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Santé

Sclérose en plaques : traiter tôt pour arrêter l’activité de la maladie

Neurologie

Une prise en charge précoce de la pathologie permet au patient de préserver son indépendance fonctionnelle.

Nada MERHI | OLJ
07/10/2017

Fourmillement aux jambes et aux bras, fatigue chronique inexpliquée, difficulté à marcher, baisse de la vision, paralysie d'un ou de plusieurs membres, sensation d'une décharge électrique... La sclérose en plaques est une maladie dont la prévalence augmente dans le monde. Selon l'Organisation mondiale de la santé, elle touche quelque 2,5 millions de personnes dans le monde, davantage les femmes que les hommes. La majorité des cas apparaissent chez les personnes jeunes entre 25 et 35 ans. Au Liban, la maladie touche 50 personnes sur 100 000 contre 24 sur 100 000 en l'an 2000. Ils seraient ainsi près de 2 500 à souffrir de la sclérose en plaques (SEP).

La SEP est une maladie auto-immune du système nerveux central (SNC). « Le dérèglement du système immunitaire de l'organisme déclenche une réaction inflammatoire par activation erronée de certaines cellules immunitaires incriminées qui s'attaquent aux tissus sains et aux neurones dans le cerveau et la moelle épinière », explique à L'Orient-Le Jour le Dr Souheil Gebeily, chef du département de neurologie à la faculté des sciences médicales et membre du bureau de direction du Centre de recherche en neurosciences de l'Université libanaise.

« Initialement, on pensait à tort que ce processus auto-immun détruisait électivement la myéline du SNC, c'est-à-dire la substance blanche qui enveloppe les fibres nerveuses », poursuit-il, en marge d'une conférence sur les avancées thérapeutiques dans la prise en charge de la sclérose en plaques, organisée récemment par les laboratoires Merck.

« En fait, ce processus inflammatoire détruit aussi bien la myéline dans la substance blanche que les cellules nerveuses dans la substance grise, en particulier les neurones et leurs axones qui dégénèrent lors de chacune des poussées inflammatoires qui caractérisent la SEP, ajoute le Dr Gebeily. Des épisodes récurrents de déficits neurologiques divers surviennent alors. Dans les formes dites rémittentes, qui sont les plus fréquentes, le déficit neurologique est souvent réversible dans la phase initiale de la maladie. Les lésions de la myéline et des axones interrompent transitoirement la conduction nerveuse du cerveau et de la moelle vers les autres parties du corps. Au cours de l'évolution de la maladie, ce déficit neurologique finira par s'installer. On parle alors de formes secondairement progressives de la SEP, par opposition aux formes primitivement progressives, qui sont moins fréquentes et qui constituent environ 15 % des formes de la SEP. »

 

(Pour mémoire : Journée médico-scientifique contre la sclérose en plaques)

 

Meilleure connaissance de la maladie
« Depuis plus d'une décennie, l'incidence et la prévalence de la maladie ont augmenté sensiblement dans le monde, même chez les enfants, constate le Dr Gebeily. Il y a une vingtaine d'années, la SEP touchait en fait près de 2 % des enfants, aujourd'hui elle touche 5 à 8 % d'entre eux. »

Et d'ajouter : « Depuis les premières descriptions de la maladie par Jean-Martin Charcot en 1868, la SEP reste une maladie complexe aux causes mal connues. Toutefois, les avancées scientifiques récentes nous ont permis de mieux connaître les processus immunologiques et inflammatoires qui y sont impliqués. Les études ont permis en fait d'identifier plusieurs facteurs intriqués. Plusieurs hypothèses ont ainsi été soulevées, mettant en cause à la fois des facteurs environnementaux, les prédispositions génétiques individuelles et le rôle probable d'un agent infectieux initial. Au nombre des facteurs environnementaux, figure la carence en vitamine D.

Selon les études, les populations qui en sont déficitaires ont plus de risques de développer la SEP en comparaison à d'autres zones moins ensoleillées. Ainsi, il est classique de noter que la prévalence et l'incidence de la maladie sont nettement plus élevées dans les zones nordiques du globe. Bien que le Liban soit très ensoleillé, la carence en vitamine D est fréquemment rapportée. Cela est principalement dû à une malabsorption d'origine métabolique et biogénétique de la vitamine D. »

D'autres études géo-épidémiologiques sur les migrations de populations entre des zones à prévalence inégale de SEP soulignent « l'existence d'un facteur de risque lié à l'âge qui dépend d'un facteur environnemental », note le Dr Gebeily. Ainsi, « les immigrants venant de zones à haute prévalence porteront le même risque de développer la SEP que dans leur pays d'origine s'ils émigraient après l'âge de 15 ans, et inversement, s'ils émigraient avant l'âge de 15 ans, le risque d'avoir une SEP sera lié au pays d'accueil ».

