Nos Lecteurs ont la Parole

Ah ! la barbe...

par Louis INGEA
OLJ
06/12/2017

On ne se rendra jamais suffisamment compte du drame que les méfaits de la société de consommation auront fait subir à l'humanité. Tant que l'équilibre entre la raison et l'égoïsme régissait encore la conduite des hommes, le développement de notre vie sur terre pouvait se poursuivre dans une relative sérénité. Et nous aurons pu suivre, selon le témoignage de l'histoire des civilisations, le développement prodigieux qui, à partir de la poussière stellaire, a fini par faire éclore la fine fleur de l'être vivant : l'homme tel que nous le connaissons. Et tel que l'a voulu sans doute la volonté de l'esprit créateur que nous désignons, dans le tumulte de nos interprétations, sous l'appellation de Dieu.
Or qui dit développement ne peut se contenter de constater que le phénomène en question grandit sans contrôle et s'épanouit uniquement à travers une seule des deux branches de l'existence. Car, faut-il le rappeler, le monde qui nous entoure n'est pas notre espace exclusif. Il y a aussi, qu'on le veuille ou pas, l'existence parallèle du monde de l'esprit, lequel sous-tend en permanence le tissu de l'humanité.
Devant la montée fulgurante du progrès matériel auquel nous assistons de nos jours, qu'en est-il du progrès de l'esprit censé nous éclairer ? Si la vie charnelle s'affine et s'améliore, grâce justement à l'esprit qui nous habite, qu'en est-il aujourd'hui du développement de la spiritualité, ce reflet merveilleux du monde parallèle auquel je viens de faire allusion ?
Je laisse ici le lecteur réfléchir un moment sur la question, afin qu'il réalise si possible le décalage qui s'est installé en nous entre l'avancée de la matière et la maturation de l'esprit dont nous sommes dotés.
L'homme n'a cessé, depuis des siècles, de soigner son propre confort, de faire jouer son imagination, d'inventer des montages et des combinaisons au prix d'un labeur inouï dans les sciences, les arts, la production de biens de consommation, en oubliant au passage qu'il ne doit tout cela qu'à l'impulsion de son esprit. Jusqu'où ira-t-il encore? Industries de pointe, moyens de locomotion ultrarapides, moyens de communication par ondes et par satellites, alimentation poussée jusqu'à l'obésité des corps, jouissances diverses jusqu'à épuisement des plaisirs, jusqu'à assèchement du désir, alors que, côté spirituel, la simple notion de la présence de l'esprit divin est déformée par des masses d'humains qui y voient soit une icône magique génératrice de fanatisme, soit une stupidité infantile à reléguer au panier des souvenirs...
Peuples d'Orient et peuples d'Occident se retrouvent dans la même mélasse. Pour cause d'égoïsme, un égoïsme exacerbé et glouton qui enferme l'homme dans le labyrinthe du moi exclusif et le dénature. Que représentent alors pour nous désormais des mots tels que « amour, bonté, paix, pardon et rémission » ? Apprécie-t-on encore leur vraie signification ? Ils ne sont plus, dans la zone de nos pensées, qu'occasions passagères de possession et de jouissance... lorsqu'ils ne sont pas ironisés pour leurs prétendues vertus ou carrément moqués face à ceux qui y croient encore.
Voilà qui explique à mon sens la barbarie dans laquelle s'est fourvoyé le monde du XXIe siècle ! Jusqu'au point où des nations entières sont devenues mafieuses. Tout cela, pour avoir forcé le développement dit matériel au détriment, sinon au mépris, de tout discernement dans le domaine de la spiritualité au niveau du grand public.
La situation en devient si désespérante que je ne vois plus comment en sortir. Faire appel à un regain de la foi ? Oui, certes ! Quelques-uns s'y essaient toujours. Mais l'accroissement démographique dévore toutes nos espérances et les illusions des gens de bonne volonté s'y noient dans l'indifférence générale.
À ce compte-là, je comprends à présent la réaction désemparée des hommes d'aujourd'hui. Une réaction qui s'exprime à coups de symboles et sous prétexte de mode. Il fut un moment, au cours de l'histoire, où ladite mode illustrait innocemment une sorte de coquetterie. On l'appréciait, on se pavanait avec. Elle faisait partie de l'élégance vestimentaire et pouvait même redonner un retour de dignité à ceux que l'âge commençait à vaincre.
A-t-on saisi à quel genre de mode je fais ici allusion ? Mais à la mode actuelle de la barbe, voyons! Celle que caresse depuis quelque temps la grande majorité des jeunes entre vingt-cinq et cinquante ans. Non seulement au Liban, où elle fait fureur et m'exaspère, mais un peu partout ailleurs. Je n'y vois, quant à moi, que le signe infaillible de la révolte et du dégoût. Une réaction que l'on a secrètement honte de proclamer et que l'on révèle par symbole. Drue, noire, hirsute, voire sale, la barbe n'est là que pour signifier que nous en avons marre d'être menés comme un troupeau de bêtes par les caprices illimités d'une société de consommation en déconfiture étouffant la morale et discréditant l'éthique.
« Lorsqu'on n'a plus rien à montrer et plus rien à prouver, m'a dit un ami, il nous reste tout juste à exhiber... notre barbe. »
Je me refuse à clore la rédaction de mon texte sur une note aussi pessimiste. Parce que je sais qu'en tant que chrétien, nul n'a le droit de désespérer. Le fait de décrire les choses en noir et de protester ne doit avoir pour effet que de réveiller nos consciences et de se souvenir que le dessein de Dieu sur l'homme est une expérience unique de liberté.
Afin que l'homme comprenne, à cause de et à travers la souffrance, qu'il n'est pas seul.
Et que sa foi peut déplacer les montagnes...

 

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