Catalogne

Puigdemont s'en prend à Madrid et crée des remous en Belgique

Le président catalan accuse le gouvernement espagnol de pratiques non démocratiques, après avoir été laissé en liberté la veille par la justice belge.

Le président catalan destitué Carles Puigdemont (d) et son avocat belge Paul Bekaert (g) lors d'une réunion avec un juge à Bruxelles (pas visible sur la photo). Capture d'écran d'une vidéo diffusée le 5 novembre 201. La Sexta TV via Reuters

Le président catalan destitué Carles Puigdemont a accusé lundi le gouvernement espagnol de pratiques non démocratiques, après avoir été laissé en liberté la veille par la justice en Belgique, où sa présence à durée inconnue provoque des remous politiques.

"Libre et sans caution", a lancé M. Puigdemont dans un message en catalan sur le réseau social Twitter, sa première déclaration depuis que le mandat d'arrêt européen émis à son encontre par Madrid lui a été notifié dimanche par les autorités belges.
"Nos pensées sont pour les collègues injustement emprisonnés par un Etat qui est loin de la pratique démocratique", a-t-il ajouté, en référence au placement en détention en Espagne d'autres anciens membres de son gouvernement destitué.

Carles Puigdemont et quatre de ses anciens ministres exilés en Belgique depuis une semaine sont, eux, ressortis libres dans la nuit de dimanche du bureau d'un juge d'instruction belge, au terme d'une longue journée d'audition.

"En Belgique, ils nous donnent la liberté sans caution, tandis qu'en Espagne nous serions emprisonnés", a mis en parallèle lundi Meritxell Serret, l'une des ex-ministres catalans à Bruxelles avec M. Puigdemont.

Les cinq Catalans ont été laissés en liberté sous conditions, dans l'attente de l'examen sur le fond des mandats d'arrêt. Ils ont interdiction de quitter le territoire belge et devront se présenter à toute convocation de la justice et de la police.

Il revient désormais à une juridiction belge, la Chambre du conseil, de se prononcer dans les 15 prochains jours sur l'exécution du mandat d'arrêt émis vendredi soir par la justice espagnole pour "rébellion, sédition, détournement de fonds publics et désobéissance à l'autorité".

Une première audience devant cette Chambre a été fixée au vendredi 17 novembre, selon une source judiciaire.

 

(Lire aussi : La question catalane et le Moyen-Orient)

 

Tensions en Belgique
Le mandat d'arrêt européen a été créé pour faciliter l'extradition entre Etats membres de l'UE, mais la procédure judiciaire qui s'est ouverte peut durer jusqu'à trois mois.

Ce scénario d'une présence prolongée sur le sol belge de M. Puigdemont -qui s'est dit prêt, avec le soutien de son parti (le PDeCAT), à être tête de liste aux élections régionales en Catalogne du 21 décembre- risque de raviver des tensions politiques au sein de la coalition gouvernementale belge.

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a appelé lundi à "laisser la justice belge et la justice espagnole faire leur travail", loin des considérations politiques. Il réagissait aux remous provoqués dans le gouvernement fédéral, au sein duquel les nationalistes flamands de la N-VA sont très favorables à la cause catalane.

Ce parti de la coalition gouvernementale avait applaudi le Premier ministre francophone Charles Michel, un des rares dirigeants européens à avoir condamné les violences policières lors du référendum illégal d'autodétermination en Catalogne.

Mais M. Michel avait ensuite appelé les nationalistes flamands "à ne pas jeter de l'huile sur le feu" dans les relations tendues avec Madrid. Il visait en particulier le secrétaire d'Etat Theo Francken, de la N-VA, qui avait jugé "pas irréaliste" que M. Puigdemont formule une demande d'asile en Belgique.

 

(Lire aussi : Puigdemont, l'imprévisible président catalan "en exil", déconcerte et divise)

 

"Xénophobes" et "franquistes"
Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon, lui aussi issu de la N-VA (Alliance néo-flamande), est revenu à la charge dimanche en disant qu'il "se posait des questions" sur le fait que le gouvernement espagnol "peut aller aussi loin" dans la répression en Catalogne. "Si la même chose se passait en Hongrie et en Pologne je pense qu'on aurait des réactions très différentes", a-t-il poursuivi.

Le député européen espagnol Esteban Gonzalez Pons, membre du parti conservateur au pouvoir en Espagne, a vivement répliqué.
"M. Jambon appartient à un parti qui a collaboré avec l'occupation allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale, un parti xénophobe qui n'est un allié recommandable pour personne", a-t-il lancé, accusant les nationalistes flamands d'instrumentaliser la crise catalane.

Le Parti populaire (PP) espagnol "devrait vraiment se taire", lui a répondu devant la presse le président de la N-VA, Bart de Wever, renvoyant cette formation espagnole à la période du franquisme. "De nombreuses personnes de ce régime sont encore aujourd'hui des responsables de ce parti", a-t-il argué.

Charles Michel a prévu de répondre mercredi aux questions des députés sur la crise catalane, selon l'agence de presse Belga.

Enfin, environ 200 maires indépendantistes catalans ont annoncé leur venue mardi à Bruxelles pour y "expliquer" la situation en Catalogne.

 

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