Liban

Affaire Bachir Gemayel : Face au verdict, des réactions très contrastées

liban
21/10/2017

Les avis divergent face au verdict de la justice rendu hier dans le cadre de l'affaire Bachir Gemayel, reflétant les divisions politiques d'aujourd'hui, mais aussi, parfois, les vieux clivages du passé. Certains y voient une décision revêtue d'une portée considérable ; d'autres, bien plus sceptiques, n'y voient qu'une volonté du président de la République, Michel Aoun, de gagner des points et remettent en cause le caractère équitable de cette décision.

Parmi les anciens compagnons de Bachir Gemayel, il y a d'abord ceux qui sont désabusés. « Mieux vaut tard que jamais », lance le député Dory Chamoun, chef du Parti national libéral. « Demain (aujourd'hui), nous faisons une messe de commémoration pour Dany Chamoun et sa famille. Vingt-sept ans plus tard, nous ne savons toujours rien sur cette affaire », déplore-t-il. Dans le même état d'esprit, Antoine Najm, qui faisait partie des proches camarades de Bachir Gemayel, estime que les assassinats politiques ne s'arrêteront pas pour autant, « car ceux qui les commettent sont plus forts que les autres ».

 

(Lire aussi : L'acte fondateur derrière l'inculpation de Chartouni)

 

Fouad Abou Nader, ancien leader des Forces libanaises, se veut plus optimiste. « C'est une première dans ce pays. Ce jugement a sûrement rendu un peu de justice aux familles de Kamal Joumblatt, du mufti Hassan Khaled ou de ceux qui ont été assassinés par la suite. Cela prouve que le temps des dictatures est derrière nous et que le futur sera celui de la liberté et la démocratie », souligne M. Abou Nader. « Le but de ceux qui ont tué Bachir était d'empêcher les chrétiens et les musulmans de se rapprocher. Bachir est mort parce qu'il a trouvé comment faire pour vivre ensemble, parce qu'il a rassemblé tous les Libanais », indique-t-il.
L'optimisme ressort également du tweet du président des FL, Samir Geagea, selon lequel « ce qui est juste finit toujours par l'emporter, même après un certain temps ».

Massoud Achkar, lui aussi ancien compagnon de Bachir Gemayel, estime que « mieux vaut tard que jamais ». « Cela fait 35 ans qu'on attend et, aujourd'hui, il y a au moins un jugement clair, même si c'est par contumace », dit-il, avant de se demander : « Pourquoi le jugement n'a-t-il pas été rendu avant ? » « Avec le nouveau président, il est clair que la justice bénéficie d'une couverture politique », estime M. Achkar.

 

(Lire aussi : Affaire Bachir Gemayel : Achrafieh célèbre enfin la victoire de la justice)

 

« L'entrave au travail de la justice »
Mais ce ne sont pas seulement les milieux proches du président assassiné qui se félicitent de la décision de justice. Ainsi, pour l'ancien député Moustapha Allouche (courant du Futur), le verdict dans l'affaire Gemayel donne l'espoir que justice soit rendue pour les autres assassinats politiques, notamment celui de Rafic Hariri. « Il ne fait aucun doute que ce verdict est un exploit pour la justice libanaise. Cette décision montre que nous pouvons nous fier à la justice. Mais le problème principal est que ceux qui commanditent les assassinats courent toujours et, tant qu'ils seront libres, nous seront témoins de plus d'attentats », souligne-t-il.
Même son de cloche du côté de l'ancien ministre de la Justice, Achraf Rifi, pour qui le verdict est « un maillon important dans une lutte qui aboutira sûrement à traduire en justice ceux qui ont tué Rafic Hariri et les martyrs de la révolution du Cèdre ».

Certains anciens adversaires de Bachir Gemayel durant la guerre civile, qui se sont toutefois livrés à une autocritique dans le cadre de la dynamique du printemps de Beyrouth, se félicitent aussi du verdict. Il en est ainsi, par exemple, de l'ancien secrétaire général de la Gauche démocratique Élias Atallah, qui fut autrefois le chef de file du Front national de la résistance à Israël. Pour M. Atallah, la décision de justice constitue un point « positif » qui a « soulagé les familles des victimes ». Avec un bémol toutefois : « Mais on ne peut pas dire pour autant que la justice va bien au Liban. Il y a beaucoup d'autres assassinats qui ont eu lieu, et les criminels vivent probablement parmi nous », déclare-t-il. M. Atallah dénonce ainsi « la mainmise du Hezbollah, qui entrave le travail de la justice ». « Si le verdict a été rendu dans l'affaire Bachir Gemayel, c'est sans doute dans une tentative de blanchir la page de certains responsables et de redynamiser la scène politique chrétienne. Car il va sans dire que l'année écoulée a été une vache maigre pour le mandat Aoun », estime-t-il.

