Liban

Après le budget, la classe politique en mode électoral

Décryptage
21/10/2017

En dépit de la volonté du président de la République de pousser le gouvernement actuel à continuer à travailler normalement, des sources gouvernementales laissent entendre qu'après l'adoption par le Parlement de la loi sur le budget, la classe politique va entrer en période préélectorale. La petite comédie du ministre d'État pour les Affaires des réfugiés jeudi place de l'Étoile est le premier indice du climat qui va régner dans le pays dans les mois à venir, et ce jusqu'au rendez-vous électoral prévu en mai 2018. On se souvient comment le ministre Mouïn Merhebi est sorti de façon spectaculaire de l'hémicycle, pendant la séance de l'après-midi, en guise de protestation contre « les montants limités » (tout est relatif bien sûr) accordés par la loi au développement de la région du Akkar. Il avait même annoncé devant les journalistes, les députés et les ministres médusés son intention de démissionner du gouvernement et du Parlement en même temps. Le ministre Merhebi avait effectué sa sortie, sans pour autant suspendre le déroulement de la séance, ni provoquer une réaction de la part du Premier ministre. Des contacts ont ensuite eu lieu et le ministre « frondeur » est revenu à sa place à la tribune gouvernementale au Parlement. Les commentaires des députés eux-mêmes étaient que le ministre originaire du Akkar et qui est un des candidats de cette circonscription aurait fait ce mouvement de protestation pour des raisons électorales.

« L'incident Merhebi » n'était pas le seul pendant les trois jours de séances parlementaires à avoir des connotations électorales. Dès le départ, c'est l'ancien Premier ministre Nagib Mikati qui avait ouvert les discours des députés en multipliant les pointes à l'adresse de l'actuel président du Conseil Saad Hariri. Mikati savoure ainsi sa revanche, sachant qu'en 2010, lors de sa désignation à la tête du gouvernement en remplacement de Saad Hariri, qui avait été contraint à la démission par le départ d'un tiers des ministres de son gouvernement, les partisans de ce dernier n'avaient cessé de le harceler, l'accusant de « brader les droits de la communauté sunnite » en acceptant la mise à l'écart du courant du Futur et de ce qu'il représente, et « en donnant le pouvoir au Hezbollah ». C'est donc lui qui, aujourd'hui, est le fer de lance de l'opposition à Hariri, en lui lançant directement ou non les mêmes accusations qui avaient été portées contre lui. Mais la confrontation à fleurets plus ou moins mouchetés ne s'est pas limitée aux leaders sunnites. Une joute verbale a ainsi opposé le président de la commission parlementaire des Finances Ibrahim Kanaan au chef du parti Kataëb Samy Gemayel. Au point que le président de la Chambre Nabih Berry a pris la décision de suspendre la transmission en direct du déroulement de la séance. Cette violence verbale a été aussi interprétée par les députés comme une rivalité électorale dans la circonscription du Metn où les deux députés seront candidats.

 

(Lire aussi : La Chambre adopte le premier budget depuis 12 ans)

 

Les incidents et les échanges à but électoral se sont ainsi multipliés tout au long des six séances parlementaires (l'une dans la journée, l'autre le soir pendant trois jours) destinées à discuter puis à voter la loi sur le budget. Mais comme la décision de faire passer cette loi était la plus forte, les débats n'ont pas dépassé les lignes rouges qui auraient pu réellement la remettre en cause. Ils donnent toutefois un aperçu de ce qui attend les Libanais dans les mois à venir. D'autant qu'avec la nouvelle loi électorale qui comporte beaucoup d'inconnues au niveau des résultats (c'est d'ailleurs la première fois depuis la guerre qu'une loi électorale ne donne pas des résultats pratiquement connus d'avance avec un suspense pour un maximum de dix sièges parlementaires), et en l'absence de connaissance réelle des tendances de la rue libanaise dans sa diversité, les candidats croient qu'ils doivent faire le maximum de bruit pour être entendus par les électeurs.

 

(Lire aussi : Vote du budget 2017 : une victoire en demi-teinte)

 

 

Les candidats (et les partis politiques dans leur diversité) sont d'autant plus inquiets que le dernier test électoral a eu lieu en 2016 à travers les élections municipales qui avaient été l'occasion d'exprimer un désamour entre les bases populaires et la classe politique. Les instituts de statistiques sont désormais sollicités par toutes les parties pour tenter de donner des indications sur les intentions de vote. Apparemment, les candidats estiment que pour mobiliser les électeurs, il faudra dès maintenant leur tenir un discours extrémiste et incitateur. Mais la question qui se pose est la suivante : y a-t-il des sages parmi les candidats pour parler de rassemblement, d'unité, de tolérance au lieu de chercher à aiguiser les conflits et les divergences? Ou bien tous sont convaincus que ces thèmes-là ne sont pas mobilisateurs ? Beaucoup de violences verbales attendent donc les Libanais pendant les mois à venir, et probablement peu de décisions au niveau institutionnel. Dans un pays qui vit presque sous respiration assistée, le manque de sens des responsabilités de la classe politique reste malheureusement une constante.

 

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Irene Said

"...après le budget, la classe politique en mode électoral..."

un nouveau prétexte pour encore moins s'occuper des problèmes de notre pays...qui trainent depuis des années ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE PREMIERE ! UNE ANALYSE ENFIN PRESQUE SANS BARATIN ... CAR IL Y EN A QUAND MEME UN PETIT PEU...

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