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Liban

La mobilisation s’organise contre la haute tension aérienne à Aïn Najm, les habitants dans la rue

Sit-in

L'Église maronite juge inadmissible que les câbles à haute tension soient installés à proximité des habitations et contre le gré des habitants.

11/09/2017

Les habitants de Aïn Najm ont organisé un sit-in hier pour protester contre l'installation de câbles aériens à haute tension à proximité de leurs habitations, et pour réclamer une nouvelle fois l'enfouissement de la haute tension. Après la messe dominicale, ponctuée de sermons en faveur de l'installation en souterrain des câbles, les résidents protestataires se sont rassemblés simultanément sur la place de l'église Sainte-Rafqa, sur les hauteurs de Aïn Saadé et sur la place de l'église Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus, à Mansourieh. L'événement a vu la participation du vice-président du parti Kataëb, l'ancien ministre Salim Sayegh, et de l'ancien ministre Alain Hakim qui a réclamé « l'arrêt immédiat des travaux » et « l'enfouissement de la haute tension ». M. Hakim a de plus appelé au dialogue, invitant les autorités « à trouver une solution satisfaisante pour les habitants, car il est hors de question de nuire à la santé des résidents et des élèves dans cette région où se trouvent plusieurs établissements scolaires ». Pour rappel, la région de Aïn Najm où se déroulent actuellement les travaux de déploiement de la haute tension dépend des trois municipalités de Aïn Saadé, Fanar et Beit Méry.

 

(Lire aussi : Lignes à haute tension dans le Metn : Gemayel et Kanaan pour des câbles souterrains)

 

L'enfouissement moins cher que l'indemnisation
Ce sit-in s'inscrit dans le cadre de l'escalade entre le ministère de l'Énergie et EDL, d'une part, et les habitants de Aïn Najm, d'autre part, suite à la reprise la semaine dernière des travaux d'installation des câbles aériens à haute tension, après plusieurs années d'interruption. Une opération menée sous haute protection policière et contre le gré des habitants, inquiets des risques que comportent les champs électromagnétique et électrique. Contacté par L'Orient-Le Jour, le responsable de l'Association de protection du patrimoine libanais, Raja Noujaim, qui milite avec les habitants pour l'enfouissement de la haute tension, persiste et signe. « L'enfouissement coûtera moins cher à l'État que d'indemniser les habitants. Et puis cela évitera aux résidents l'exode forcé. » Il explique à ce propos que l'enfouissement des câbles à haute tension « ne coûtera à l'État que 25 millions de dollars » (après récupération des sommes payées pour les expropriations), alors que pour « dédommager les habitants, les autorités doivent débourser non moins de 65 millions de dollars ». Il déplore surtout « le rejet de la proposition de loi revêtue du caractère de double urgence en 2012 pour l'enfouissement de la haute tension sur le tronçon Bsalim-Aramoun-Mkallès, alors qu'elle avait la signature des députés du Futur, du PSP, des Kataëb, du PNL et des FL ». Tous les habitants de la zone concernée encourent des risques, et non seulement ceux de Aïn Najm, assure-t-il.

Quelle carte ont aujourd'hui les habitants, alors que les travaux se poursuivent au quotidien ? Notre action de lobbying avance petit à petit, répond M. Noujaim. D'abord avec le clergé qui hausse le ton, et puis Meerab, autorité suprême des Forces libanaises, sans oublier les Kataëb qui soutiennent les habitants de manière constante. Et d'assurer que les contacts sont désormais en cours avec le courant du Futur. « Nous avons demandé à être reçus par le Premier ministre, Saad Hariri », affirme-t-il.

 

(Lire aussi : « Non au chantage, oui au dialogue », répond l’État aux habitants de Aïn Najm)

 

 

Solidaires des habitants lésés
En effet, les contacts se sont multipliés au cours du week-end dernier, de même que les déclarations de soutien aux habitants. À l'issue du sit-in, hier, l'archevêché maronite de Beyrouth a estimé « inadmissible » que les câbles à haute tension soient installés à proximité des habitations et « contre le gré » des résidents. « Une bonne fois pour toutes, que des experts neutres et indépendants tranchent sur les risques des câbles aériens », a lancé l'archevêché maronite dans son communiqué. Et d'inviter les autorités, « si ces risques sont avérés, à agir avec responsabilité et à procéder à l'enfouissement de la haute tension ». L'archevêché avait décidé de consacrer hier toutes les homélies dominicales à la défense de cette cause. Ces déclarations interviennent au lendemain d'un appel du patriarche maronite, Béchara Raï, aux autorités, appelant les responsables « à régler le dossier par le dialogue ».

Samedi également, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, avait reçu à Bickfaya les habitants protestataires, dont il a épousé la cause. « Nul ne veut empêcher l'installation de la haute tension, à condition qu'elle soit installée en souterrain », a-t-il affirmé, précisant que tout ce que réclament les habitants, c'est que « leur santé soit préservée ». Le député a invité les autorités « à un dialogue avec les résidents mécontents, plutôt que de les confronter par l'envoi de centaines d'éléments des forces de l'ordre ». Le même jour, le député du CPL, Ibrahim Kanaan, avait également rencontré les habitants, en présence du curé de la paroisse de Sainte-Thérèse, le père Dany Ephrem, du secrétaire général des écoles catholiques, le père Boutros Azar, et du représentant des FL, Eddy Abillamaa. « Je travaille à un compromis qui mettrait fin aux craintes des habitants et qui assurerait à la fois le courant électrique », a déclaré M. Kanaan.

Au-delà de l'interminable polémique entre les autorités et les habitants sur la légitimité des constructions sur des zones de passage de la haute tension, et sur les accusations lancés par les habitants portant sur le « changement délibéré de la trajectoire de la haute tension, pour ne pas importuner un propriétaire foncier bien introduit », l'État poursuivra-t-il son opération, dans le mépris de toute considération sanitaire ?

 

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