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Bachir Gemayel : retour sur sa vie, son parcours, son héritage

Repère

Retour sur le parcours de Cheikh Bachir, dont l'héritage politique perdure encore.

20/10/2017

Le 14 septembre 1982, Bachir Gemayel, élu président de la République 22 jours plus tôt, est assassiné peu après 16 heures dans une explosion qui détruit les locaux de la permanence du parti Kataëb dans le quartier beyrouthin d'Achrafieh. L'attentat coûte la vie au fondateur des Forces libanaises et à 23 autres personnes.  

Vendredi 20 octobre 2017, la Cour de justice, présidée par Jean Fahd, condamne à mort Habib Chartouni, militant du Parti syrien national social (PSNS, pro-Assad), et Nabil Alam, ancien haut responsable du PSNS, pour l'organisation et l'exécution de cet assassinat.

Retour, 35 ans après sa mort, sur la vie de Cheikh Bachir, dont l'héritage politique perdure jusqu'à aujourd'hui.

 

 

Un enfant de la guerre

Né à Beyrouth le 10 novembre 1947, Bachir est le benjamin des six enfants de Pierre Gemayel, le président et fondateur du parti Kataëb en 1936, qui élève sa famille dans son fief de Bikfaya, dans le Metn.

Il effectue ses études scolaires au collège Notre-Dame de Jamhour puis à l'Institution moderne du Liban, à Fanar où il enseignera, par la suite, l'éducation civique pendant trois ans. Il intègre ensuite l'Université Saint-Joseph à Beyrouth où il obtient un premier diplôme en droit en 1971 et un second, en sciences politiques, deux ans plus tard. Au début des années 70, Bachir Gemayel décroche aussi un diplôme en droit américain et international de l'université de Dallas, au Texas.

Son engagement militant débute durant l'adolescence, lorsqu'il intègre la section estudiantine des Kataëb, dont il présidera la branche de l'Université Saint-Joseph. Au sein du parti chrétien, Bachir Gemayel forge ses convictions dans la seconde moitié des années 60, période marquée par la Guerre des Six jours (1967) et la montée des tensions entre les fedayins palestiniens et leurs soutiens libanais d'un côté, et la droite maronite de l'autre. Point d'orgue de cette période, son enlèvement à Dékouané en 1970 par des militants palestiniens. Il sera relâché au bout de huit heures dans le camp palestinien de Tall el-Zaatar.

 


Bachir Gemayel, le 13 avril 1979. Photo d'archives OLJ

 

Fondateur des FL

A son engagement politique s'ajoute une formation militaire qu'il acquiert au sein des milices phalangistes. Un an après avoir été nommé vice-président de la section des Kataëb à Achrafieh, son deuxième fief, Bachir Gemayel fonde en 1974 le groupe "B.G.", composé d'étudiants prêts à prendre les armes face aux forces palestiniennes. La guerre civile éclatera l'année suivante.

En 1976, il prend la tête du conseil militaire des Kataëb après la mort de l'un de ses mentors, William Hawi, tué lors de la bataille de Tall el-Zaatar (entre des combattants palestiniens et des milices chrétiennes). Bachir Gemayel unifie alors dans le sang plusieurs milices chrétiennes et crée les Forces libanaises dont il prend la direction. Il s’impose par la force comme chef du camp chrétien dans la guerre qui fait rage face aux milices palestiniennes de Yasser Arafat, au prix de féroces batailles. Les Marada attribuent aux FL le massacre d'Ehden, au Liban-Nord, en 1978, au cours duquel Tony Frangié et sa famille sont assassinés.

En 1977, Bachir épouse Solange Toutounji dont il aura trois enfants. La petite Maya, née un an plus tard, est tuée en 1980 dans l'explosion d'une voiture piégée visant son père. La même année naît sa deuxième fille, Youmna. Son fils Nadim naît le 1er mai 1982.

 


Bachir Gemayel lors d'une conférence de presse, le 16 février 1981. Photo d'archives OLJ

 

Président des 10 452 km2

La gueule d'ange, le charisme et les discours enflammés de Bachir Gemayel forgent la légende de ce soldat politique qui portera l'étendard de la défense des 10 452 km2 du territoire libanais.

