La Dernière

Hermès, un printemps de haute école

La Mode

Dans la frénésie de la semaine de la mode parisienne où se donnaient les défilés du printemps-été 2018, la présentation d'Hermès offrait une parenthèse hors du temps. Plutôt que de mode, on y parlait de couleurs et de poésie, de caravanes, de voyage et de vent.

12/10/2017

Palais de Chaillot en ce début d'automne et d'octobre. La porte du théâtre est barrée par un impressionnant videur. À l'extérieur, des invités venus du monde entier, en particulier de l'Extrême-Orient, patientent en offrant aux photographes un véritable défilé « off », spectacle de street-style dont les créateurs feront peut-être leur miel pour les prochaines saisons. À l'ouverture des portes, on est projeté dans un monde parallèle. Le Grand Foyer et son escalier sont habillés de blanc, subtilement quadrillé de lignes de couleurs annonçant la palette de la collection. La salle est dans la même note, blanc cocon. À travers la verrière voilée d'écrans translucides se profile la tour Eiffel. Cette immersion blanche est accompagnée d'une immersion sonore. Une voix récite un monologue de Jarvis Cocker dont on reçoit le livret intitulé Hermès Colours. Noir, marine, aigue-marine, sable, brique (rouge Hermès), prune, rose, le code couleurs est posé, mais les choses sont moins simples qu'il n'y paraît. Les tonalités véhiculent des messages. Noir : « Velouté et chaleureux, comme un souffle à l'oreille. »

Bleu-noir : « Plus noir que minuit (...) Perds-toi dans ses profondeurs encrées. » Bleu trempé : « Quand le bleu n'est-il pas bleu ? Quand il est trempé. » Ficelle : « Un fil conducteur. Suis-le jusqu'à la lumière du soleil. » Rouge H : « Te monte à la tête si tu le regardes trop longtemps/ Juste un coup d'œil/ Juste une gorgée/ Tes yeux dans les miens. » Ultraviolet : « Mûris au soleil/ Prêts à exploser/ Gorgés de sucre. » Rose granit : « Dur sous les doigts/ Doux pour les yeux/ Une douce musique/ Si une rose avait un souffle/ Cette couleur serait la sienne. »

 

(Lire aussi : Les trésors d'un artiste chez Hermès)

 

 

À la croisée de Margiela et Bartabas
Annoncée dans cette atmosphère particulière, entre fête et méditation, la sobriété de la collection surprenait à peine. Beaucoup de rayures, le décor donnait déjà la note. On parle de tartan, mais ces tissus printaniers évoquent plutôt la fraîcheur du madras et nous entraînent, entre capes, références à l'équitation et détails fluides et flottants, dans une fière cavalcade par monts et merveilles, au-delà de toute frontière connue. Pour réaliser ce sortilège, la créatrice Nadège Vanhée-Cybulski a visiblement puisé avec une jubilation communicative dans le patrimoine d'Hermès, entre cartons d'archives et secrets d'atelier. L'exercice des rayures, périlleux s'il en est, est résolu avec une belle maîtrise. L'inspiration marine sur des pulls en maille est joliment réinventée avec des séparations fines et des effets optiques. Ailleurs, le tissage se fronce et produit un effet de rayonnement solaire. Les hauts, souvent des chemisiers amples et nonchalants, impriment leur fluidité à une silhouette d'amazone ou de cavalière nomade enveloppée de camaïeux sable.

Le traitement des peaux, somptueux comme il peut l'être chez Hermès, maison sellière après tout, confère à la collection cette impression de grand luxe à peine camouflée par la simplicité de l'ensemble. Entre un blouson ultraviolet en nubuck et une combinaison de la même matière équipée d'une large poche-ceinture clippée, une jupe en cuir terminée par de larges bandes entrelacées pour plus de souplesse, une cape inspirée d'une couverture de cheval avec des détails en boucle de ceinture, des pulls et cardigans en maille texturée et des pantalons-jupes de gaucho d'une remarquable élégance, on n'a pas besoin de ce rappel, sur certains chemisiers, du célèbre motif Grand Manège pour reconnaître l'ADN de la maison. Martin Margiela est bien passé par là, laissant sa touche haute couture déjantée sur la rigueur des coupes et la sobriété des effets. À cela s'ajoute une irrésistible évocation de l'odeur fauve des haras mêlée à celle du foin et de la terre mouillé qui, au printemps, invite aux cavalcades dans les clairières. Quand Nadège Vanhée-Cybulski sort des coulisses et traverse la salle presque en courant, on a l'impression d'avoir assisté à un ballet équestre, mais sans chevaux, d'une grâce que n'aurait pas désavouée Bartabas en son Académie de Versailles où dansent les montures de haute école. Il y a avant tout de la noblesse dans cette collection tout en retenue.

 

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