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Liban

Farouk Taleb : Au début, on a peur, puis on s’endurcit...

Pat.K. | OLJ
23/12/2017

Farouk Taleb est le responsable de la flotte de la Croix-Rouge internationale à Beyrouth. Il a commencé son travail en 1978. Il se souvient du siège de Zahlé en 1981, des massacres de Sabra et de Chatila en 1982, et des diverses opérations israéliennes contre le Liban.
« J'étais chargé de l'entretien des véhicules jusqu'en avril 1981. Lors du siège de Zahlé (par l'armée syrienne), on m'a demandé de conduire une ambulance pour transporter à Beyrouth les corps d'une religieuse et de deux secouristes de la Croix-Rouge libanaise. C'était la première fois que je voyais la mort en face. Le décès datait d'une dizaine de jours et les corps étaient placés dans des sacs en nylon transparent. Nous étions un convoi à redescendre de Beyrouth. J'ai eu peur, j'ai senti que j'allais m'asphyxier. Par radio, j'ai demandé que quelqu'un monte à bord avec moi ou que je puisse continuer seul à Beyrouth en quittant le convoi afin de conduire rapidement », se souvient-il. « Avec mon équipe, nous avons été les premiers à arriver à Sabra et Chatila. C'était peut-être au lendemain du massacre. Je me souviens avoir garé le véhicule devant un hôpital du camp. Il n'y avait personne au rez-de-chaussée. Tout le monde s'était réfugié aux étages supérieurs. Les miliciens venaient de passer pour enlever les blessés soignés au rez-de-chaussée. Il y a de ces blessés que je n'oublierai pas à Sabra et Chatila, des personnes mutilées qui sont restées vivantes. Au début on a peur, on est en état de choc, et puis, on s'endurcit, on s'habitue », ajoute-t-il.
« J'ai eu aussi des missions joyeuses, à plusieurs reprises, quand j'ai conduit des cars de prisonniers libanais et palestiniens vers la liberté. J'étais chargé de leur transport des prisons du Liban-Sud vers Beyrouth. Une fois même, je leur ai annoncé moi-même leur libération car ce groupe là pensait qu'il était transféré d'une prison à une autre. J'ai conduit le premier convoi de vivres allant vers le Liban-Sud en 2006. L'aviation israélienne avait bombardé tous les ponts. Nous avons trouvé une voie en conduisant dans la partie la moins profonde du fleuve Awali. Nous avons ensuite acheminé les vivres jusqu'à Rmeich, un village qui avait accueilli de nombreux déplacés, et nous avons été bloqués là-bas durant plusieurs jours, sourit Farouk Taleb.
C'était dur de travailler au Liban, mais cela m'a formé. J'ai pris ensuite, quand la situation s'était calmée, des missions dans divers pays d'Afrique. »

Pat. K.

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