« Certaines régions où la SEP était méconnue ont vu subitement l'incidence de la maladie s'accroître, comme c'est le cas de la Sardaigne ou de l'Islande, poursuit le spécialiste. Le cas de l'île de Faroe, dans l'océan Atlantique, est très suggestif. Dans cette petite île de 5 000 habitants, où la SEP était méconnue avant 1940, l'incidence de la maladie a rapidement augmenté dès l'arrivée de l'armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale. Elle a sensiblement diminué après le départ des troupes dix ans plus tard. Cet exemple souligne le rôle de la mixité des populations ou celui d'un possible agent transmissible infectieux. »

Par ailleurs, les données épidémiologiques soulignent également le rôle possible d'un agent infectieux viral, « tel qu'un sous-type du virus de l'herpès (HSV6) ou de l'Epstein-Barr (EBV) de la mononucléose infectieuse ». « Les taux d'anticorps de ces deux virus sont sensiblement plus élevés chez les sujets ayant développé une SEP que chez ceux contaminés par ces virus dans une population normale. » « Toutefois, ces données d'observation ne nous permettent pas de conclure si ces agents infectieux auraient un rôle simplement déclenchant ou s'ils seraient impliqués dans le processus inaugural immuno-inflammatoire de la maladie, précise le Dr Gebeily. Les recherches menées dans ce sens se poursuivent. »

 

(Pour mémoire : Sclérose en plaques : la piste de la réparation des neurones)

 

Le spectre de l'invalidité éloigné
Pour optimiser la prise en charge des patients, il faut que la maladie soit diagnostiquée le plus tôt possible. La SEP peut se manifester pour la première fois par plusieurs symptômes, allant de simples troubles de la sensibilité (fourmillements ou sensations désagréables), d'une baisse de la vision d'un œil, d'un déficit moteur ou d'un trouble de la marche, à des troubles plus significatifs persistant au-delà de vingt-quatre heures. Un examen clinique, réalisé de préférence par un neurologue, permettra de poser le diagnostic. Le processus diagnostic nécessitera une IRM du cerveau et de la moelle épinière, ainsi qu'une analyse du liquide céphalorachidien.

« Quelle que soit la forme de la maladie (bénigne, normale ou progressive), le spectre de l'invalidité est à éloigner surtout si la prise en charge commence très tôt, insiste le Dr Gebeily. Même dans les formes sévères de la SEP, il est toujours possible, avec les outils thérapeutiques dont nous disposons actuellement, de stopper l'activité de la maladie. Et c'est notre objectif. »

Cela permettra-t-il de stopper aussi l'évolution de la maladie ? « Nous ne disposons pas encore de réponses définitives dans ce sens, répond le Dr Gebeily. D'après notre expérience, nous savons que quatre critères nous permettent de confirmer que la maladie est au stade NEDA (No Evidence of Disease Activity), c'est-à-dire qu'elle n'est plus active. Il s'agit de l'absence de nouvelles poussées (ou de nouveaux symptômes), l'absence de nouvelles lésions à l'IRM cérébrale (et de la moelle), l'absence de progression du déficit neurologique (s'il en existe) et l'absence de perte de volume cérébral. Ces quatre critères nous permettent d'estimer que le traitement (quel qu'il soit) est optimum pour le patient. »

Et le Dr Gebeily d'affirmer : « Désormais, la qualité de vie et l'indépendance fonctionnelle d'un patient diagnostiqué d'une SEP peuvent être maintenues dans la majorité des cas si la prise en charge est correctement adaptée à son cas, mais surtout si le traitement adéquat est instauré dès la première poussée de la maladie, c'est-à-dire le plus précocement possible. »

 

(Pour mémoire : Sclérose en plaques : un nouveau concept thérapeutique suscite l’espoir de faire régresser le handicap)

 

Avancées thérapeutiques
Abordant l'aspect thérapeutique, le Dr Gebeily explique qu'il existe désormais plus d'une douzaine de médicaments efficaces et d'autres sont en cours d'évaluation. Ils seront disponibles sur le marché dans un future proche.

« Les horizons thérapeutiques sont désormais élargis, indique-t-il. Certains médicaments dits de "première ligne" tels les immunomodulateurs (interferons) sont encore d'actualité, d'autres immunosuppresseurs sélectifs (dits de "deuxième ou troisième ligne") administrés par voie injectable ou orale, devront être recommandés par le spécialiste, de manière adaptée à chaque individu, en fonction du profil de la maladie, des effets secondaires éventuels et sur base de l'évidence scientifique d'efficacité thérapeutique et des recommandations internationales. Ainsi, chaque patient pourra bénéficier du traitement optimum à partir du jugement du spécialiste qui devra établir la balance entre le bénéfice thérapeutique et les effets secondaires pour chaque médicament prescrit et pour chaque patient. Celui-ci doit recevoir une explication sur les différentes options, et les divers aspects du traitement et de la stratégie thérapeutique. L'engagement éclairé et réciproque dans la relation médecin-malade sera l'élément-clé pour l'optimisation de la prise en charge adéquate et de la stratégie thérapeutique. »

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