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"Les militaires otages sont officiellement aujourd'hui les militaires martyrs"

Liban

Les tests ADN confirment la mort en captivité des soldats enlevés par les jihadistes ; les familles réclament justice.

06/09/2017

L'armée libanaise a annoncé officiellement mercredi, tests ADN à l'appui, la mort en captivité des militaires kidnappés par le groupe jihadiste Etat islamique en août 2014, et dont les dépouilles avaient été retrouvées à l'issue de la bataille qui s'est déroulée dans les hauteurs de la Békaa, à la frontière syrienne.

"L'identification des (dix) martyrs de l'armée est terminée grâce aux prélèvements ADN", a annoncé l'armée dans un communiqué. Selon une source militaire citée par l'AFP, "comme les corps sont restés longtemps en terre, l'autopsie ne permet pas de déterminer la manière dont ils ont été tués". En matinée, le commandant en chef de l'armée, Joseph Aoun, a reçu les proches des militaires, au siège du ministère de la Défense, à Yarzé, afin de leur annoncer la nouvelle, une confirmation qu'ils redoutaient depuis plusieurs jours.

Onze militaires avaient été enlevés par le groupe jihadiste en 2014 à Ersal, dans la Békaa. Deux avaient été décapités la même année, et un troisième avait fait défection. Dix dépouilles mortelles ont été retrouvées fin août, dans le cadre d'un accord entre le Hezbollah et le groupe jihadiste qui a mis fin aux combats que l'armée libanaise a lancés à partir du territoire libanais. Le parti chiite et l'armée syrienne avaient également pris part à l'offensive à partir du territoire syrien.

 

(Repère : Tués ou libérés, qui sont les militaires libanais ex-otages des jihadistes)

 

"Aujourd'hui, nous disons : les militaires martyrs"
En début d'après-midi, une délégation des familles des soldats tués a été reçue au Grand Sérail par le Premier ministre, Saad Hariri. M. Hariri a affirmé que l'État tient à mener les enquêtes nécessaires pour retrouver et punir les coupables de ce crime odieux. "Vous avez le droit de réclamer la vérité sur tout ce qui s'est passé", a-t-il ajouté, s'adressant aux familles des militaires. Et de poursuivre : "Nous sentons votre douleur et l'injustice dont vous avez été victimes (...) Nous avons tout fait pour libérer les militaires qui étaient pris en otage. Nous avons réussi avec ceux qui étaient aux mains d'al-Nosra mais pas leurs camarades aux mains de l'EI, ce groupe terroriste ennemi du Liban".

"Nos cœurs sont attristés depuis trois ans. Mais nous gardons notre dignité aujourd'hui", a de son côté assuré Hussein Youssef, porte-parle des familles et père du soldat Mohammad Youssef, à l'issue de la réunion avec M. Hariri.

"Les militaires que nous appelions jusque-là otages sont officiellement aujourd'hui les militaires martyrs. De cette tribune, nous annonçons leur décès. Ils ont subi la terreur et la souffrance et ont accepté, au final, de mourir. Nous n'avons jamais laissé tomber leur cause. Le sit-in place Riad Solh prend fin. Mais nous restons mobilisés à partir de nos domiciles, et nous réclamerons sans cesse justice, notamment en ce qui concerne les assassins, y compris Omar et Bilal Mikati (deux jihadistes actuellement en détention), les principaux coupables de l'enlèvement de nos fils. Nous avons réclamé justice devant le chef de l'Etat, le chef de l'armée et maintenant devant le chef du gouvernement. M. Hariri nous a promis justice".

 


Hussein Youssef, père de l'un des soldats tué, consolé par une proche. Photo Nasser Trabulsi

 

Les familles avaient dressé des tentes dans le centre-ville de Beyrouth, en face du Grand sérail, afin de faire pression sur les autorités et leur réclamer des informations sur le sort de leurs fils. Certains proches n'avaient presque jamais quitté ces tentes durant ces trois ans.

Hussein Youssef, l'un d'entre eux, a une nouvelle fois appelé à appliquer la peine de mort contre les assassins présumés. "Ce ne sont pas des humains, et nous réclamons contre eux la peine capitale. Les organisations des droits de l'homme nous pardonneront", a lancé Hussein Youssef.

