L'éditorial de Issa GORAIEB

Accros du tout faux

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
20/12/2017

Se tromper est de l'homme, mais persister opiniâtrement dans son erreur est d'un sot ou d'un fou.
Jean-Étienne Forestier

Oui, comment peut-on s'enferrer dans l'erreur, surtout quand on occupe un poste de responsabilité et que l'on a charge d'âmes ? D'innombrables ouvrages savants ont été consacrés à la question par des spécialistes aussi divers que psychologues, psychiatres, sociologues, mais aussi biologistes et pathologues; certains ont même vu dans cette déviation la conséquence d'un dérèglement des neurones du cerveau.


Sans prétendre aller aussi loin dans l'analyse du phénomène, les profanes que nous sommes, simples citoyens, mettront en cause, le plus souvent, l'incompétence, l'imprévoyance, la paresse mentale, l'inconscience ou encore les sordides intérêts de maints de nos dirigeants. Tel est bien le cas (parmi tant d'autres) de cette affaire d'ordures ménagères qui, depuis plus de deux ans, nous empoisonne littéralement l'existence. Pour commencer, les responsables de l'époque n'avaient même pas vu venir une crise inévitable, une crise annoncée, omettant ainsi de concéder à temps le ramassage des déchets.


Depuis, on n'a cessé de tergiverser, de recourir à des expédients, au lieu de s'attaquer aux racines du problème, de rechercher des solutions radicales, scientifiques, modernes, quitte à racler, à cette fin, les fonds de tiroirs. Hier pourtant, le gouvernement décrétait l'élargissement de ces deux monstrueuses aberrations qu'étaient déjà, au départ, les décharges côtières de Costa Brava (la mal nommée !) et de Bourj Hammoud. Polluer air et mer à outrance, c'était braver tout autant la raison que la volonté des citoyens et, plus grave encore, leur dénier le droit à un environnement sain et salubre. Lors de cette réunion du Conseil des ministres qui clôturait l'année, c'était bien la peine, pour Saad Hariri, de faire étalage des réalisations dont se crédite son équipe : comment en effet faire passer un nauséabond sac poubelle pour une cerise sur le gâteau ?


Piètre consolation, l'homme le plus puissant du monde n'a même pas de gâteau à exhiber, mais seulement un infâme pâté, ce qui ne l'empêche guère de patauger, toujours plus profond, dans l'incongruité du siècle.


Déjà fortement contesté par les Américains, Donald Trump a choqué la communauté internationale au grand complet en foulant aux pieds une longue tradition diplomatique ainsi que les résolutions de l'ONU, pour reconnaître Jérusalem comme capitale de l'État d'Israël. Face à la planétaire levée de boucliers et aux risques soudain accrus d'embrasement du Moyen-Orient, lui restait la possibilité de rectifier un tant soit peu le tir : en arrachant, par exemple, quelque substantielle concession à Benjamin Netanyahu ; ou alors en s'engageant à respecter tout accord sur le statut définitif de la Ville sainte pouvant résulter de la phase finale des négociations de paix.


C'est une telle chance de rattrapage que ménageait lundi le Conseil de sécurité de l'ONU en votant une résolution formulée par quatorze de ses quinze membres, et parmi eux les plus proches alliés des États-Unis. Le texte, qui déclarait nulle et non avenue la décision US, s'est heurté, comme on sait, au veto de Washington, qui se place ainsi en marge du monde entier, et dont l'argumentaire confine au surréel. Car non seulement l'ambassadrice américaine au Palais de Verre Nikki Haley, inversant la situation, a accusé l'organisation internationale de mettre en péril les efforts de paix dans la région, mais elle a promis que le camouflet infligé à l'Oncle Sam ne serait pas oublié, ce qui laisse présager de nouvelles et périlleuses extravagances.


À en croire le président palestinien Mahmoud Abbas, il faudrait être fou pour laisser l'Amérique jouer encore les médiateurs. On devra trouver autre chose, le rôle du fou est déjà pris.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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