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Sous Trump, l'Amérique d'abord mais de plus en plus seule

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"La politique étrangère de Trump a trouvé un thème: la doctrine du retrait", résume le président du centre de recherche Council on Foreign Relations.

OLJ/AFP/Francesco FONTEMAGGI
15/10/2017

La position de Donald Trump sur l'Iran est une nouvelle attaque contre le multilatéralisme qui risque, au nom du slogan "l'Amérique d'abord", d'isoler les Etats-Unis dans le monde et d'affaiblir leur crédibilité.

Les observateurs avaient du mal jusqu'ici à définir la diplomatie du président américain, mettant en avant une absence de cohérence ou le gouffre entre ses paroles enflammées et ses actes.
Mais son discours devant l'Assemblée générale de l'ONU en septembre, dont la "souveraineté" était le leitmotiv, et sa décision annoncée vendredi de ne pas "certifier" l'accord sur le nucléaire iranien cher au reste de la communauté internationale semblent confirmer une tendance esquissée depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier.

"La politique étrangère de Trump a trouvé un thème: la doctrine du retrait", a résumé le président du centre de recherche Council on Foreign Relations, Richard Haass.

L'accord iranien vient s'ajouter à la liste désormais longue des engagements ou organisations internationaux que Washington a quitté ou menacé de quitter: le partenariat transpacifique (TPP), l'accord de Paris sur le climat, l'accord de libre-échange nord-américain (Aléna) et l'Unesco.
Sans surprise, les anciens de l'administration démocrate de Barack Obama sont montés au créneau pour dresser un sombre bilan des neuf premiers mois du président républicain, sans expérience diplomatique avant son élection.

 

(Commentaire : Donald contre Cyrus)



Critiques républicaines
"Une fois de plus, Trump met en doute la capacité des Etats-Unis à tenir ses engagements internationaux", peste Ben Rhodes, qui fut conseiller adjoint à la Sécurité nationale de Barack Obama, en dénonçant "une violation de l'accord" historique conclu en 2015 pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme atomique. "Les autres pays ne vont plus vouloir conclure des accords avec les Etats-Unis, car ils penseront que nous n'allons pas tenir parole."

Et même si le milliardaire républicain n'est pas allé jusqu'à "déchirer" l'accord iranien comme promis, sa "non-certification" ajoutée à la menace d'y mettre fin "à tout moment" vont "affaiblir" et "isoler" Washington ainsi que son alliance avec les Européens tout en renforçant l'Iran, la Russie et la Chine, prévient Wendy Sherman, principale négociatrice américaine du texte.

Mais les démocrates ne sont pas les seuls critiques.
D'anciens hauts diplomates qui ont servi le président républicain George W. Bush ont aussi exprimé publiquement leurs doutes. Richard Haass souligne ainsi une incohérence du discours de Donald Trump, qui ne cesse de dénoncer la "dictature" ou le "régime" iranien, "en suggérant qu'un changement de régime est le but ultime de la politique américaine" alors qu'il clame ne plus vouloir imposer de telles solutions.
Et Nicholas Burns, autre ex-diplomate devenu professeur à l'Harvard Kennedy School, déplore des "erreurs historiques". Les Etats-Unis "se retirent de leur rôle de leader mondial sous Trump", lance-t-il.
Comme lors du retrait de l'accord sur le climat, les Européens font front commun pour défendre le pacte iranien. La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a dénié à Donald Trump le "pouvoir" d'y mettre fin unilatéralement.

Quant au président français Emmanuel Macron, qui affiche volontiers sa complicité avec le magnat de l'immobilier, il s'est clairement démarqué en parlant avec son homologue iranien Hassan Rohani pour le rassurer et "envisager" de se rendre personnellement à Téhéran.

 

(Lire aussi : L'Europe veut jouer les médiateurs entre Téhéran et Washington)



'Ego et idéologie'
"Plus personne ne fera confiance à aucun gouvernement américain pour s'engager dans une négociation sur le long terme", a tonné le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, interrogé samedi sur la chaîne CBS News.

L'ancien secrétaire d'Etat John Kerry, architecte clé de l'accord avec M. Zarif a dénoncé un "dangereux abandon des faits en faveur de l'ego et de l'idéologie".
Donald Trump, a-t-il dit "nous affaiblit, aliène nos alliés, renforce les partisans de ligne dure en Iran, rend plus difficile de résoudre la Corée du Nord et risque de nous emmener vers un conflit militaire". 
Selon Robert Einhorn, de la Brookings Institution, pour venir à la table des négociations, Pyongyang "doit penser que l'Amérique est prête à tenir ses engagements", or la menace d'abandonner l'accord iranien "nuit" à cette perspective.

D'autant que sur la Corée du Nord, l'administration américaine a adopté une stratégie qui passe par l'unité de la communauté internationale, via l'ONU, pour faire pression sur le régime de Kim Jong-Il. Mais "les tweets matinaux" de Donald Trump, qui promet "le feu et la furie" à Pyongyang, "embrouillent les Nord-Coréens, les Américains et nos alliés en Europe et en Asie", disait récemment ce chercheur à l'AFP.
"Trump semble penser que la puissance militaire et économique des Etats-Unis est suffisante pour leur permettre de faire ce qu'ils veulent quand ils veulent", analyse Barbara Slavin, du centre de réflexion Atlantic Council. "Ce qu'il ne comprend pas, c'est que les Etats-Unis sont au faîte de leur puissance quand ils sont à la manoeuvre pour donner vie à un consensus international."

Seuls les détracteurs de l'accord iranien trouvent des bienfaits à la position américaine, saluée par Jérusalem et Ryad, ennemis régionaux de Téhéran, et qui a trouvé un certain écho auprès des centre de réflexion conservateurs et, malgré certaines réserves, auprès des élus républicains du Congrès.

 

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Marionet

Sauf erreur de ma part, Jérusalem n'est pas (encore) la capitale d'Israël. Certains, à l'AFP, vont bien faire plaisir à Netanyahu...

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