Liban

Affaire Bachir Gemayel : Achrafieh célèbre enfin la victoire de la justice

Liban

« Le verdict a condamné tout un appareil qui a assassiné nos martyrs et envahi le pays », estime Nadim Gemayel.

21/10/2017

Habib Chartouni et Nabil Alam (membres du Parti syrien national social) ont été condamnés à mort pour avoir assassiné l'ancien président de la République Bachir Gemayel et 23 autres personnes, le 14 septembre 1982. Justice est ainsi rendue aux parents et proches, mais aussi aux familles des victimes appartenant à la même ligne politique. À son tour, le quartier d'Achrafieh qui a témoigné des débuts de Bachir dans le domaine politique peut enfin célébrer cette victoire. Même si 35 ans se sont écoulés depuis la disparition de ce président élu au charisme sans égal, porteur d'un rêve qui a rassemblé autour de sa personne des Libanais désireux de voir le « Liban des 10 452 kilomètres carrés » souverain et indépendant.

Ainsi, après plus de trois décennies d'attente marquées d'atermoiements, des centaines de partisans des Kataëb et des Forces libanaises (fondées par Bachir Gemayel en 1980) – en dépit des divergences observées actuellement entre les deux partis – ont répondu favorablement à l'appel lancé par Nadim Gemayel, fils du président assassiné. Ils se sont rassemblés place Sassine à Achrafieh pour célébrer cette victoire et rendre hommage à Bachir, idole de toute une génération de Libanais.

 

(Lire aussi :  L'acte fondateur derrière l'inculpation de Chartouni)

 

Sur les lieux du rassemblement, tout rappelait le président assassiné. Ses discours, dont notamment celui prononcé à la suite de son accession à la tête de l'État, ainsi que les chansons et hymnes dédiés à sa mémoire. Parmi ceux-ci, il y a bien entendu « Waad ya Lebnan » (Nous te promettons, Liban), de Pascale Sakr, devenu au fil des années un des principaux slogans des partisans des Kataëb et des FL.
Lors de la cérémonie officielle, c'est un parterre de personnalités politiques qui ont entouré Nadim Gemayel, sa mère Solange et sa sœur Youmna. Il s'agit notamment du chef des Kataëb, Samy Gemayel (neveu de Bachir Gemayel), des ministres d'État à la Planification, Michel Pharaon, des Affaires sociales, Pierre Bou Assi, et des Affaires de la femme, Jean Oghassabian, ainsi que les anciens ministres Sejaan Azzi et Nicolas Sehnaoui. Mais c'est surtout le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, qui a créé la surprise en se rendant à la cérémonie. Une façon pour le chef du courant aouniste de mettre en exergue le fait que le verdict a été prononcé sous le mandat Aoun, qui affirme lutter pour un pouvoir judiciaire fort, indépendant et capable de trancher les dossiers les plus épineux de l'histoire politique du pays.

À l'heure où les participants à la cérémonie lançaient les slogans habituels tels que « Bachir est toujours vivant en nous », des proches de l'ancien chef de l'État ont pris la parole pour revenir sur son parcours exceptionnel. Après les témoignages de Joseph Toutounji et Amine Abi Salloum (un des survivants à l'attentat du 14 septembre 1982), c'est l'ancien ministre Edmond Rizk qui a pris la parole. « Cette place témoigne du début de l'édification de l'État dont a rêvé Bachir et pour lequel il est tombé en martyr », a-t-il souligné, se félicitant de « la récupération de la justice après 35 ans d'atermoiements ».

 

(Lire aussi : Assassinat de Bachir Gemayel : Habib Chartouni et Nabil Alam condamnés à mort)

 

L'allusion au régime syrien
Nadim Gemayel, quant à lui, s'est voulu beaucoup plus ferme. « Le peuple libanais n'a pas tardé à prononcer son verdict contre les criminels, quelques heures après l'attentat », a-t-il déclaré, estimant qu'aujourd'hui l'État et son pouvoir judiciaire ont affirmé que la résistance luttait pour une cause juste. « Aujourd'hui, nous célébrons la victoire à Achrafieh. À l'avenir, nous ferons de même pour toutes les victimes tombées au nom du 14 Mars », a ajouté le député Kataëb de Beyrouth, avant de poursuivre : « Toutes ces victimes ont été assassinées par le même appareil. Ainsi, la justice n'a pas condamné Chartouni et Alam uniquement, mais aussi tout un appareil qui, pendant trente ans, a assassiné nos martyrs et envahi le pays. » Une allusion à peine voilée au régime syrien.

 

Le message de Gemayel à Machnouk
Interrogé par L'Orient-Le Jour en marge de l'événement, Samy Gemayel s'est félicité du verdict, mais est allé plus loin. Il a exhorté le ministre de l'Intérieur à ne pas rester les bras croisés face à la décision judiciaire. « Il devrait prendre les mesures nécessaires à l'encontre d'un parti qui bénéficie de l'aval de l'État, qui est présent au sein du gouvernement et que la justice a clairement condamné. »
Sejaan Azzi, ancien ministre et proche collaborateur de Bachir Gemayel, quant à lui, s'est contenté d'exprimer, via L'OLJ, sa joie « en ce jour de gloire pour tout le Liban ». Le ministre de l'Intérieur avait d'ailleurs donné ses directives pour que la sécurité soit préservée hier, d'autant que le Parti syrien national social avait lui aussi organisé un rassemblement.

 

(Lire aussi : Retour sur la vie de Bachir Gemayel, son parcours et son héritage)

 

Au-delà de la politique politicienne
Quant aux participants, ils semblent majoritairement conscients de la dimension symbolique de Bachir Gemayel qui dépasse les divergences FL-Kataëb liées à la politique politicienne. « À la faveur de cette logique, Jad Demian, chef du département des étudiants au sein du parti de Samir Geagea, indique à L'OLJ qu'après 35 ans d'attente, « justice a été rendue à Bachir Gemayel, fondateur des FL qui partagent avec les Kataëb la même cause nationale noble ».
Même son de cloche chez Georges Khoury, un cadre Kataëb, rencontré hier place Sassine. « Bachir incarne la mémoire collective chrétienne et libanaise. Il est donc normal de nous voir aux côtés des FL pour célébrer cette victoire », dit-il à L'OLJ.

Après la célébration avec la base partisane et populaire, les membres de la famille Gemayel ont voulu clôturer la journée tant attendue par un geste très symbolique : ils se sont rendus sur la tombe de Bachir Gemayel à Bickfaya, sur laquelle ils ont déposé le verdict de la Cour de justice. Le président assassiné pourra désormais reposer en paix...

 

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Eleni Caridopoulou

Rafic Hariri aussi

Jawhar Rayane

Non non non, la justice sera faite lorsque TOUT les assassins de cette sale guerre civile seront condamnés (c'est à dire toute notre classe politique actuel).

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LA JUSTICE POUR KAMAL JOUMBLATT ET RENE MOUAWAD, POUR NE CITER QUE CES DEUX DONT LES ASSASSINS SONT BIEN CONNUS... A QUAND ?

Antoine Sabbagha

Justice faite , aux libanais de tourner une page blanche ou le dialogue sera roi entre toutes les confessions et partis .

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