Liban

Raï : « Je suis parfaitement convaincu par les motifs de la démission de Hariri »

Diplomatie

Le chef de l'Église maronite et les dirigeants saoudiens jettent les bases d'une étape fondatrice au niveau du dialogue interreligieux.

15/11/2017

Il faudra sans doute attendre le retour à Beyrouth du chef de l'Église maronite, Mgr Béchara Raï, pour saisir toute la dimension de sa visite historique et, surtout, fondatrice, à Riyad où il a eu hier dans la matinée trois entretiens successifs avec le roi Salmane ben Abdel Aziz, le prince héritier, Mohammad ben Salmane, ainsi qu'avec le Premier ministre libanais démissionnaire, Saad Hariri.
Les entretiens officiels se sont tenus en présence des deux évêques Boulos Matar et Paul Abdelsater, du porte-parole de Bkerké, Walid Ghayad, et de quatre ministres saoudiens, mais loin des feux de la rampe, les autorités saoudiennes ayant décidé de fournir les informations officielles à une seule agence de presse occidentale ainsi qu'à l'agence officielle saoudienne de presse (SPA), au grand dam de la délégation de journalistes qui accompagnait le patriarche. Salué par le ministre pour les Affaires du Golfe Thamer al-Sabhane, ce dernier a quitté hier soir l'Arabie saoudite pour se rendre au Vatican, via Beyrouth, où la délégation qui l'accompagnait débarquera.

 

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La frustration générée par la décision de huis clos saoudienne s'est vite dissipée grâce aux indications fournies par Mgr Raï à la presse, au terme du déjeuner donné en son honneur par l'émir (gouverneur) de Riyad, Fayçal ben Bandar al-Saoud, en son palais.
Il est vrai que le patriarche ne s'est pas étendu sur la teneur ou les résultats de ses entretiens qui étaient relativement courts avec les dirigeants saoudiens – 23 minutes avec le roi Salmane – mais en quelques mots, il avait tout dit. Plus encore, il s'est positionné par rapport à la démission de Saad Hariri, en affirmant sans ambages « être convaincu par ses motifs », ce qui laisse entendre, sans grand risque d'extrapolation, qu'il est lui aussi hostile aux agissements de l'Iran et du Hezbollah dans la région, dénoncés par le Premier ministre dans le discours qu'il avait tenu pour annoncer et justifier sa démission, le samedi 4 novembre depuis Riyad. Non pas que le patriarche prend position à ce niveau de l'épreuve de force irano-saoudienne, dont la démission haririenne n'est bien entendu qu'un des aspects, mais son discours doit être situé dans le prolongement de la ligne politique de Bkerké qui plaide en permanence en faveur de la neutralité du Liban, un principe que Mgr Raï a également pris soin de rappeler hier.


« Je suis absolument convaincu des motifs de cette décision et convaincu qu'il faudra que le président Hariri en discute avec les présidents de la République et de la Chambre, ainsi qu'avec les différentes forces politiques » à son retour à Beyrouth, a déclaré le chef de l'Église maronite, qui a assuré que Saad Hariri rentrera « très prochainement au Liban ». « Il se peut même qu'il soit déjà dans l'avion, pendant que nous parlons ici », a-t-il lancé sur le ton de la plaisanterie, avant d'indiquer que ce dernier est « toujours disposé à servir le Liban », sans préciser si cela signifie qu'il serait prêt à revenir sur sa décision de démissionner.

 

« Un hymne d'amour »
Le patriarche a également plaidé pour la neutralité du Liban, à la faveur d'un commentaire au sujet de ses entretiens avec le roi et le prince héritier saoudiens. « Nous avons entendu de la part de nos hôtes un véritable hymne d'amour saoudien en faveur du Liban, un Liban hospitalier, pluraliste, ouvert à tous les peuples, neutre et ami de tous les peuples », a-t-il souligné, précisant que ses hôtes ont aussi exprimé l'espoir d' « un retour au Liban d'antan ».
Mgr Raï a assuré que « rien ne pourra porter préjudice aux rapports libano-saoudiens, même s'ils sont passés par une phase difficile ». « Celle-ci n'affectera en rien l'amitié entre les deux pays. C'est ce que le roi, le prince héritier et l'émir de Riyad ont confirmé devant nous », a-t-il insisté.
Un autre message important délivré par le chef de l'Église maronite se rapporte à la communauté libanaise installée dans le royaume et qui suivait avec inquiétude la montée de la tension entre le Liban officiel et l'Arabie saoudite consécutivement à la démission de M. Hariri, redoutant en particulier les conséquences des diatribes du Hezbollah contre le royaume. Une inquiétude dont s'était fait l'écho la veille le secrétaire général du Lebanese Investment Business Committee (LIBC), une association d'hommes d'affaires libanais basée à Riyad, Rabih el-Amine, lors de la rencontre organisée à l'ambassade du Liban pour Mgr Raï avec les membres de la communauté libanaise.


Le patriarche a ainsi fait part de la volonté des dirigeants saoudiens de continuer à soutenir le Liban, répercutant par la même occasion l'hommage rendu par le souverain wahhabite aux membres de la colonie libanaise « qui ont contribué à développer l'Arabie saoudite, en respectant ses lois et ses traditions ».
À ses côtés, l'émir Fayçal ben Bandar a exprimé l'espoir de rencontrer de nouveau le patriarche « dans un Liban jouissant de sécurité et de stabilité ». « Et c'est là l'objectif de ces échanges de visites, à savoir jeter les bases d'une politique nouvelle et d'un nouveau mode d'action sous la houlette du roi et des frères au Liban », a-t-il poursuivi.

