Analyse

Donald contre Cyrus

Un Iranien suit, à Téhéran, le discours de Donald Trump. Yazdi/TIMA via REUTERS

Pour Barack Obama, la conclusion de l'accord nucléaire avec l'Iran en juillet 2015 était à la fois une assurance et un pari. L'assurance de geler le programme nucléaire iranien pendant au moins dix ans. Le pari que le retour de Téhéran au sein du concert des nations l'obligerait, peu à peu, à modifier son comportement et à privilégier une logique de coopération au Moyen-Orient.


Le pari est, pour l'instant, perdu. L'assurance, elle, ne tient plus qu'à un fil. Certes, son successeur, Donald Trump, a fini par mettre un peu d'eau dans son vin. Alors qu'il promettait initialement de « déchirer l'accord », il s'est contenté hier de le décertifier, renvoyant ainsi la balle au Congrès. Le 45e président des États-Unis a cédé à la pression de sa propre administration, qui craignait qu'une sortie unilatérale de l'accord affecte durablement la crédibilité de Washington sur la scène internationale. Mais il n'a pas pour autant renoncé à sa volonté, quasi obsessive, de détruire le principal héritage diplomatique de son prédécesseur.

 

(Lire aussi : Les principaux points du discours de Donald Trump sur l'Iran)


Barack Obama avait fait de la signature de cet accord son principal objectif diplomatique au Moyen-Orient. Quitte à rester relativement passif face aux interventions de Téhéran dans les conflits de ses voisins. Quitte à se mettre à dos ses deux principaux alliés dans la région, Israël et l'Arabie saoudite. Et quitte à refuser toute confrontation militaire avec l'Iran, particulièrement en Syrie. Dans l'esprit de l'ex-président américain, l'accord nucléaire et la politique iranienne au Moyen-Orient devaient rester deux dossiers distincts, bien que la conclusion du premier aurait dû permettre, à terme, de favoriser la stabilité et la paix régionale.


Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'esprit de son successeur apparaît un peu plus... confus. Multipliant les menaces contre l'Iran, accusé d'être la principale source du terrorisme, Donald Trump abuse d'une rhétorique belliciste qui rappelle les heures de l'administration Bush et fait le bonheur des Israéliens comme des Saoudiens. Le locataire du bureau Ovale veut clairement mettre la République islamique au pas et endiguer ses « actions déstabilisatrices » au Moyen-Orient. Mais il semble pourtant incapable, du moins pour l'instant, d'élaborer une stratégie claire qui puisse permettre d'atteindre ses objectifs.


Pour l'heure, « le Donald » aboie, mais ne mord pas. Certes, il a renforcé les sanctions contre les gardiens de la révolution et veut désormais en faire de même concernant l'utilisation par Téhéran des missiles balistiques. Mais son discours a pour principal effet de conforter les conservateurs iraniens dans leurs convictions sans pour autant affaiblir l'Iran sur la scène régionale. Le président américain fait le jeu des durs et isole les plus modérés.


Il dit vouloir endiguer la menace iranienne au Moyen-Orient mais explique, dans le même temps, que les États-Unis n'ont rien d'autre à faire en Syrie que de combattre l'État islamique, laissant entendre que l'administration américaine n'a pas l'intention de s'investir davantage pour briser l'autoroute chiite, qui relie Téhéran à la Méditerranée, via l'Irak, la Syrie et le Liban, et qui constitue le cœur du projet iranien dans la région.


Donald Trump préfère s'en prendre à l'accord nucléaire, qu'il menaçait encore hier de quitter à tout moment. Mais ses diatribes contre ce succès diplomatique ne contribue qu'à l'isoler vis-vis de ses alliés et à conforter les options radicales de ses ennemis, comme la Corée du Nord.


S'il le dit dans des termes beaucoup plus excessifs, Donald Trump n'a pas tort de considérer que l'accord entre l'Iran et les 5+1 n'est pas parfait. Il ne règle pas la question, pourtant centrale, du rôle de l'Iran dans la région. Il a, au contraire, donné une sorte de carte blanche à l'Iran, dont les leaders traitent aujourd'hui des questions régionales avec ce qui donne l'impression d'être un sentiment d'impunité et une forme d'arrogance. Mais il n'était probablement pas possible d'obtenir un meilleur accord. Hier comme aujourd'hui, il n'y a qu'une alternative à cet accord : soit un Iran nucléarisé, soit la guerre. Pas les scénarios les plus adéquats pour favoriser la stabilité et la paix dans la région...

 

Repère

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Pour Barack Obama, la conclusion de l'accord nucléaire avec l'Iran en juillet 2015 était à la fois une assurance et un pari. L'assurance de geler le programme nucléaire iranien pendant au moins dix ans. Le pari que le retour de Téhéran au sein du concert des nations l'obligerait, peu à peu, à modifier son comportement et à privilégier une logique de coopération au...

commentaires (2)

Donald Trump se joue de tout le monde Donald Trump joue avec tt le monde Donald Trump fait de sorte a mettre tt le monde mal a l'aise Donald Trump fait expres de les tenir tous en haleine Donald Trump est tout sauf imbecile ou incapable Donald Trump profite de ces etats de faits mentionnes ci-haut pour voir venir... en attendant qu'il se decide a vraiment decider.

gaby sioufi

12 h 58, le 14 octobre 2017

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Commentaires (2)

  • Donald Trump se joue de tout le monde Donald Trump joue avec tt le monde Donald Trump fait de sorte a mettre tt le monde mal a l'aise Donald Trump fait expres de les tenir tous en haleine Donald Trump est tout sauf imbecile ou incapable Donald Trump profite de ces etats de faits mentionnes ci-haut pour voir venir... en attendant qu'il se decide a vraiment decider.

    gaby sioufi

    12 h 58, le 14 octobre 2017

  • APRES L,ACCORD NUCLEAIRE... QUI N,ANNULE PAS L,ARME ATOMIQUE MAIS LA RETARDE DE DIX ANS, ET LA LEVEE DES SANCTIONS ETOUFFANTES... AUCUNE BONNE VOLONTE DE PAIX DANS LA REGION NE FUT PALPABLE DU COTE IRANIEN MAIS LE CONTRAIRE... CA LUI A DONNÉ DU VENT AUX AILES !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 56, le 14 octobre 2017