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Famille, politiques, conseillers : la galaxie Saad Hariri

Liban

Quels sont les personnalités, les entreprises et les médias qui sont dans le giron du Premier ministre libanais ?

08/12/2017

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, est revenu mardi dernier sur sa démission, qu'il avait annoncée le 4 novembre dernier à Riyad après que le gouvernement, qu'il dirige depuis le 18 septembre 2016, a réaffirmé son attachement à la politique de distanciation à l'égard des conflits régionaux. Durant cette période, le leader du courant du Futur, possédant les nationalités libanaise, saoudienne et française, a vécu un moment charnière de sa carrière politique qui avait débuté dans la foulée de l'assassinat à Beyrouth de son père, Rafic Hariri, le 14 février 2005. Son séjour prolongé dans le royaume saoudien, qui avait donné lieu à un flot de spéculations sur sa liberté de mouvement, conduisant le président Michel Aoun à accuser l'Arabie de le retenir en "otage", a sans doute fait vaciller celui qui fut longtemps "l'enfant chéri de Riyad", la capitale saoudienne qui l'a vu naître il y à 47 ans.

C'est la France, où il a vécu de 2011 à 2014, qui lui offrira une porte de sortie. Lorsque Saad Hariri s'y rend le 18 novembre à l'invitation du président Macron, les membres de sa famille et ses conseillers politiques sautent dans le premier avion pour Paris. Rentré au Liban le 21 novembre, la veille de la fête de l'Indépendance, il annonce le lendemain qu'il gèle sa démission, sur proposition du chef de l'Etat libanais, le temps de consultations politiques autour de la question de la distanciation.

Le 8 décembre, M. Hariri était de retour à Paris, dans le cadre de la réunion du Groupe de soutien pour le Liban (GISL). Une réunion pendant laquelle il a rappelé que "la volonté de tous les Libanais est de sauvegarder la démocratie et la coexistence au Liban".

 

Retour sur la "galaxie" Saad Hariri.

 

Le clan familial

Lorsqu'il est reçu à l'Elysée par M. Macron et son épouse Brigitte, le chef du gouvernement libanais est accompagné de son épouse Lara Bachir el-Azm, fille d'un magnat de la construction en Syrie, et de son fils aîné Houssam, 18 ans, qui poursuit des études à l'Académie royale militaire de Sandhurst, en Grande-Bretagne.

 


De gauche à droite : Le fils de Saad Hariri, Houssam, le Premier ministre libanais, son épouse, Lara, le président Macron et son épouse Brigitte. REUTERS/Benoit Tessier

 

Une semaine plus tard, le couple présidentiel reçoit à nouveau Mme Hariri, cette fois accompagnée de ses deux autres enfants, Louloua, 16 ans, et Abdel Aziz, 12 ans. Ils vivent tous les trois à Riyad.

 


De gauche à droite : Lara Hariri, Emmanuel Macron, ses enfants Abdel Aziz et Louloua, et Brigitte Macron. Photo tirée du compte Twitter d'Emmanuel Macron

 

Saad Hariri est le deuxième enfant de Rafic Hariri et de sa première épouse, Nidal Boustani, d'origine irakienne.

Le Premier ministre a deux frères : l'aîné Baha' Hariri, 50 ans, dont le nom avait circulé pour prendre la succession de Saad Hariri au plus fort de la crise ; et Houssam, mort jeune dans un accident de voiture.

Saad Hariri a également deux demi-frères et une demi-soeur, nés du second mariage de son père avec Nazek Audi : Ayman, Fahd et Hind.

 


Ayman, Saad et Baha' Hariri, le 19 février 2005, sur le site de l'attentat ayant coûté la vie à leur père, Rafic Hariri, à Beyrouth. REUTERS/Jamal Saidi

 

(Lire aussi : De la démission de Hariri à son retrait, un mois de crise)

 

Les conseillers de l'ombre

Saad Hariri s'appuie principalement sur trois hommes pour orienter et piloter son action politique. Le Premier ministre a choisi l'un de ses cousins, Nader Hariri, pour diriger son bureau. Il peut également compter sur deux personnes qui ont conseillé son père Rafic Hariri : Hani Hammoud, qui fait office de porte-parole, et Bassem Sabeh, ancien journaliste, député et ministre.

Le pool des conseillers de Saad Hariri comporte également l'avocat Basile Yared, chargé des affaires européennes et qui fut également proche de Rafic Hariri et de son ami l'ancien président Jacques Chirac, ainsi que Nadim Mounla, ancien directeur de la chaîne de télévision du Futur, propriété de M. Hariri, qui conseille notamment le chef du gouvernement sur la question des réfugiés syriens.

 

Le parti

Créé en 1992 par Rafic Hariri, le Courant du Futur, devenu parti politique en 2009, s'est imposé comme la première formation représentant les Libanais sunnites.

Dans la foulée de l'assassinat de son fondateur, le parti bleu azur a réuni autour de lui une coalition de plusieurs formations politiques pour former l'alliance du 14 Mars, date du grand rassemblement en 2005 qui avait précédé le départ des troupes syriennes du Liban.

Dirigé par Saad Hariri, le Futur compte trois vice-présidents, Bassem Sabeh, Raya el-Hassan, ministre de l'Economie dans le premier gouvernement présidé par M. Hariri de 2009 à 2001, et Samir Doumit, ancien président du syndicat des ingénieurs, marié à l'une des cousines de Nazek Hariri.

