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A Santa Coloma, près de Barcelone, "on est toujours en Espagne"

Reportage

"On aurait dû sortir avant, nous exprimer davantage, mais on est taiseux, on se montre moins"...

OLJ/AFP/ Marie Giffard
29/10/2017

"On passe pour des imbéciles aux yeux de l'Europe": à Santa Coloma, au nord de Barcelone, où il y a plus de drapeaux espagnols que de bannières indépendantistes aux balcons, les habitants désapprouvent la proclamation d'une République catalane qui ne les représente pas. 
Dans cette ville de 120.000 âmes aux immeubles de brique orange, nombreux sont les Catalans d'adoption : Andalous, Castillans, Aragonais... arrivés il y a 50 ans ou plus et dont les enfants sont nés ici.

Sous la halle flambant neuve du centre-ville, ce samedi est un jour de marché comme les autres à Santa Coloma de Gramenet, moins de 24 heures après la proclamation de la "République" catalane. Ana Guerrero, confiseuse, empile tranquillement gâteaux et beignets dans des barquettes en plastique.
"On passe pour des imbéciles aux yeux de l'Europe", juge en haussant les épaules la vendeuse de 48 ans en tablier blanc. "On aurait dû faire un référendum légal, mais la façon dont ça a été fait, ça non", poursuit-elle en pesant des bonbons. "Je ne suis pas entièrement d'accord avec le gouvernement du PP (le parti de Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol), mais ils font ce qu'ils doivent faire".

Devant la halle, Isabel Henranz et Isabel Escribano, mère et fille de 77 et 52 ans, marchent bras dessus bras dessous. La mère arrivée de Castille "à 22 ans pour se marier" veut croire que "tout ça n'est rien", plutôt un feu de paille. "Après ce gros boum qui a explosé et qui nous laisse déconcertés", elle regrette ne pas s'être suffisamment mobilisée. "On aurait dû sortir avant, nous exprimer davantage, mais on est taiseux, on se montre moins".

(Pour mémoire : En Catalogne, les menaces de désobéissance s'accumulent)

Sa fille, qui travaille dans les assurances, estime que "le parlement catalan n'a pas pris en compte 60% de la population". Cette "déclaration unilatérale d'indépendance" s'est faite sans "prendre en compte le reste des personnes - qui ont aussi le droit de vote - et voulaient voter". Elle en veut à Madrid: "Si le gouvernement avait autorisé le vote, on n'en serait pas là".
Quand la plus âgée déclare qu'il sera "très difficile de réconcilier" les deux camps, la plus jeune surenchérit: "On ne va plus pouvoir parler de politique dans la rue avant bien longtemps". Les deux femmes, qui disent "être toujours en Espagne", iront manifester dimanche midi à Barcelone aux côtés des anti-indépendantistes.

"Blessures dans les familles"

La fracture s'est immiscée partout, "même avec les copains", confirme Salvador Garcia. Une chose est sûre pour lui, les pro-maintien dans l'Espagne "sont beaucoup plus nombreux, ils se sont toujours tus, et demain on va le voir". "Les entreprises s'en vont, leurs sièges, tous ces domiciles fiscaux qui s'en vont, ça c'est des impôts en plus qu'on va devoir payer, nous, les travailleurs", dit le cuisinier de 55 ans, alors que près de 1.700 entreprises ont déjà transféré leur siège social hors de Catalogne. "Il faut qu'on trouve une solution, de toutes les manières, il n'y a pas d'autre alternative. Maintenant, comment on va faire... Je ne sais pas".

(Lire aussi : Catalogne : une déclaration d'indépendance "vide" sans aucune conséquence au plan international)

Pour Manuel Andaluz, la solution est "claire et simple". Elle a été "donnée par la communauté internationale, c'est être dans la constitution de 1979", explique l'instituteur à la retraite de 65 ans, qui revient des courses.
"La Generalitat (le parlement catalan) a menti aux gens, elle ne représente que la moitié de la population" quand, selon lui, "le gouvernement de Rajoy n'a fait qu'appliquer la Constitution".
Dans un français hésitant, l'homme originaire de Saragosse et installé depuis plus de quarante ans ici juge "affreux ce qui s'est passé hier". Il évoque les "blessures dans les familles" autour du sujet, à l'instar de qu'il vit avec ses cinq frères : "trois pensent d'une façon et trois d'une autre".
Pour lui, le parlement catalan doit maintenant "affronter la réalité légale qu'il y a en Espagne", avant de préciser: "j'aime l'Espagne et j'ai le droit comme tout le monde d'habiter ici".

 

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