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Moyen Orient et Monde

L’Europe veut jouer les médiateurs entre Téhéran et Washington

Nucléaire iranien

Alors que les États-Unis pourraient s'acheminer vers un renforcement des sanctions contre Téhéran, l'Europe semble plus déterminée que jamais à assurer la survie de l'accord sur le nucléaire et de ses investissements en Iran.

14/10/2017

Le président français Emmanuel Macron « envisage » de se rendre en Iran, a annoncé hier l'Élysée, ce qui serait la première d'un chef d'État ou de gouvernement français à Téhéran depuis 1971. Une annonce faite peu après les déclarations virulentes du président Donald Trump au sujet de l'accord sur le nucléaire iranien.
« L'accord fonctionne et tient ses promesses », a déclaré, de son côté, Federica Mogherini, patronne de la diplomatie européenne, peu après le discours de M. Trump hier soir, au cours duquel il a annoncé qu'il ne certifierait pas l'accord sur le nucléaire et a appelé à de nouvelles sanctions contre les Gardiens de la révolution. fLa France, l'Allemagne et le Royaume-Uni se sont, en outre, dit « fermement attachés » à l'accord et sa mise en œuvre totale, dans un communiqué commun. Mais ils ont nuancé ce qui pourrait apparaître comme un front commun dressé face à M. Trump, en disant « partager les préoccupations » des États-Unis sur le programme de missiles balistiques iranien. Paris, Londres et Berlin seraient « prêts à prendre de nouvelles mesures adéquates » à ce sujet, assurait le communiqué, indiquant possiblement une volonté de trouver un consensus entre les positions des gouvernements Trump et Rohani.

 

(Lire aussi : Les principaux points du discours de Donald Trump sur l'Iran)

 

Intensification des efforts
Alors que le Congrès américain dispose de 60 jours pour décider quelles formes prendront les sanctions promises par Trump, « la guerre du lobbying va s'intensifier », prévient Ali Fathollah-Nejad, chercheur associé à l'Association allemande pour les Affaires étrangères. « Les nombreuses visites de délégations européennes à Washington ont permis de modérer la position de l'administration. Maintenant, ils vont devoir redoubler d'efforts pour défendre leurs intérêts économiques » en Iran, ajoute-t-il. Car plusieurs entreprises européennes sont implantées dans la République islamique et pourraient perdre gros avec le renforcement des sanctions sur les pasdaran, qui contrôlent de larges pans de l'économie iranienne.


En juillet, Total signait un accord de 5 milliards de dollars avec l'Iran. Quelques semaines après, l'allemand Siemens consacrait 1,6 milliard à la modernisation du réseau ferroviaire iranien. Renault, Peugeot et Airbus sont aussi de la partie. Toutes ces entreprises devront temporiser en attendant la décision du Congrès américain, voire même quitter l'Iran, si le risque de travailler avec les gardiens de la révolution, et donc de tomber sous le coup des sanctions américaines, devient trop grand. Au grand dam des Européens, pour qui l'ouverture de l'économie iranienne offrait des opportunités juteuses. Mais peuvent-ils s'opposer aux sanctions unilatérales américaines ? « Ils en ont la possibilité et l'ont déjà utilisée de par le passé, même s'il est peu probable qu'on en arrive là », analyse Sina Toosi, chercheur émérite au Programme pour les sciences et la sécurité internationale à l'université de Princeton. Entre 1996 et 2001, face à des sanctions américaines en Libye et en Iran, qui menaçaient des entreprises européennes, l'UE avait menacé de saisir l'Organisation mondiale du commerce. Les États-Unis avaient alors reculé et trouvé un compromis qui épargnait les intérêts économiques du Vieux Continent.

 

(Commentaire : Donald contre Cyrus)


Alors que le président iranien Hassan Rohani a promis d'accélérer son programme balistique, en réponse aux menaces de son homologue américain, les efforts diplomatiques européens se dirigeront aussi vers l'Iran, comme le laisse deviner la déclaration commune de Berlin, de Londres et de Paris. Les pays de l'E3 (les trois pays européens qui ont participé aux négociations sur le nucléaire iranien) disent attendre de l'Iran « qu'il s'engage dans un dialogue constructif pour cesser les actions de déstabilisation et œuvrer en vue de solutions négociées ». La visite « envisagée » de M. Macron et celle prévue prochainement de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian illustrent l'inquiétude des Européens, qui craignent que les faucons iraniens n'enveniment davantage la situation et ne mènent à une sortie de l'Iran de l'accord nucléaire. « L'UE va utiliser ses bonnes relations avec le gouvernement Rohani pour demander à l'Iran de réagir de manière modérée, comme cela a été le cas ces dernières semaines », analyse Sina Toosi. En faisant pression sur l'Iran pour calmer les tensions autour du programme de missiles balistiques, l'Europe espère sans doute pouvoir convaincre l'administration Trump de respecter les intérêts européens en Iran, s'investissant comme médiatrice.
Mais elle continuera de défendre une position ferme face aux États-Unis.


Hier soir, Federica Mogherini a nié « la possibilité de rouvrir ou de négocier une partie ou une autre de l'accord ». « Le président des États-Unis a beaucoup de pouvoirs, (mais) pas celui » de mettre fin à cet accord « à tout moment », comme il l'a affirmé, a-t-elle martelé. Avant de réitérer sa volonté d'œuvrer au respect de l'accord, quels que soient les desiderata américains. Car, pour l'Europe, l'accord nucléaire « est bien plus qu'une opportunité économique », comme l'a écrit le site d'information en ligne Politico le 10 octobre : « L'accord a abouti à un rare moment d'unité européenne sur la scène internationale. » Les pays européens avaient été les premiers, en 2003, à lancer le processus de négociation qui a abouti en 2015 à l'accord de Vienne. Sina Toosi confirme l'importance de la position européenne. Selon lui, l'Europe « devient de plus en plus sûre d'elle », alors que le fossé qui sépare le Vieux Continent du Nouveau se creuse, sur des sujets tels que le climat.


« Le poids et l'influence américains seront dans tous les cas fortement affectés par la décertification de l'accord », estime Daniel Brumberg, directeur des études de gouvernance et de démocratie à Georgetown University : « Les États-Unis se retrouveront isolés sur le plan international et auront bien plus de mal à négocier de futurs accords avec l'UE. Il est risqué de se mettre à dos leur principal allié, l'Europe. »

 

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