Il a expliqué que, durant ces trois ans d'attente, les familles redoutaient la défection de leurs proches au profit des jihadistes. "Nous avions peur qu'à un moment les militaires otages ne fassent défection pour rejoindre les rangs des jihadistes. Mais grâce à dieu ils ne l'ont pas fait", s'est félicité Hussein Youssef.

Toutefois, selon diverses sources, l'un des ex-otages militaires, Abdelrahim Diab, aurait fait défection peu après son enlèvement, et aurait été tué plus tard en Syrie en combattant avec les jihadistes.

 

(Lire aussi : L'adieu officiel aux soldats-martyrs aura lieu vendredi)

 

Machnouk, persona non grata
Dans ce contexte, le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire, Sakr Sakr, a transféré en début d'après-midi aux services de renseignements de l'armée libanaise le dossier de l'enquête sur l'enlèvement et l'assassinat des militaires. L'enquête en cours concerne toute personne qui a pris part, d'une manière ou d'une autre, ou qui a incité à ces crimes. Elle porte également sur tout autre crime lié au rapt et à l'assassinat des militaires.

 


Les familles des militaires reçue par le Premier ministre Saad Hariri. Nasser Trabulsi

 

 

Un deuil national a été décrété vendredi 8 septembre, jour où se tiendront les funérailles nationales des militaires. L'adieu officiel aux soldats aura lieu à 10h30 au siège du ministère de la Défense à Yarzé. Au cours de la cérémonie, à laquelle participeront le président de la République, Michel Aoun, ainsi que des responsables politiques et des parents des soldats tués, le commandant en chef de l'armée, Joseph Aoun, prononcera une allocution de circonstance.

Les proches des militaires tués ont cependant demandé mardi à ce que le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, n'assiste pas aux funérailles. "En 2015, le ministre Machnouk avait dit qu'il voulait nettoyer les prisons et nous n'étions pas contre cette idée. Mais le timing nous posait problème et a influé d'une certaine manière sur le dossier, a expliqué Hussein Youssef. Je ne veux pas dire que M. Machnouk a participé à leur meurtre, mais c'est à cette période que les militaires ont été tués et le ministre avait dit à l'époque : Ils les ont tués, nous les considérons comme des martyrs et nous collerons leurs photos sur les murs".

En janvier 2015, une opération de sécurité avait eu lieu à la prison de Roumieh. Des détenus islamistes avaient été transférés vers le bâtiment D. En avril de la même année, une mutinerie menée par des prisonniers islamistes avait éclaté dans le bâtiment D et des agents des Forces de sécurité intérieure de service dans la prison et deux médecins ont été pris en otage.

M. Machnouk a répondu aux déclarations de M. Youssef dans un communiqué en disant "comprendre les sentiments des familles dans ces moments difficiles" et en assurant "qu'il a toujours été et restera à leurs côtés". "Les militaires sont devenus martyrs en nous défendant et en défendant le Liban, a-t-il affirmé. Votre douleur est la nôtre". Il a aussi démenti les déclarations qu'il aurait faites concernant la mort des militaires alors qu'ils étaient toujours retenus en otage par l'EI.

"Concernant l'opération sécuritaire dans le bâtiment B de la prison de Roumieh, il convient de rappeler qu'elle avait été effectuée après que le groupe terroriste al-Nosra a annoncé (en décembre 2014) l'exécution du soldat Ali Bazzal", a indiqué M. Machnouk. Le Front al-Nosra (aujourd'hui appelé Front Fateh el-Cham) avait également enlevé en 2014 à Ersal des militaires libanais dont deux avaient été assassinés et seize libérés en 2015. "L'opération avait été remise, mais le suivi entrepris par les services de sécurité avait conduit à la découverte de contacts entre les détenus du bâtiment B et les kamikazes liés à de multiples attaques terroristes au Liban. Il était nécessaire au niveau de la sécurité de mener l'opération sans tarder pour préserver la vie des Libanais et la paix civile", a poursuivi le ministre de l'Intérieur.

Pour sa part, l'ex-Premier ministre Tammam Salam, qui dirigeait le gouvernement lors du rapt des militaires, a fait savoir que "si la parole est d'argent, le silence est d'or". "Que Dieu pardonne à tous ceux qui ont lancé des accusations à des fins politiques", a-t-il néanmoins ajouté. Plusieurs responsables libanais proches du Hezbollah et du régime syrien du président Bachar el-Assad ont pointé des doigts accusateurs vers M. Salam et l'ex-chef de l'armée à l'époque, le général Jean Kahwagi.

 

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