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Liban

Le litige Aoun-Berry met le Hezbollah en mauvaise posture

Éclairage
28/12/2017

Le bras de fer entre Aïn el-Tiné et Baabda autour du décret d'avancement de la promotion 1994 des officiers de l'armée se poursuit sur fond de polémique. Ce décret, cosigné auparavant par le chef de l'État et par le Premier ministre Saad Hariri sans la signature du ministre des Finances Ali Hassan Khalil, a suscité une controverse procédurale qui n'est pas près de se terminer.

Mais, par-delà le débat constitutionnel suscité autour de cette démarche, que le président du Parlement Nabih Berry considère comme non conforme à Taëf, cette nouvelle crise est venue rappeler à quel point les relations entre MM. Aoun et Berry se sont dégradées, et ce depuis l'élection du premier à la tête de l'État. Dans les milieux du Courant patriotique libre, on souligne à ce propos que le conflit entre les deux hommes ne date pas d'hier et que la tension est quasi constante depuis l'élection présidentielle, à l'exception de quelques rares moments de trêve. Dans ces milieux, on rappelle l'épisode des bulletins blancs déposés ce jour-là, imputés notamment aux députés d'Amal, et la célèbre riposte de M. Aoun qui avait affirmé sitôt après que « la véritable bataille allait commencer au lendemain de la présidentielle ».

Ce nouveau regain de tension entre les deux hommes a, en tous les cas, mis à rude épreuve le sexennat qui venait à peine de s'extirper de la crise institutionnelle provoquée par la démission-surprise de M. Hariri depuis Riyad, en novembre dernier. À ce jour, aucune des médiations entreprises n'a permis de calmer le jeu entre les deux pôles. Alors que le directeur général de la Sûreté, Abbas Ibrahim, a mis un terme à ses intercessions pour tenter de dénouer la crise, l'ancien ministre, Waël Bou Faour, a poursuivi sa démarche à la demande du chef du Rassemblement démocratique, Walid Joumblatt, qui répondait à son tour au souhait exprimé par le Hezbollah. Ce dernier est soucieux au plus haut point de préserver l'accalmie, la stabilité et l'entente sur le plan interne, se trouvant, une fois de plus, dans une position pour le moins inconfortable, tiraillé entre ses deux alliés qui sont de nouveau à couteaux tirés.

 

(Lire aussi : Aïn el-Tiné campe sur ses positions mais adoucit le ton)

 

D'un côté, le Hezbollah doit préserver sa relation stratégique et organique avec le mouvement Amal avec lequel il fait tandem, une nécessité vitale pour les deux formations mues par le besoin de protéger les droits et les intérêts de la communauté chiite. D'un autre côté, le Hezbollah tient à sauvegarder ses rapports avec le général Aoun dont il a maintenu et soutenu la candidature à la présidence, un choix stratégique pour lui, étant donné le soutien accordé en retour par M. Aoun à la résistance et ses armes. Ce dernier avait à maintes reprises considéré, lors de prises de position publiques, l'arsenal du parti chiite comme étant nécessaire et complémentaire à celui de l'armée pour faire face à Israël. Il a également estimé que le désarmement du Hezbollah ne peut se réaliser que dans le cadre d'un règlement global dans la région, le parti chiite étant devenu, selon lui, un acteur transnational des plus efficaces.

Autant de positions qui restent vitales pour le parti chiite dans la mesure où elles contribuent à le protéger, d'autant qu'il est dans la ligne de mire de l'Occident. Par conséquent, le Hezbollah fait de son possible pour éviter que le sexennat ne soit ébranlé, encore moins ses choix stratégiques et son orientation politique. Il veut à tout prix éviter d'irriter le chef de l'État qui reste attaché au décret d'avancement des officiers pour des raisons affectives et nationales, puisqu'il estime qu'il s'agit de corriger une injustice commise à leur égard, comme le soulignent des sources proches de Baabda.

De son côté, M. Berry continue de faire preuve de ténacité et refuse tout compromis, estimant que le décret en question est en violation de la Constitution de Taëf et de son esprit, le contreseing du ministre des Finances étant incontournable, d'après lui. Refusant de recourir à la justice, comme l'avait insinué M. Aoun, le président du Parlement affirme vouloir s'en remettre au chef de l'État et à la sagesse pour sortir de l'ornière.
Dans certains milieux politiques, on tend à minimiser l'impact de ce litige qui devrait bientôt être résolu surtout que cette affaire a fini par se répercuter au sein de l'armée. Des sources ministérielles n'écartent pas la possibilité d'un recours en invalidation de ce décret devant le Conseil d'État que présenteraient des officiers qui s'estiment lésés par la décision.
Voulant à tout prix éviter de subir de plus amples répercussions qui risquent d'affecter ses relations avec la présidence, le Hezbollah poursuit, discrètement, ses efforts pour tenter de trouver une issue.

 

Pour mémoire

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Wlek Sanferlou

Dans les pays du monde, les vrais, le soucis est toujours de préserver la patrie, sa constitution et ses lois pour le bien de son peuple. Au Liban c' est plutôt la préservation du hezb, et des hezbs en général aux dépends de la patrie, de ses lois et de sa constitution... Allah yirhamoun ya Gibran Khalil Gibran qui avait demander si l'on est de ceux qui se demandent ce qu'ils peuvent pour le patrie ou de ceux qui se demandent ce que la patrie peut leur apporter... Comme toujours on se retrouve du mauvais côté de l'histoire...
Allah yisseeiid el'lebneniés...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES GOUPILS SONT SOLIDAIRES DES AUTRES GOUPILS AUX DEPENS DE TOUS LES COQS...

Irene Said

"...le Hezbollah tient à sauvegarder les droits et les intérêts de la communauté chiite..."

Ces droits et intérêts sont-ils différents et plus importants que ceux du reste des citoyens libanais ???

Où est la démocratie dans cette façon de concevoir en priorité les droits d'une certaine communauté...religieuse en plus ?

Les Sunnites, les Chrétiens et les Druzes sont-ils des citoyens de moindre valeur dans ce beau pays ?
Irène Saïd



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