Le logo de l'Unesco sur une grille de ses locaux à Paris, le 12 octobre 2017. AFP / JACQUES DEMARTHON
Les Etats-Unis, rejoints par Israël, ont annoncé jeudi leur retrait de l'Unesco, l'accusant d'être anti-israélienne, au moment même où l'institution, en perte de vitesse, s'apprête à élire son prochain directeur général.
L'actuelle directrice générale de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, la Bulgare Irina Bokova, a dit "regretter profondément" la décision américaine, annoncée la première, à ses yeux préjudiciable au multilatéralisme.
Des regrets partagés par la France, qui héberge le siège de l'Unesco, par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres qui souligne "le rôle majeur des Etats-Unis à l'Unesco depuis sa fondation" en 1946, et par Moscou qui a déploré "une triste nouvelle".
Quelques heures après l'annonce américaine, Israël a à son tour annoncé son prochain retrait de l'institution, la qualifiant de "théâtre de l'absurde où l'on déforme l'histoire au lieu de la préserver". "Nous entrons dans une nouvelle ère aux Nations unies, celle où, quand on pratique la discrimination contre Israël, il faut en payer le prix", a déclaré dans un communiqué Danny Danon, ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU.
Le feu couve pourtant depuis des années sur fond de positions controversées de l'Unesco sur Jérusalem et Hébron défendues par les pays arabes. En 2011, l'admission de la Palestine au sein de l'Unesco a accentué la crise et entraîné la suspension des contributions financières d'Israël et des Etats-Unis, égales à plus de 20% du budget de l'agence.
En juillet dernier, ces derniers avaient d'ailleurs prévenu qu'ils rééxaminaient leurs liens avec l'Unesco, qualifiant d'"affront à l'histoire" la décision de l'organisation de déclarer la vieille ville de Hébron, en Cisjordanie occupée, "zone protégée" du patrimoine mondial. Une décision qualifiée de "délirante" par Israël, qui a salué jeudi le retrait américain : "nous entrons dans une nouvelle ère aux Nations unies, celle où, quand on pratique la discrimination contre Israël, il faut en payer le prix".
Après son retrait, qui ne sera effectif que fin 2018 conformément aux statuts de l'Unesco, Washington souhaite y demeurer observateur. "Cette décision n'a pas été prise à la légère et reflète les inquiétudes des Etats-Unis concernant l'accumulation des arriérés à l'Unesco, la nécessité d'une réforme en profondeur de l'organisation, et ses partis pris anti-israéliens persistants", a expliqué le Département d'Etat dans un communiqué.
Pour François Heisbourg, conseiller de la Fondation de la recherche stratégique (FRS), "c'est une conséquence logique", compte tenu de la position américaine sur la question israélo-palestinienne.
(Pour mémoire : Guterres face à un barrage de critiques israéliennes sur un parti pris de l'ONU)
Cible facile
Un tel retrait n'est pas inédit : il y eut un précédent en 1984, sous Ronald Reagan, alors motivé par l'inutilité supposée et les débordements budgétaires de l'Unesco. Ce n'est qu'en 2002 que les Etats-Unis avaient réintégré l'organisation.
"Relativement petite", "ne touchant pas des intérêts vitaux", "l'Unesco est une cible plus facile que d'autres" et "par ailleurs, elle est allée plus loin que les autres organisations du système des Nations unies en termes de reconnaissance de l'Autorité palestinienne", note M. Heisbourg.
Les annonces américaine et israélienne interviennent alors que l'élection hautement politique du successeur d'Irina Bokova entre dans une phase décisive, cristallisant d'autres tensions dans cette organisation en mal de réformes et de consensus. Et qui doit faire avec les arriérés de contribution de ses membres.
Lors d'un quatrième tour de vote jeudi soir, les 58 pays membres du Conseil exécutif ne sont parvenus à désigner qu'un seul des deux finalistes, le Qatari Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari, qui a reçu 22 voix. Arrivées en seconde position ex-aequo avec 18 voix chacune, les candidates française Audrey Azoulay et égyptienne Moushira Khattab devront être départagées vendredi par un nouveau vote, prévu à 12H00 GMT.
Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari ne fait pas l'unanimité parmi les pays arabes, qui ont rompu cette année leurs relations diplomatiques avec Doha. L'Egypte et l'Arabie saoudite notamment s'en inquiètent même s'ils ont largement revendiqué le poste pour leur groupe, qui ne l'a jamais occupé.
En outre, de vieux soupçons d'antisémitisme à l'encontre du candidat qatari ont resurgi ces derniers jours, relayés notamment par le Centre Simon Wiesenthal Europe et la Ligue Anti-diffamation aux Etats-Unis. Il lui est en particulier reproché un silence présumé face à la présence de livres antisémites au cours de foires du livre lorsqu'il était ministre de la Culture.
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Des regrets partagés par la France, qui héberge le siège de l'Unesco, par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres qui souligne "le rôle majeur des Etats-Unis à l'Unesco depuis sa fondation" en 1946, et par Moscou qui a déploré "une triste nouvelle".
Quelques heures après l'annonce américaine, Israël a à son tour annoncé...


L'Unesco censée protéger la Culture du monde semble changer de couleur , triste .
20 h 17, le 12 octobre 2017