Liban

Pour Aoun, une première année plutôt positive...

Décryptage
30/10/2017

Le 31 octobre, le président Michel Aoun aura bouclé sa première année à la tête de l'État. Le déroulement de l'élection houleuse au Parlement, avec le décompte à trois reprises des voix des députés, était un indice que ce mandat ne serait pas comme les autres, la personnalité même du nouveau président et son parcours hors normes étant porteurs d'espoir pour les uns, chargés de menaces pour les autres.

En cette journée mouvementée et si particulière, les uns ont senti que le rêve devenait enfin réalité, alors que d'autres cachaient mal leur mécontentement et leur appréhension. Mais tout le monde était d'accord pour estimer qu'une nouvelle page s'ouvrait pour le Liban. Aujourd'hui, un an après, l'humeur générale oscille entre la déception et la volonté de continuer à y croire. En un an, une nouvelle catégorie de Libanais est née, qu'on qualifie de « déçus du aounisme » et qui se répand en critiques sur « les promesses non tenues » et sur « le rendez-vous manqué avec le changement et la réforme ». Déchets, embouteillages, cherté de vie, crise économique et sociale, les dossiers s'accumulent, les revendications aussi, alimentant ainsi le malaise populaire, qui est aussi nourri par des parties politiques soucieuses de régler de vieux comptes avec le chef de l'État. Mais si ces critiques sont réelles et parfois fondées, elles ne dissimulent pas pour autant les points positifs qui ont été accomplis pendant l'année écoulée.

Il serait bon d'en rappeler quelques-uns à l'heure où de nombreux Libanais semblent se complaire dans un état de désenchantement.
L'élection présidentielle terminée, le nouveau locataire de Baabda s'est consacré à la formation du gouvernement. Les tractations ont pris moins de deux mois et le nouveau cabinet a vu le jour en décembre. À partir de là, la priorité du président était de commencer par le plus urgent qui touche le plus les citoyens, c'est-à-dire la situation militaire et sécuritaire. Il a donc commencé par les nominations militaires et sécuritaires avant de donner des instructions strictes pour que la plaie de la frontière syro-libanaise soit fermée définitivement. Le nouveau commandant en chef de l'armée et les nouveaux chefs sécuritaires ont eu besoin d'un peu de temps pour s'organiser, et la bataille a été menée au cours de l'été, en parallèle au démantèlement de nombreux réseaux terroristes et d'autant de cellules dormantes. En même temps, le cas du camp de Aïn el-Héloué est en voie de règlement par le biais de négociations avec les factions palestiniennes, simultanément à des mesures de sécurité renforcées autour du camp. Les Libanais ne s'en rendent pas vraiment compte, mais, dans un environnement aussi perturbé, la relative paix dont bénéficie leur pays est une bénédiction, qui n'est pas seulement divine, mais aussi le fruit des efforts des différents responsables militaires et sécuritaires, sur la base d'instructions présidentielles.

L'aspect sécuritaire et militaire réglé, le président a voulu rétablir l'équilibre dans les relations diplomatiques du Liban. Son concept de la politique de distanciation était d'établir des relations acceptables avec toutes les parties. Ayant été considéré comme proche de l'axe irano-russe en raison de l'alliance nouée avec le Hezbollah en février 2006, sa priorité était donc de rassurer l'Arabie. Sa première visite à l'étranger a donc été pour Riyad, suivie de trois autres pays arabes : la Jordanie, l'Égypte et le Qatar. Il s'est ensuite rendu à l'ONU puis en France, respectant ainsi la tradition des relations particulières entre Beyrouth et Paris. Il se rendra bientôt au Koweït et en Irak pour poursuivre sa tournée des pays arabes, montrant ainsi que la priorité est aux pays « frères ». Ce qui devrait aussi être de nature à rassurer ceux qui l'accusent de pencher vers l'Iran. Le président fait donc ce qu'il peut pour éviter un alignement du Liban sur un axe plutôt qu'un autre, dans une période particulièrement trouble et complexe. Son projet de créer au Liban un centre international de dialogue des cultures, des religions et des civilisations est aussi une manière de placer le pays au-dessus de la politique des axes régionaux et internationaux.

Sur le plan politique, le président a mis tout son poids dans la balance pour l'adoption d'une nouvelle loi électorale qui ouvre la voie au changement de la classe politique. Personne n'y croyait, et des rumeurs avaient même circulé sur un accord secret entre lui et le président du Conseil pour maintenir la loi de 1960. La réalité a démenti toutes ces rumeurs. La loi a peut-être beaucoup d'aspects négatifs, mais elle a le mérite de ne pas permettre des élections aux résultats connus d'avance. Et c'est là une grande première au Liban. Le bouillonnement politique actuel est d'ailleurs le résultat de l'angoisse qui étreint toutes les formations politiques relativement à l'issue des élections. Dans l'optique du président, le renouvellement de la classe politique par le biais d'élections législatives sur la base d'une loi différente de celles qui l'ont précédée est un moyen de lutter contre la corruption. Un autre moyen est l'adoption d'une loi sur le budget, qui consacre la relance des institutions.

