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Liban

Lignes à haute tension : Malgré le plaidoyer de Matar, les travaux se poursuivent

Lignes à haute tension à Mansouriyé

L'archevêque de Beyrouth a lancé un appel fort en faveur de l'enterrement des câbles, mais les habitants redoutent que son cri ne soit pas entendu.

S.B. | OLJ
13/09/2017

La polémique autour de l'installation des lignes à haute tension à Mansouriyé a pris lundi soir un nouveau tournant. Entouré de plusieurs députés, de curés des paroisses concernées et de représentants des habitants, l'archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, a exprimé une position très stricte contre l'initiative du ministère de l'Énergie d'installer ces lignes (220 volts) dans une zone très densément peuplée, malgré les protestations et les manifestations des habitants. Le prélat a totalement appuyé les revendications de la population pour un enterrement des câbles et contre leur installation sur les énormes pylônes qui surplombent actuellement les immeubles et les écoles.

« Il est inacceptable que les responsables fassent passer ce projet nuisible aux habitants de manière quasi clandestine, a-t-il martelé. Un gouvernement ne peut être sourd à la souffrance de son peuple et de ses enfants. Pourquoi s'obstiner à faire passer ce projet qui porte atteinte à la santé des riverains et à l'environnement, et pour quelles raisons ? Est-ce pour l'électricité ? Au XXIe siècle, nous n'avons toujours pas d'électricité. Je ne suis pas un spécialiste en la matière, mais il me semble logique que les centrales doivent être installées avant les câbles. »

Mgr Matar a demandé « au président de la République Michel Aoun d'appeler les responsables de l'énergie, de la santé et de l'environnement à donner des réponses satisfaisantes à toutes les protestations et à proposer des solutions qui seraient acceptées par les habitants ». Il a clairement demandé « que les travaux d'installation soient interrompus afin de réfléchir à des solutions qui ne seraient pas appliquées aux dépens des habitants ». « Je ne vois d'autre solution que d'enterrer les câbles, comme cela est le cas dans tout État développé », a-t-il ajouté.

Répondant à une question, Mgr Matar a estimé que « s'ils prétendent que le coût de ce projet (d'enterrer les câbles) est de trente millions de dollars, soit, la santé des gens, elle, est inestimable ». « Nous contractons des prêts pour tout et n'importe quoi, l'État n'a-t-il pas le droit de demander un prêt pour la santé de ses enfants ? » a-t-il ajouté.

 

(Pour mémoire : La mobilisation s'organise contre la haute tension aérienne à Aïn Najm, les habitants dans la rue)

 

« Une option réaliste »
Or, malgré l'appel de l'archevêque, les travaux d'installation se poursuivaient hier, ainsi que nous l'assurent des habitants. Interrogé par L'OLJ, le député Ghassan Moukheiber, qui se trouvait dans la délégation ayant rendu visite à Mgr Matar lundi, rappelle que sa position « est inchangée depuis 2003, se basant sur une analyse approfondie de la question et sur des options réalistes ». Il estime que « les exigences des habitants pour faire enterrer les câbles sont réalisables, même si elles sont plus chères ».

Le député assure qu'il effectue des contacts, ainsi que le député Ibrahim Kanaan, pour suivre les doléances des habitants et aboutir à une solution qui serait acceptée de tous. « Nous demandons que les travaux soient arrêtés afin de discuter des alternatives », insiste-t-il. Quelle est la réaction du ministre de l'Énergie, César Abi Khalil, qui appartient, comme les deux députés, au bloc du Changement et de la Réforme, quand ceux-ci abordent ce sujet avec lui ? M. Moukheiber estime que parler de la réaction du ministre est un « détail » et assure poursuivre cette affaire jusqu'à son aboutissement.

 

(Lire aussi : Lignes à haute tension dans le Metn : Gemayel et Kanaan pour des câbles souterrains)

 

 

Un gymnasium sous le pylône
Du côté des habitants, c'est le désarroi le plus total. « Certaines écoles ont commencé, les autorités n'ont donc pas pu fermer les routes pour travailler comme elles le faisaient les jours précédents, raconte Carole Ibrahim, une résidente du quartier. Mais ils continuent leur travail, comme si Mgr Matar n'avait rien dit, et malgré la position très ferme du clergé. » Elle rappelle que les pylônes sont installés dans une zone très densément peuplée, et que l'un d'eux surplombe totalement un nouveau gymnasium destiné aux élèves du collège de la Sagesse. « Vont-ils démolir ce gymnasium ou laisser les enfants y faire du sport ? » se demande-t-elle.

Selon Carole Ibrahim, « les habitants sont réellement paniqués et, si les contacts du clergé n'aboutissent pas, ils n'auront plus d'autre alternative que la rue ». « Il ne s'agit pas simplement du risque du champ électromagnétique sur la santé, auquel les responsables assurent ne pas croire, mais il y a le risque du champ électrique causé par la proximité des câbles eux-mêmes, qui passent juste au-dessus de nombre de bâtiments, ce qui est contraire aux lois, dit-elle. C'est une question de sécurité publique et non seulement de santé. » Elle ajoute : « Les câbles ont été enterrés dans de nombreuses régions libanaises. Il semble que dans la nôtre, il s'agisse simplement d'une volonté d'imposer un avis. »

 

Pour mémoire

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