 

(Lire aussi : Comment Baabda a géré la crise)

 

Valeurs communes, tolérance et paix
Les contours de cette politique nouvelle centrée sur le rapprochement interreligieux et la modération dans une région ébranlée par la montée de l'extrémisme ont été au centre des entretiens du chef de l'Église maronite avec le roi Salmane puis avec le prince héritier. Deux entretiens qui se sont distingués par la présence du ministre d'État aux Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhane, laquelle confirme, si l'on tient aussi compte du fait que c'est lui qui avait été également chargé par les autorités saoudiennes d'accueillir le patriarche à sa descente d'avion mardi, que Riyad a bel et bien confié le dossier libanais à ce ministre.
Une façon de montrer aussi que les tweets incendiaires de Thamer al-Sabhane reflètent le point de vue du royaume, contrairement à ce qu'avançait le Hezbollah à ce sujet.


Selon la SPA, Mgr Raï et le souverain wahhabite ont discuté de « l'importance du rôle assumé par les différentes religions et cultures pour la promotion des valeurs comme la tolérance, le rejet de la violence, de l'extrémisme et du terrorisme ». Ils ont également mis en valeur le rôle des religions dans l'instauration de la paix et de la sécurité entre les peuples aux niveaux aussi bien régional qu'international, toujours selon la SPA qui précise que l'entretien s'est déroulé en présence des ministres de l'Intérieur, l'émir Abdel Aziz ben Saoud ben Nayef ben Abdel Aziz, des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, du ministre d'État aux Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhane, et du ministre d'État Moussaed ben Mohammad al-Aiban.


Mgr Raï a ensuite reçu en son lieu de séjour Saad Hariri pour un entretien qu'il devait qualifier plus tard d'excellent, avant de se rendre au palais de Yamamah pour des discussions avec le prince héritier Mohammad ben Salmane. Selon l'agence saoudienne, la conversation a également porté sur le rôle des religions dans la promotion de la tolérance et de la paix. L'audience a, là encore, eu lieu en présence du ministre Thamer al-Sabhane qui, commentant la visite patriarcale, a relevé sur son compte Twitter qu'elle « souligne l'approche du royaume en faveur de la coexistence pacifique, de la proximité et de l'ouverture à toutes les parties de la population arabe ».
L'agence saoudienne a ainsi placé la visite dans son contexte principal, celui d'une démarche fondatrice devant jeter les bases d'une coopération et d'une série de mesures futures allant toutes dans le sens de l'institution d'un dialogue interreligieux.

 

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Ma Fi Metlo

Dieu fasse qu'il rentre sain et sauf.

Henrik Yowakim

Patriarche Raï : « Je suis parfaitement convaincu par les motifs de la démission de Hariri »

TRES BONNE APPROCHE SCIENTIFIQUE DE LA PART DU PATRIARCHE

POUR COMPRENDRE CE QUI ARRIVE IL FAUT COMPRENDRE SES CAUSES

ET POUR RESOUDRE UN PROBLEME IL FAUT S'ATTAQUER A SES CAUSES

LA CAUSE DE LA DEMISSION DE HAHARAKIRI RESTE SIMPLE : LE LIBAN OFFICIEL S'ETAIT ENGAGEE A APPLIQUER LA POLITIQUE DE DISTANCIATION ET DE NEUTRALITEE PAR RAPPORT A LA CRISE SYRIENNE ET REGIONALE TELLE QUELABOREE DANS LA DECLARATION D'INVESTITURE DU NOUVEAU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

TOUTES CES PROMESSES SE SONT EVAPOREES D'OU LA DEMISSION DE SAAD HAHARAKIRRI : POINT A LA LIGNE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

COMMENT POURRAIT-IL EN ETRE AUTREMENT ? VERITE ET FRANCHISE !

gaby sioufi

malheureusement, cela conforte encore plus l'arrogance des moumanaa, ttes parties confondues .
a ce jour elle -moumanaa- n'a encore aucune raison pour se croire battue.
au contraire- ATTITUDE fortifiee par l'absence d'une veritable campagne/propagande intelligente qui leur fait face.
rien que des balbutiements de celui-ci ou de celui-la .
cela cache- t - il un scenario quelcnque /?


L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUS SAVENT QU,IL A RAISON ! LA GRENADE EST DANS LE CAMP DES PSEUDO-MOUMANA3ISTES...

Wlik Sanferlou

Allez hop faisons les analyses psycho/freudo/politicienne de l'énigme des ces photos:
Smartwatch sur la main droite... bizzare
une croix, deux croix et trois croix non camouflées au palais du roi... triple bizzare
Rai qui baisse les yeux devant le prince héritier, ah ça vas peut être mal et il nárrive plus à retirer sa main... en plus une caméra dérrière lui et un micro enregistre ses commentaires compromettants...

le patriarche et ses compagnons sont en danger malgré...
Espèront que gibran informe immédiatement Macron, le Pape et le Dalai Lama pour des pressions internationales...
Oups, l'on doit encore lire l'article...

Bustros Mitri

Bravo Patriarche pour vos initiatives et vos déclarations constructives pour le Liban et son avenir !
Vous seul , en tant qu’homme de paix pouvez jouer ce rôle apaisant et rassembleur.

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