Pour ses partisans, Bachir Gemayel est le symbole de la résistance à la présence palestinienne et à l'armée syrienne, entrée à l'origine au Liban en 1978, pour soutenir l'effort de guerre contre les Palestiniens, avant de devenir une force d'occupation. Ses opposants lui reprochent son alliance avec Israël qui lance en 1982 une vaste intervention militaire contre le Liban. Reconnu comme interlocuteur par les États-Unis, Bachir Gemayel ouvre le dialogue avec les pays arabes pour mettre un terme à cette guerre. Soutenu par plusieurs capitales, il est élu le 23 août de la même année président de la République libanaise. Il sera assassiné avant même son entrée en fonction.

Deux jours après son assassinat, un massacre est perpétré contre deux camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth-Ouest, Sabra et Chatila. Entre le 16 et le 18 septembre, les deux camps sont encerclés par l'armée israélienne qui laisse les milices chrétiennes y pénétrer afin d'en extraire des combattants palestiniens présumés. Lors de cette opération, au moins un millier d'hommes, de femmes et d'enfants, voire 2 000 selon certaines sources, sont assassinés dans des conditions atroces et près de 500 autres disparaissent sans laisser la moindre trace.

 


La une de L'Orient-Le Jour, le 24 août 1982

 

 


Bachir Gemayel à la sortie de sa sortie de sa voiture, le 24 août 1982

 

 


La une de L'Orient-Le Jour le 15 septembre 1982

 

Le procès

Habib Chartouni, un militant du PSNS qui habite au-dessus de la permanence des Kataëb à Achrafieh, reconnaît avoir planifié et commandité l'attentat avec l'aide d'un autre responsable du parti, Nabil Alam. Chartouni sera détenu à la prison de Roumieh avant d'être libéré en 1990 par l'armée syrienne qui occupait alors le Liban. Il est, depuis, en cavale. Selon certaines rumeurs, il serait réfugié en Syrie. Un acte d'accusation est émis à son encontre en 1996.

Face aux lenteurs de la justice, le député Nadim Gemayel dépose en 2012 une demande d'ouverture d'un procès auprès de la Cour de justice, tribunal d'exception dont les jugements sur les crimes portant atteinte à la sécurité intérieure de l'État sont sans appel et devant lequel les dossiers déférés sont considérés comme imprescriptibles.

Le procès s'ouvre le 25 novembre 2016. Le 3 mars, la Cour décide de juger Habib Chartouni par contumace. Le 28 avril, Nabil Alam, qui ne s'était pas présenté à la barre, est, lui, déchu de ses droits civiques et dessaisi de la gestion de ses biens.

Ultime provocation : à la veille du verdict de la Cour de Justice, Habib Chartouni accorde une interview explosive au quotidien al-Akhbar. Dans ce brûlot, le militant du PSNS qualifie le procès achevé de "jugement politique", sans toutefois nier avoir commis le meurtre de Bachir Gemayel ni même verser une larme sur les dizaines d'autres personnes mortes aux côtés du président élu dans l'explosion d'Achrafieh.

Vendredi 20 octobre 2017, le verdict tombe : Habib Chartouni et Nabil Alam sont condamnés à mort, par contumace.


La famille Gemayel, dont le nom reste accolé aux Kataëb, a survécu politiquement à l'assassinat de Bachir. Son fils, Nadim Gemayel, député d'Achrafieh depuis 2009, a succédé à sa mère, Solange, qui avait été élue pour ce siège en 2005. Le neveu de Bachir, Samy Gemayel a pris la présidence du parti, succédant à son père, Amine, qui avait succédé à son frère à la tête de l'Etat libanais en 1982. Pierre, frère de Samy et lui aussi neveu de Bachir donc, a été assassiné en novembre 2006 alors qu'il occupait le poste de ministre de l'Industrie.

 

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Irene Said

Chez nous, au Liban, on a depuis toujours éliminé ceux qui oeuvraient sincèrement pour édifier un pays digne de ce nom, même si parfois ils ont fait des erreurs.

Si le Liban devient effectivement indépendant, prospère et respecté de tous, y-compris de la part de nos voisins belliqueux au Sud...certains qui se targuent de "résister" n'auront plus de raison d'être.
C'est une des raisons d'avoir éliminé Bachir Gemayel. Son patriotisme 100 % libanais ne convenait pas à ceux qui depuis toujours n'existent que par leur allégeance à d'autres puissances.
Et nous constatons en 2017 que certains Libanais n'ont toujours pas appris les leçons de notre histoire...
Irène Saïd


L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JUSTICE SEULEMENT NE SUFFIT PAS ! IL FAUT METTRE LA MAIN SUR LES ASSASSINS ET LES COMMANDITAIRES...

Antoine Sabbagha

La justice vaut mieux que l’adoration. Wait and see.

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