de l'adoption de cette loi qui avait été alors qualifiée de favorable au duo chiite Amal-Hezbollah, et même de certaines déclarations de responsables saoudiens, selon lesquels cette loi traduisait « la mainmise du Hezbollah sur le système politique libanais ».

La réalité, c'est que la nouvelle loi électorale comporte encore de nombreuses zones d'ombre. D'une part, à cause du fait qu'il n'y a plus eu d'élections législatives depuis 2009 et qu'il est par conséquent difficile de connaître les nouvelles tendances des électeurs en dépit de la multiplication des instituts de sondage, et, d'autre part, en raison du processus complexe qui est prévu et qui consiste en un double vote, d'abord pour faire passer la liste électorale et ensuite pour choisir un candidat préférentiel au sein de la liste.

De prime abord, ce processus compliqué ne semble pas favoriser les alliances entre les formations ayant la même base confessionnelle électorale. Par contre, il renforce les coalitions entre les groupes ayant des bases confessionnelles différentes. Ce qui signifie qu'une alliance électorale entre le courant du Futur (à majorité sunnite) et le CPL (à majorité chrétienne) sera fructueuse pour les deux. De même qu'une alliance électorale entre le courant du Futur, le CPL et le PSP de Walid Joumblatt (à majorité druze) peut leur permettre de remporter plus de sièges dans les circonscriptions mixtes. Si on ajoute à cette alliance les deux formations chiites, elle pourrait rafler un grand nombre de sièges aux prochaines élections, sachant que les deux formations chiites ont conclu entre elles un accord pour se partager les sièges chiites sans se livrer la moindre bataille électorale. Si cette alliance que l'on appelle déjà « pentagonale » (à cinq côtés) se précise, elle a de fortes chances de rafler une majorité des sièges parlementaires. Mais la bataille n'est pas gagnée d'avance, car dans le camp adverse, il n'est pas question de baisser les bras. D'abord, la tactique prévue est d'empêcher l'émergence de cette alliance à cinq parties en soulevant des dossiers conflictuels, notamment entre le CPL et le mouvement Amal. Ensuite, il s'agit de solliciter des appuis extérieurs pour tenter de contrebalancer l'alliance si elle se confirme. L'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi ne compte pas en effet se laisser faire aux élections et il cherche à mobiliser la base sunnite au Nord et ailleurs si c'est possible. Rifi a essuyé un grand revers à la suite de la dernière crise politique qui a permis au Premier ministre Saad Hariri de restaurer sa popularité – que l'on disait affaiblie – au sein de la rue sunnite, grâce à un vaste élan de solidarité avec lui. Rifi veut donc recommencer à soulever le problème du fonctionnement des institutions et raviver les sensibilités confessionnelles en utilisant un thème qui a eu son effet pendant la période précédente et qui consiste à dire que le Premier ministre est en train de brader les droits des sunnites en s'alignant sur la politique du président de la République et indirectement en se plaçant sous le plafond du Hezbollah. Thème qui sera aussi utilisé par les rivaux de l'alliance en gestation dans les autres communautés. D'ailleurs, certaines sources proches de Rifi laissent entendre que le frère de Saad Hariri, Bahaa, dont le nom avait été avancé pour le remplacer à la tête du gouvernement au cas où le scénario de la démission se vérifiait, songerait sérieusement à présenter sa candidature aux législatives à Saïda. La décision n'a pas encore été tranchée, mais il s'agit d'étudier le contexte ainsi que les alliances possibles, sachant que Bahaa Hariri peut difficilement se présenter contre sa tante Bahia.

Ce qui est certain, dans tous les cas de figure, c'est que la bataille électorale sera féroce, tant l'enjeu semble important, puisqu'il s'agit de concrétiser un nouveau rapport des forces politiques internes et régionales pour les quatre prochaines années. Car derrière les forces locales, se profile la lutte sans merci que se livrent l'Iran et l'Arabie saoudite dans la région.

D'ailleurs, certaines parties affirment déjà que même si l'alliance à cinq parties fonctionne jusqu'aux élections, elle ne pourra pas survivre après cette échéance, exactement comme ce fut le cas de l'alliance quadripartite en 2005 (Amal-Hezbollah-PSP-courant du Futur) qui avait remporté la majorité des sièges avant de se défaire pour des raisons de divergences politiques...

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