La fonction de secrétaire général du parti est occupé par Ahmad Hariri, un autre des cousins de Saad Hariri.

Depuis plus d'un an, le courant du Futur a vu l'ancien ministre de la Justice, Achraf Rifi, quitter son orbite, au point d'émerger comme un adversaire politique, notamment à Tripoli où il s'était posé en rival de la formation haririenne lors des dernières municipales en 2016. L'ancien directeur des Forces de sécurité intérieure reproche notamment à M. Hariri sa complaisance envers le Hezbollah.

 

(Lire aussi : Pour l’opposition, Hariri est revenu « dans la prison du Hezbollah »)

 

Les députés

27 députés, dont Saad Hariri, élu de la troisième circonscription de Beyrouth, siègent dans le bloc parlementaire du Futur, dirigé par l'ancien Premier ministre Fouad Siniora, l'un des deux députés de Saïda, au Liban-sud,

L'autre députée de Saïda, place forte du parti avec la capitale et le Liban-Nord, est Bahia Hariri, soeur de Rafic Hariri et mère notamment de Nader et d'Ahmad Hariri. Comme celui de Baha', le nom de Bahia Hariri avait également circulé pour prendre la suite de Saad Hariri.

Le bloc parlementaire ne compte pas que des personnalités issues de la communauté sunnite. Il comporte également des élus chiites, chrétiens et alaouites.

 

Les ministres

En plus de Saad Hariri, le gouvernement actuel compte six ministres issus des rangs du parti. Parmi eux, le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, et le ministre de la Culture, Ghattas Khoury, font partie du cercle des très proches de M. Hariri, attentif à leurs conseils politiques. Les deux hommes s'étaient notamment rendus à Paris après le départ de Riyad du chef du gouvernement.

Les quatre autres membres du gouvernement, Jamal Jarrah, ministre des Télécoms, Mohammad Kabbara, ministre du Travail, Mouïn Merhebi, ministre d'Etat pour les Affaires des réfugiés et Jean Oghassabian, ministre d'Etat aux Droits de la femme, sont d'importants élus de terrain, respectivement députés des circonscriptions de Rachaya-Békaa ouest, Tripoli, Akkar et Beyrouth I.

 


De gauche à droite, de haut en bas : Jamal Jarrah, Mohammad Kabbara, Ghattas Khoury, Nouhad Machnouk, Mouïn Merhebi et Jean Oghassabian. Photos Ani

 

Le cas Saudi Oger

Avant d'être propulsé dans l'arène politique, Saad Hariri, alors âgé de 25 ans, avait été nommé en 1994 par Rafic Hariri à la tête du conseil d'administration du géant du BTP en Arabie saoudite Saudi Oger, fondé en 1978.

Longtemps florissante, notamment grâce aux relations particulières de la famille Hariri avec la famille royale, l'entreprise de construction, dont Ayman Hariri, demi-frère de Saad, est le directeur général, connaît ses premières difficultés en 2013.

Les choses se gâtent en 2015. La majorité des 56.000 salariés – dont plus de 2.000 Libanais – ne perçoivent plus leur salaire. L'entreprise doit rembourser plusieurs milliards à ses banques, ses fournisseurs et ses salariés. Mais l'État saoudien, dont les finances sont plombées par la chute des cours du brut, lui doit encore plus d'argent.

Poussée à la faillite, Saudi Oger a cessé ses activités fin juillet 2017. M. Hariri s'est engagé à payer les arriérés de salaire des 240 employés français de l'entreprise lorsque Riyad remboursera ses dettes. La situation des autres employés reste floue.

 

(Lire aussi : Les déboires financiers de Hariri en Arabie saoudite)

 

Les médias de Hariri

La famille Hariri possède plusieurs médias, tous fondés par Rafic Hariri au début des années 90, au moment où l'ancien Premier ministre se lance en politique au Liban.

La chaîne de télévision libanaise Future TV, créée en 1993 et disponible par satellite, en est le vaisseau amiral. En 2007, le Futur crée une nouvelle chaîne d'informations en continu, Future News, qui cessera d'émettre cinq ans plus tard.

En 1994, Rafic Hariri prend possession de Radio Orient, une station créée en 1982 qui émet en France et au Liban, en français et en arabe.

En 1999, Rafic Hariri lance le quotidien Al-Moustaqbal, qui paraît toujours aujourd'hui.

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Sarkis Serge Tateossian

Quoi qu'il en soit, l'homme parait intègre et sincère à l'image de son père (même si tout est relatif dans une vie)
Espérons pour lui succès, santé et prospérité ainsi qu'à tous les libanais
Le pays en a besoin.

Saliba Nouhad

Une énigme non expliquée: Bahia Hariri qui a ses 2 enfants Nader et Ahmad cousins de Saad était mariée à qui?
Son mari était un autre cousin Hariri puisqu’elle et ses enfants ont gardé le même nom de famille?
Est-ce qu’il est décédé et depuis quand?
Et s’il est en vie, ou est-il, car on n’entend jamais parler de lui?
À moins que ce soient des secrets de polichinelles !

Irene Said

Une bonne idée, cet article, merci !
Irène Saïd

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