Toutefois, en dépit de ces mesures logiques, le dossier de la corruption reste le plus important à régler. Michel Aoun a bien nommé un ministre d'État chargé de la Lutte contre la corruption, mais le travail accompli reste insuffisant. La corruption s'est institutionnalisée au Liban, où les pratiques miliciennes gangrènent désormais tous les secteurs de l'État. Mais il faut bien commencer quelque part. La démarche la plus logique était de procéder aux nominations judiciaires, car, sans un pouvoir judiciaire solide, on ne peut pas lutter efficacement contre la corruption. Ces nominations, ainsi que celles diplomatiques ont été réalisées, mais le pays étant entré en période de campagne électorale, il est désormais difficile de démêler le faux du vrai, l'attaque personnelle étant devenue un instrument électoral...
Pour certains, la déception est à la hauteur des attentes, mais un grand travail a quand même été accompli...

 

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Bery tus

Rien de profond n’a changer ... et le président seul NALLAIT JAMAIS POUVOIR FSIRE QUOI QUE SE SOIT SANS LES AUTRES ACTEURS POLITIQUES IL FAUT LE METTRE DANS LA TÊTE BASSIL NE SERA JAMAIS PRÉSIDENT DU LIBAN

Saliba Nouhad

Un grand travail à été accompli, dites-vous?
Eh bien, demandez au Libanais moyen ou pauvre ce qui a changé dans sa vie: il vous dira, ça va de mal en pire... On parle de son salaire, son niveau de vie, les services gouvernementaux de base, électricité, ordures, infrastructure, trafic, cherté de vie, taxes etc...
Oui, peut-être une certaine paix sociale, mais toute artificielle, et attendez que ses alliés Hezbollah décident d'en découdre avec les israéliens!
Il faudrait mettre un bémol à votre optimisme béât et un peu forcé.

Le Faucon Pèlerin

Michel Aoun n'a fait qu'assurer sa succession à son dauphin, le gendre Gébran Bassil qui chevauche fantastiquement aujourd'hui aux quatre coins du pays, vantant ses réalisations, à leur tête les bateaux centrales électriques.. la combine des hydrocarbures offshore et le vote des émigrés de la Nouvelle-Zélande...

Hitti arlette

Libanais raleurs , eternels mécontents . Ca ferme les yeux sur les performances realisees depuis l'accession au pouvoir du general Aoun . Ces citoyens plein de mauvaises intentions pour des raisons que l'on connait . Il s'agit d'une partie au pouvoir , dont les leaders se donnent à voir sous le meme aspect : l'un comme ,un grand jaloux vindicatif qui revait d'être le locataire de Baabda , un autre tout comme le premier qui n a pas encore digéré le fait qu 'on lui ait arraché le rêve qu il caressait des mois durant la vacance presidentielle. C est dur, dur d' etre bébé ...

Salim Dahdah

Malgré votre engagement politique connu,votre article de ce jour dégage un nuancement inattendu et une interrogation inquiète, il parait plus objectif que d'habitude! Est-ce le signe d'un désenchantement voilé ou l'angoisse d'un avenir plus compliqué et moins confiant que ce qui n'a cessé d'être pourtant insuflé pendant toute la campagne de presse qui a dévancé l'élection présidentielle...?

Pierre Hadjigeorgiou

Du point de vue sécuritaire, l’armée a réalisé du bon travail, malheureusement terni par la trahison du Hezbollah qui a laissé fuir ces criminels, accord contre lequel Aoun a fermé les yeux. Nous sommes a présent, en raison de ses c.....ies et de celles de son beau fils, dans le collimateur international et le Liban risque de se retrouver 100 ans en arrière. Le Hezbollah, couvert par Aoun, croit pouvoir s'en sortir. Nous avons vu la semaine dernière son environnement et ce qu'il en pense de Hassouna et de sa milice mafieuse... Ce n'est pas en forçant quelqu'un a s'excuser que l'ont peut effacer la vérité sortie par instinct. L'avenir le prouvera, le Hezbollah vit ces dernières années... mois et peut être même jours! Aoun aussi...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MA3 EL BATATA ECHR EL BANADOURA... UNE SACREE SALADE RUSSE SATUREE DE MAYONNAISE POUR L,OCCASION... MADAME OUBLIE DANS TOUT CE PANEGIRIQUE DE NOUS DIRE Q,UNE EPEE DE DAMOCLES BIEN LOCALE ET DIVINE MAIS ETRANGERE PEND AU DESSUS DES TETES DES LIBANAIS ET DU PAYS EN GENERAL ! SOUS L,AUSPICE DE QUI ?

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