Culture

Johnny Hallyday, au bout d’une vie de « destroyance »

Disparition

« La première fois que je suis mort, je n'ai pas aimé ça, alors je suis revenu. » Hier, à l'aube, Johnny Hallyday a rejoint sa part d'ombre. La France a un énorme blues.

07/12/2017

Il avait quelque chose en lui d'Elvis, son idole. Une gueule. Une voix. L'amour du rock'n roll, la passion de la scène qu'il embrasait avec son corps et son âme. Les tenues, le jeu de hanches, une voix puissante, rare, et une carrière de plus de 1 000 titres, 100 millions de disques vendus et quelques beaux rôles au cinéma.

« Johnny Hallyday est parti. J'écris ces mots sans y croire. Et pourtant, c'est bien cela. Mon homme n'est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité. » L'annonce, faite par sa femme Laetitia mercredi à 2 heures du matin, a laissé la France et le monde dans le silence d'après la fête. Toutes les générations, même celles qui n'ont plus l'âge tendre, ont tourné une page qui met fin à leur relation avec cette vieille canaille que l'on croyait insubmersible. La mort ne lui faisait pas peur. « Libre dans sa tête », il avait même tenté de se suicider en 1966 après la demande de divorce de sa première femme, Sylvie Vartan. Les accidents de voiture, les excès en tout genre, une syncope, sur scène en 1985, et un coma en 2009 l'ont toujours ramené à la vie, et à la scène, avec une rage qui le faisait, à chaque fois, « allumer le feu » devant des milliers de spectateurs.

Cette « vie de destroyance », comme l'ont qualifiée ses amis, l'a souvent conduit au bord du gouffre. Contre toute attente, le rockeur avait toujours réussi à revenir, déterminé. En juin de cette année, il est remonté sur scène avec Les Vieilles Canailles, ses complices Jacques Dutronc et Eddy Mitchell. Lors de la première, à Lille, il était apparu particulièrement épuisé par son cancer aux poumons, chantant assis sur un tabouret. La suite des dates se passera mieux, il a toujours puisé sa force de la scène. Pour « rester vivant », comme il avait baptisé sa dernière mégatournée de 2015 à 2016.

 

Démesure
Comme un fauve, Johnny Hallyday a vécu des vies, des histoires d'amour, des mariages, que reliait un fil conducteur, une incroyable force. Jean-Philippe Léo Smet est né le 15 juin 1943 à Paris. Sa mère Huguette Clerc, une Française, et son père Léon Smet, un Belge, se séparent très vite. L'enfant est recueilli par sa tante. Adolescent, il découvre la scène grâce à son cousin, l'artiste américain Lee Hallyday, dont il s'inspirera pour son nom. De son père, il ne gardera que de mauvais souvenirs. Après l'avoir abandonné, ce dernier réapparaît à l'occasion du service militaire de Johnny en Belgique. Ce qui semblait être de belles retrouvailles n'était en fait qu'un coup monté avec les paparazzis, par un homme avide d'argent. Père de David, qu'il aura avec Sylvie Vartan, de Laura Smet, fille de Nathalie Baye, il adopte avec sa dernière femme Laetitia Baudou deux filles, Jade et Joy. Généreux dans la vie et sur scène, il était dans une démesure qui a contribué à façonner son personnage. Ses concerts à Bercy, au Parc des Princes, au Stade de France, à la tour Eiffel, au Champ-de-Mars, le mettent en scène de manière spectaculaire. La bête de scène donne à chaque fois tout pour sa musique. Il bat des records d'affluence avec plus d'un million de spectateurs lors de ses tournées en 2000, 2003, 2006 et 2009.

 

Un Liban autrefois « twistophobe »
L'histoire de Johnny Hallyday avec le Liban remonte à 1963, et elle commence mal. Invité à se produire sur la scène du Théâtre du Liban le 11 janvier, il sera invité à repartir par un Kamal Joumblatt « twistophobe ». En page une de L'Orient, on pouvait lire : « Vers trois heures de l'après-midi, alors que les pieds des twisteurs libanais frétillaient déjà d'aise en attendant le rendez-vous du soir, le roi du twist était convoqué à la Direction générale de la Sûreté où on lui faisait signer un engagement en bonne et due forme qu'il ne chanterait pas au Liban. Cela en vertu de l'arrêté de M. Joumblatt, ministre de l'Intérieur, interdisant le twist. » En dépit des interventions et démarches entreprises, le chanteur recevra un arrêté d'expulsion qui lui donne quelques heures pour quitter le pays. 10 ans plus tard, le 13 février 1973, L'Orient-Le Jour titrait : « Hallyday, cette fois, c'est pour de bon ». Il se produira au Théâtre de l'Unesco, et découvrira la nuit beyrouthine, la Grotte au pigeons, l'Epi-Club, le Flying Cocotte et le Jack's Hideaway.

En 2003, c'est le Festival de Baalbeck qui lui ouvre les bras. « Nous avions très peu accès à lui en direct, se souvient Nayla de Freige, présidente du festival. Il était dans un cocon assez fermé, comme pour se protéger. Line Renaud, qui était sa marraine artistique, l'accompagnait. Elle parlait de lui en termes dithyrambiques. » Son ultime concert libanais aura lieu en août 2015, dans le cadre du Festival international de Jounieh. Amine Abi Yaghi, promoteur du concert, a confié à L'OLJ : « J'ai été le recevoir à l'aéroport, la veille de son concert. En le voyant descendre de son jet privé, j'ai paniqué tant il avait l'air mal en point. Nous avons dîné avec sa femme Laetitia, adorable, qui était à ses petits soins. Il n'a pas beaucoup mangé, ni beaucoup parlé. Pareil, le lendemain, il semblait particulièrement fatigué toute la journée. On nous a demandé de le laisser seul une heure avant le début du concert. Et là, incroyable, dès qu'il est monté sur scène, c'était une autre personne. Il a offert une performance époustouflante de plus d'une heure trente. »

Détecté en novembre 2016, son cancer aura eu le mot de la fin. « De Johnny Hallyday, nous n'oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd'hui pleinement à l'histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d'Amérique dans notre Panthéon national », a déclaré le président Emmanuel Macron.

 

Portrait 

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