 

(Lire aussi : Assassinat de Bachir Gemayel : Habib Chartouni et Nabil Alam condamnés à mort)

 

Le mutisme du Hezbollah
Le romancier Élias Khoury, autrefois membre du Fateh, est loin de partager le même enthousiasme et le même rapport vis-à-vis des événements passés que son ancien camarade de la Gauche démocratique. Pour lui, toute cette affaire représente « une farce libanaise classique concernant un dossier qui a 35 ans ». « C'est un simulacre de justice », estime-t-il. « Habib Chartouni a été emprisonné pendant plusieurs années sans qu'il ne soit jugé, alors qu'il avait avoué les faits. Tout ce qu'ils ont fait, c'est le tabasser pendant toutes ces années », ajoute-t-il.

Pour M. Khoury, « le verdict rentre dans le cadre d'un jeu interne qui consiste à dire que nous avons un président fort et qui rend justice. Mais, s'il s'agit vraiment de rendre justice, il faut voir si Bachir Gemayel a collaboré avec Israël et le juger lui aussi sur cette base, dans ce cas. S'il ne s'agit pas de justice, c'est alors de la vengeance. Mais que veulent-ils de plus que les 3 000 victimes des massacres de Sabra et Chatila », qui avaient été commis au lendemain de l'assassinat du président élu, se demande-t-il.
Dans le camp pro-Assad, le responsable de l'information au sein du Parti syrien national social, Maan Hamiyé, a dénoncé pour sa part un verdict « inique et truffé d'erreurs légales, qui ôte aux citoyens leur droit de résister à l'occupation et constitue un coup de poignard asséné aux milliers de martyrs et de victimes qui sont tombés dans les rangs de la résistance face à l'occupation ».

Toujours sur Twitter, l'ancien directeur de la Sûreté générale, Jamil Sayyed, a critiqué le jugement émis par la Cour de justice : « Bachir Gemayel a ordonné l'assassinat de Tony Frangié ! Quelle justice ! » a-t-il écrit.
Contacté par L'Orient-Le Jour, le député Nawar Sahili (Hezbollah) s'est refusé, quant à lui, à tout commentaire.

 

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Sarkis Serge Tateossian

Ce verdict, il le fallait. Oui tous les assassinats méritent une justice, méritent d'être élucidés et encore plus quand il s'agit des dirigeants comme Rafic Harriri et hélas tous les autres. Le sort dun simple soldat anonyme, inconnu, reste une priorité pour une nation.
Mais n'oublions pas que Bachir Gemayel avait été élu président et à ce titre il y avait une nécessité d'une sentence.

On sait que ce jugement peut servir à accélérer le dossier sur d'autres plans plus importants (les commanditaires), mais en même temps certains qui attendaient légitimement des réponses à l'assassinat de leur proche peuvent trouver la justice, pratiquer le deux poids, deux mesures.

Enfin maintenant que la justice est prononcé sur la culpabilité des deux assassins, ce fait, ne va pas finalement officialiser la reprise de dialogue entre l'État libanais et syrien afin de demander l'extradition des condamnés ?
Il est possible !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LÀ OU IL Y DEUX LIBANAIS IL Y A QUATRE AVIS !

gaby sioufi

voyons voir un peu: seuls qqs partisans du parti psns assassin etaient excites a manifester hier. POURQUPI pas les autres de la moumanaa ?

j'espere- de tt coeur- que malgre tous les actes dont on les accuse- ils ont eut la pudeur de ne pas donner d'avis positif soit il( DIFFICILE ) ou negatif, meme si la chaine manar a tu la nouvelle en entier- a moins que je ne trompe -

RESTE a intenter proces au parti psns lui meme complice implique et confirme par eux memes les psns,
jreissati a ne serait ce qu'essayer SERIEUSEMENT a rapatrier les 2 assassins en vue de faire executer la sentence.

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